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Il vaut mieux que ce soit le corps français traditionnel qui se sente responsable de l'accueil de tous nos compatriotes. 
Gérard Longuet, à propos de l'éventuelle nomination de Malek Boutih à la tête de la Halde, 10 mars 2010.
Andrew Gelman, statisticien et professeur de sciences politiques à l’université de Columbia, est l’auteur de Red State, Blue State, Rich State, Poor State, essai sur le vote des américains. À la veille du scrutin présidentiel 2008, il a répondu aux questions de nonfiction.fr.
nonfiction.fr : Le vote des américains est finalement assez mal connu et il fait l’objet d’un certain nombre de mythes. Quels sont les plus communément admis ?
Andrew Gelman : Ils sont nombreux. Par exemple, on dit toujours que, stratégiquement, il vaut mieux faire campagne dans les "swing states". C’est vrai. Ensuite, il y a plusieurs mois, on entendait dire qu’Obama faisait une mauvaise campagne, puisqu’il n’était pas en tête dans les sondages. C’est faux. En fait, les premiers sondages sont certes importants, mais ils ne vous apprennent rien sur l’issue du vote. Pour cela il faut en fait attendre octobre.
D’autre part, après que McCain ait choisi Palin come colistière, on a vu dans les sondages que beaucoup de conservateurs se tournaient enfin vers le sénateur de l’Arizona. Or, ils l’auraient choisi de toute manière. Ce choix a juste eu un effet sur le timing de leur décision plus que sur son issue, finalement. De même, un autre mythe existe qui dit que le choix du candidat est important pour le vote. Or, on peut prédire les votes en fonction des partis plus que des candidats.
Enfin, selon une autre idée reçue, les riches voteraient en fonction de critères économiques et les pauvres voteraient "god and guns". En réalité, la fréquentation religieuse aide à prédire un vote républicain chez les riches beaucoup plus que chez les pauvres.
nonfiction.fr : Cette élection 2008 est-elle cohérente avec les tendances que vous décrivez dans votre livre ou bien voyez-vous des phénomènes nouveaux émerger ?
Andrew Gelman : Au cours des trente dernières années, la position relative des États a beaucoup changé. Avant, il n’y avait pas de corrélation entre le revenu d’un État et le vote de cet État. Aujourd’hui, le sud du pays (États pauvres) est passé de démocrate à républicain, c’est ce que je décris dans mon livre.
Mais cette élection est différente pour plusieurs raisons. La dimension raciale, par exemple, est nouvelle. Un facteur émergent concerne aussi le vote des jeunes. En effet, depuis 2004 les jeunes votent davantage démocrate que les électeurs plus âgés. Or, le facteur de l’âge joue beaucoup plus dans cette élection-ci, beaucoup plus de jeunes vont aller voter, c’est donc une nouvelle ligne de division. La carte électorale changera sûrement.
Il se peut également que les républicains soient obligés de changer de politique. Ils ont un peu d’espace pour manœuvrer dans leur politique économique et ça pourrait leur permettre de gagner des voix.
nonfiction.fr : Dans votre livre, Red State, Blue State, Rich State, Poor State, vous décrivez la polarisation qui s’exprime à travers le vote des américains et vous écrivez : “les États-Unis sont un pays divisé plus par la culture que par la classe.”
Andrew Gelman : On explique souvent de deux manières la scission qui existe en Amérique. Une première théorie oppose les buveurs de café de chez Starbucks (Amérique "bleue") aux conducteurs de pick-up (Amérique "rouge"). Ils symbolisent deux visions du monde différentes. La deuxième hypothèse oppose les riches et les pauvres : autrement dit, ceux qui veulent payer moins d’impôts (républicains) et ceux qui veulent une présence accrue du gouvernement (démocrates). Or ces deux récits sont contradictoires : la réalité est que la "culture war" existe bel et bien, et qu’il y a bien des différences réelles entre un habitant du Texas et un newyorkais, mais ces différences se concentrent en haut de la distribution des revenus.
D’autre part, en ce qui concerne la polarisation, il faut ajouter qu’au cours des années les partis se sont aussi éloignés l’un de l’autre. Les différences sont aujourd’hui plus grandes à propos de l’Irak qu’elles ne l’étaient à l’époque du Vietnam.
3 commentaires
MartinK
François B.
aridji2008