On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.
À l’occasion de la présidence française de l’Union, la XIe édition des Rendez-vous de l’histoire organise un cycle monumental de vingt-sept leçons d’histoire européenne dans toute la France dispensées par vingt-sept grands historiens de l’Union, un par État membre.
Éric Hobsbawm a inauguré ce cycle de conférences ce lundi 23 septembre 2008 par une leçon intitulée "Europe : histoire, mythe, réalité" qui se tint dans les Salons de Boffrand de la présidence du Sénat.
Jean-Noël Jeanneney, président du conseil scientifique des Rendez-vous de l'histoire et ancien président de la Bibliothèque nationale de France, a introduit la leçon par un éloquent rappel de la place de l'œuvre et de la figure d'Éric Hobsbawm. Professeur émérite de l'université de Londres et de la New School for Social Research de New-York, l'historien britannique, spécialiste de la question des nations et des nationalismes en Europe (XIXe et XXe siècles) est, en effet, une figure. L'homme, de plus de quatre-vingt-dix ans, fut membre du Parti communiste de Grande-Bretagne et collabora à la revue Marxism Today pendant près de cinquante ans. Considéré comme "vraisemblablement le plus grand historien vivant" par David Caute, encensé par Tony Judt – "Hobsbawm ne possède pas seulement plus de connaissances que d'autres historiens, il écrit également mieux qu'eux" –, Hobsbawm possède un charme particulier, un physique étonnant qui nous émeut.
L'historien annonce d'entrée de jeu qu'il est "assez sceptique" sur l'évolution de l'Europe. Il décèle une confusion commune entre l'histoire et la géographie, et souligne le flou des frontières de l'Europe. Sa frontière Est n'est en rien naturelle. L'Europe cartographique est, souligne-t-il, une construction moderne et politique.
Il relève ensuite que les précédents historiques sur lesquels tente de s'enraciner l'Union européenne sont inopérants. Napoléon et Hitler ont construit une Europe par la force armée. Rome était un empire méditerranéen. L'empire carolingien, une partie de l'Europe. Le fait est que l'Europe politique est historiquement jeune, tandis que l'Europe historique est bien plus ancienne. Elle remonte, selon l'historien, à Hérodote, et se fonde sur une logique d'exclusion, contre les barbares, et principalement contre l'Asie.
"De la politique au mythe, il n'y a qu'un pas" ne cesse de rappeler Hobsbawm, et l'Europe n'échappe pas à la recherche du mythe d'une "identité primordiale". Toutefois, entre le mythe et la réalité, l'écart se trouve être extrême. L'Europe se caractérise fondamentalement par la diversité et la fragmentation, non par l'unité, contrairement à l'Asie. L'histoire post-romaine est une histoire fragmentée, celle de l' "Europe des rivalités". Hobsbawm rejette l'idée de l'émergence d'une identité européenne à travers la résistance des États européens aux invasions. Au contraire, c'est à cette époque que se rompt l'unité chrétienne. En outre, la période comprise entre 1453 (chute de Byzance) et 1683 (deuxième siège de Vienne) voit une partie de l'Europe tournée vers l'offensive militaire, avec notamment la Reconquista. La découverte de l'Amérique, la confrontation avec les peuples amérindiens, constituerait, selon l'historien, le début d'une prise de conscience raciale.
7 commentaires
pangloss-diafoirus
Vive le Kazakhstan !
Nicolas
Byzance
De plus la matrice marxiste d'Hobsbawn l'empêche de voir les constructions sur longue période en fétichisant le temps court (cf. son "Aux armes historiens" sur la révolution française).
Belle contribution d'Hobsbawn mais de là à en faire la Vérité, il y a un peu de chemin. Enfin concernant l'UE qui ne pourrait être que totalitaire, je ne peux que sourire; à moins bien sur que cette remarque soit appliquée à toutes les constructions politiques états nations compris...
eleutheria
jsegal