On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

En dépit de ces faiblesses, Les Noirs américains : des champs de cotons à la Maison blanche aura toutefois le mérite de révéler la rapidité des progrès accomplis dans la deuxième moitié du XXe siècle, qui est à la mesure de l’âpreté des combats menés, et de nourrir la réflexion sur la société américaine contemporaine et le sens de l’élection de Barack Obama.
À cet égard, il est intéressant de s’attarder sur l’analyse de Nicole Bacharan, fine observatrice des États-Unis contemporains. Selon elle, l’Amérique, en élisant un président noir, peut "tourner enfin la page la plus lourde, la plus écrasante de son passé" .
Certes, la situation des Noirs américains reste marquée par l’inégalité. À titre d’exemple, en 2005, 24 % des Noirs vivent en dessous du seuil national de pauvreté, contre 8 % des Blancs, et l’espérance de vie des Noirs est en moyenne de cinq ans inférieure à celle des Blancs . Dans cette mesure, "la trace du terrible héritage de l’esclavage et de la ségrégation est donc toujours bien visible" .
Cependant, la question noire a changé de nature. D’un point de vue interne, "il n’y a plus une communauté noire mais un kaléidoscope de situations et d’attitudes, de l’extrême richesse à la grande pauvreté, de l’ultraprogressisme politique à l’utraconservatisme" . D’un point de vue externe, "il n’y a plus une Amérique noire face à une Amérique blanche, mais une mosaïque de peuplements aux frontières de plus en plus floues" , en raison de l’émergence d’autres minorités et des mariages interraciaux . Aussi, la question noire est de moins en moins une question raciale, mais davantage une question sociale.
Reprenons, pour conclure, le fameux et désormais "historique" discours de Barack Obama du 18 mars 2008. D’un côté, le problème racial persiste aux États-Unis, et "ce pays ne peut pas, aujourd’hui, ignorer la problématique de la race". De l’autre, il serait profondément erroné d’en parler "comme si rien n'avait changé, comme si [les États-Unis] n'avaient pas accompli de progrès, comme si ce pays – un pays où un noir peut être candidat au poste suprême et construire une coalition de blancs et de noirs, d'hispaniques et d'asiatiques, de riches et de pauvres, de jeunes et de vieux – était encore prisonnier de son passé tragique"![]()
* À lire également sur nonfiction.fr :
- Sylvie Laurent, Homérique Amérique (Seuil), par Alice Béja.
- L'entretien de Sylvie Laurent, par Alice Béja.
- Nicole Bacharan, Le petit livre des élections américaines (Panama), par Benoît Thirion.
- Barack Obama, De la race en Amérique (Grasset), par Henri Verdier.
- Barack Obama, De la race en Amérique (Grasset), par Balaji Mani.
- Andrew Gelman, Red state, blue state, rich state, poor state: Why Americans Vote The Way They Do (Princeton University Press), par Clémentine Gallot.
- L'entretien d'Andrew Gelman, par Clémentine Gallot.
- Justin Vaïsse, Histoire du néoconservatisme aux Etats-Unis (Odile Jacob), par Adrien Degeorges.
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