On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Les processus de ratification du traité constitutionnel, puis du traité de Lisbonne, ont réactivé les discussions des années 1970-80 sur la crise de légitimité de l’Union européenne. Ni l’élection du Parlement européen au suffrage universel direct en 1979, ni la codification de la citoyenneté européenne par le traité de Maastricht, en 1992, n’ont étouffé les débats sur le déficit démocratique de l’Union européenne. Malgré l’élargissement et le renforcement des pouvoirs du Parlement européen, les citoyens européens font, en effet, preuve d’une désaffection croissante des urnes européennes .
Le dernier ouvrage de François Foret, Légitimer l’Europe. Pouvoir et symbolique à l’ère de la gouvernance (Presses de Sciences Po), s’intéresse aux liens qui unissent les citoyens à la construction d’un ordre politique européen. Cette réflexion a d’autant plus de mérite qu’elle intervient quelques mois avant les prochaines élections européennes qui auront lieu au printemps 2009. François Foret présente, à travers cet ouvrage, un bilan de la littérature (en anglais et en français) sur les théories de la légitimation et de la communication politique, mais surtout une vision exhaustive des objets par lesquels elles tentent de s’exercer au plan européen.
Un ordre politique qui peine à imposer sa centralité
La compréhension des difficultés de l’Union européenne, voire de ses défaillances, à faire émerger une dimension symbolique dans laquelle puissent se retrouver les citoyens des différents États qui la composent, ne donne pas une lecture optimiste de l’évolution de la légitimité politique de l’Union vis-à-vis de ses citoyens
François Foret montre pourquoi l’inachèvement permanent de la construction européenne – élément caractéristique de la démarche communautaire telle qu’envisagée par les pères fondateurs – constitue un obstacle à l’imposition d’un centre du pouvoir européen, et donc à la mise en scène de symboles stables. Pourtant, malgré l’évolution permanente de son système institutionnel et le caractère essentiellement mouvant de ses frontières, l’Union européenne est parvenue à imposer des objets symboliques aux contenus variés. Ils s’expriment à travers des supports forts – "les objectivations matérielles" – qui se sont ajoutés (le drapeau européen) ou se sont substitués (la monnaie européenne) à certains éléments de la souveraineté de ses États membres. Mais ce sont aussi les registres symboliques moins connus des citoyens, comme les prémisses de la construction de la citoyenneté européenne, ou plus fluides, tels que les nouveaux modes de régulation européens (benchmarking, maximisation des avantages…) que François Foret examine.
L’auteur démontre et illustre l’absence de centre de l’Union européenne, ou en tout cas les limites à la construction de ce "point focal, réel ou imaginaire" du pouvoir politique à Bruxelles. Le lecteur pourrait précisément regretter que la confrontation entre la nature réelle et la nature imaginaire du pouvoir bruxellois ne soit pas davantage discutée, mais ce n’est pas là l’objectif de François Foret. Le mérite de cet ouvrage est plutôt de proposer une analyse complète des objets à travers lesquels la légitimation politique symbolique de l’Union européenne tente de s’exercer.
Son ouvrage explique ainsi pourquoi – selon l’expression de Jacques Delors – "on ne tombe pas amoureux du marché commun". François Foret est convaincant quand il montre pourquoi la légitimation par l’efficacité ne suffit pas à satisfaire le besoin de contrôle démocratique ni à (r)assurer le devenir collectif des citoyens européens. Moins lorsqu’il explique les difficultés de la construction d’un centre à Bruxelles par la fragmentation du pouvoir au plan européen et la dépolitisation de la rhétorique européenne.
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SOL INVICTUS