Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 
Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.
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1955 : le refus de Rosa Parks de céder sa place à un Blanc dans un autobus conduit au boycott de Montgomery, dirigé par Martin Luther King. 1962 : huit ans après l’arrêt de la Cour suprême des États-Unis Brown contre le Conseil de l’Education condamnant la ségrégation scolaire, c’est par hélicoptère et sous la protection de plusieurs centaines de marshalls fédéraux que James Meredith parvient à s’inscrire à l’université du Mississippi, la vénérable Ole Miss. 1966 : la guerre aux taudis est déclarée par Martin Luther King à Chicago. 1967 : le démocrate Carl Stokes, élu à Cleveland, devient le premier maire noir d’une grande métropole américaine.
Ces quelques événements, choisis parmi tant d’autres, mettent en lumière que l’histoire des Noirs américains est une suite de combats, dans laquelle les cas individuels fédèrent des mobilisations nationales, dans laquelle les champs de bataille ne cessent de s’étendre, de la lutte contre la ségrégation dans la vie quotidienne à celle pour la reconnaissance des droits sociaux, dans l’éducation ou le logement, et des droits politiques, par le vote et l’élection. Ils montrent également que si ses racines puisent dans l’entre-deux-guerres et ses prolongements recouvrent la période contemporaine, le cœur de cette histoire émancipatrice se situe dans les années 1950 et 1960.
C’est dans l’étude de cette période charnière que réside l’intérêt de l’ouvrage de Nicole Bacharan, politologue spécialiste des États-Unis . Établis avec précision, bien documentés , le récit des batailles menées, notamment, par le Mouvement des droits civiques, le portrait de leurs principaux acteurs, de Martin Luther King à Malcom X, en passant par Thurgood Marshall, et l’analyse des évolutions juridiques, sociales et politiques qu’elles ont permises passionnent, car, comme l’indique avec justesse l’auteur dès l’introduction, "l’histoire des Noirs américains, c’est l’histoire de l’Amérique. Mais c’est aussi une histoire contre l’Amérique, une histoire pour l’Amérique, et un combat pour le droit à l’Histoire" .
Néanmoins, il faut malheureusement avouer que le lecteur restera quelque peu sur sa faim. En premier lieu, Nicole Bacharan choisit un mode narratif plus qu’analytique, s’appuyant surtout sur la reprise de sources de seconde main, qui, s’il lui permet d’être accessible, fait perdre son livre en profondeur. Certains aspects de l’Histoire des Noirs américains auraient ainsi peut-être mérités d’être davantage mis en perspective, tels que, par exemple, les interactions entre le droit et la conquête de l’égalité . En second lieu, l’ouvrage a un caractère inégal assez surprenant : une centaine de pages, seulement, est consacrée à la longue et riche période qui va de l’arrivée des vingt premiers Noirs à Jamestown en 1619 à l’entrée des États-Unis dans la seconde guerre mondiale en 1941, quand l’ouvrage en compte près de 500. Dans ces conditions, pourquoi ne pas avoir limité l’objet de l’étude au XXème siècle ?
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