On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Issu de la thèse qu’il a soutenue en 2006, le livre de François Bouloc aborde un objet historique connu mais qui reste finalement peu étudié dans le détail : les profiteurs de guerre. Le thème est abordé sous l’angle de la culture de guerre et sacrifie ainsi à la tendance historiographique actuelle concernant la Première Guerre mondiale. En effet, les sources qui ont guidé cette étude sont constituées des dossiers d’imposition formés par le ministère des Finances en vue de l’acquittement de la contribution sur les bénéfices de guerre, mais également des discours tenus sur les profiteurs de guerre et par les grands industriels eux-mêmes pour justifier leurs pratiques. On peut regretter un style lourd et peu fluide, qui complique la lecture.
L’approche choisie est intéressante et novatrice. L’auteur se penche sur les discours tenus par la population française, et plus particulièrement par les soldats au front, qui souffrent et critiquent ceux qui profitent de leur sacrifice patriotique pour s’enrichir abusivement. Les sources littéraires sont également convoquées, pour montrer l’émergence de personnages types incarnant les profiteurs de guerre. Peu à peu, c’est un véritable mythe politique qui se dessine, cristallisant sur lui toutes les rancoeurs d’une population française tourmentée.
La dimension morale est ainsi très présente dans le livre, trop sans doute. Les profiteurs de guerre sont toujours considérés en opposition aux soldats qui sont au front, accomplissant le sacrifice d’eux-mêmes pendant le conflit. Au fil des pages, perce constamment un jugement sur ces profiteurs, qui sont imperceptiblement jugés et condamnés par l’auteur.
Celui-ci se livre à l’analyse des discours produits par le monde industriels, présidents de chambres de commerce et d’organisations patronales, comme le Comité des Forges. Alors qu’est constamment mis en avant un discours patriotique, que la production industrielle est avant tout au service de la France, que les hommages aux combattants abondent dans ces discours, François Bouloc montre que le moteur premier de l’effort de guerre de ces grands patrons est plutôt la recherche du profit et la possibilité d’un enrichissement rapide. Il met en avant le double discours qui est tenu, celui destiné au public et l’autre qui exprime les visées profondes de ces patrons. L’analyse est intéressante mais on sent, là encore, poindre un reproche à l’encontre de ces personnages.
L’auteur insiste aussi sur la complicité de ces fournisseurs avec le gouvernement, qui leur passe commande et les rétribue grassement, tout du moins dans les premiers mois du conflit. Il replace cette entente dans le temps long et explique que, tout au long du XIXe siècle, la bourgeoisie, classe dominante de la société, n’a jamais vu véritablement ses positions être remises en cause par le pouvoir politique. Albert Thomas, sous-secrétaire d'État puis ministre de l’Armement est ouvertement mis en cause. On lui reproche d’avoir abandonné ses idées socialistes, si tant est qu’il en ait jamais eues, de reconnaître le profit comme moteur de l’économie et finalement de tendre la main aux patrons en leur permettant de réaliser des bénéfices abusifs. Le portrait qui est dressé de ce personnage est trop simpliste, l’auteur semble oublier que les circonstances de guerre laissaient peu de marges de manœuvre au dirigeant socialiste et, surtout, il passe sous silence les idées et les réalisations relevant du réformisme social. Albert Thomas est ainsi mis sur le même plan que son successeur, Louis Loucheur, industriel qui n’a rien à voir avec le réformisme socialiste.
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Michel J. Cuny
Mon travail d’écrivain porte, depuis bientôt trente ans, sur la question des contenus de l’enseignement (cf. le livre écrit avec Françoise Petitdemange, et publié en 1986 : « Le feu sous la cendre : enquête sur les silences obtenus par l’enseignement et la psychiatrie », Editions Paroles Vives, 660 pages.)
Or, une lecture attentive de la Correspondance de Voltaire (13 volumes à la Pléiade) m'a conduit à publier en 2010 un livre dont le contenu ne cesse de me surprendre, dans la mesure où une analyse précise de ce qu’écrit Voltaire de jour en jour ne semble pas pouvoir laisser place au moindre doute : il a été l'un des principaux protagonistes et l'un des principaux bénéficiaire des guerres du deuxième tiers du XVIIIème siècle.
Pour vous permettre de mesurer jusqu’où va tout ceci, je vous invite à consulter, si vous le voulez bien, le blog :
http://voltairecriminel.canalblog.com
Dans les années qui viennent, une meilleure connaissance de la Correspondance débouchera nécessairement sur une révision totale de l’image de Voltaire mais aussi de ce que peuvent être les divers phénomènes sous-jacents aux guerres.
Je me tiens à votre disposition pour tout renseignement complémentaire.
Très cordialement à vous,
Michel J. Cuny