On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.
La politique monétaire de l’après-Greenspan
Ces débats sont évidemment loin d’être clos et Alan Greenspan ne mérite sans doute pas le pilori auquel une vague soudaine – comprenant évidemment d’anciens fervents laudateurs – tend à le clouer sans vergogne. Mais l’analyse des partis pris et des conséquences de l’ancien gouverneur de la Banque centrale des États-Unis permet de rappeler que la politique monétaire n’est pas absente d’idéologie et convictions politiques ; ce qu’il était souvent et facilement oublié lors de l’âge d’or de Greenspan dans les années 1990. Peut-être peut-on alors espérer que la crise actuelle et les questions qui en découlent remettent la politique monétaire au centre du débat démocratique. Dans une tribune consacrée à ce sujet, Joseph Stiglitz concluait ainsi : "Nous avons donc là le deuxième legs de M. Greenspan : le doute croissant porté à l’encontre de l’indépendance des banques centrales. La politique macroéconomique ne peut jamais être totalement libre de toute influence politique : elle comporte des compromis fondamentaux et affecte différents groupes différemment."
Il faut se garder de faire d'Alan Greenspan un bouc émissaire comme nombre d'auteurs ont pu le faire (en particulier Bubble Man: Alan Greenspan and the Missing 7 Trillion Dollars de Peter Hartcher (2006) ), et l'on s'étonnera volontiers de voir l'ancien "gourou" de Wall Street être renié par certains de ses apôtres autrefois les plus fervents. il est évident que lui seul ne peut être tenu responsable de la crise financière de 2007-2008. Si Greenspan est pourtant en cause, c'est qu'il a joué un rôle prépondérant dans un système dont les failles apparaissent aujourd'hui en pleine lumière : l'idée d'une croissance fondée entièrement sur le crédit et d'une confiance aveugle dans les marchés financiers. Alan Greenspan, tout en ayant été un acteur de premier plan dans ce système, est aussi un symptôme d'une période dont les évènements présents pourraient marquer la fin. Pour cette raison même, on tirera profit à la relire avec la plus grande considération![]()
* À lire également sur nonfiction.fr :
- la critique de l'autobiographie d'Alan Greenspan, Le Temps des turbulences (JC Lattès), par Martin Kessler et Samuel Ronsin
- la critique du livre de Paul Krugman, The Conscience of a Liberal (Norton), par Martin Kessler
- la critique du livre de Jérôme Glachant, Jean-Hervé Lorenzi, Philippe Trainar (dir.), Private equity et capitalisme français (La Documentation française), par Luc Goupil
- la critique du livre de Solveig Godeluck et Philippe Escande, Les pirates du capitalisme (Albin Michel), par Luc Goupil.
- la critique du livre d'Augustin Landier et David Thesmar, Le grand méchant marché (Flammarion), par Patrick Cotelette.
- la critique du livre d'Olivier Godechot, Working Rich. Salaires, bonus et appropriation du profit dans l'industrie financière (La découverte), par Luc Goupil.
- la critique du livre de Jacques Hamon, Bertrand Jacquillat et Christian Saint-Etienne, Consolidation mondiale des bourses (Conseil d'Analyse Economique), par Mahdi Ben Jelloul.
- la critique de l'ouvrage collectif Comprendre la finance contemporaine (La découverte), par Jérémie Cohen-Setton.
- la revue de presse sur la crise financière
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