La phrase

Je ne crois à l'éclatement, ni de la droite, ni de la gauche, parce que le système présidentiel l'empêche. [...] Du reste, pour le moment, la droite était au bord de la guerre civile et pourtant, elle n'a pas éclaté. Maintenant, Copé et Fillon sont copains comme cochons. Pourquoi ? Parce que les règles institutionnelles les empêchent de s'entre-tuer, même chose au PS.

Jacques Julliard, entretien à  nonfiction.fr

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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CNL
A la recherche du socialisme
[mercredi 01 août 2012 - 08:00]
Science Politique
Couverture ouvrage
Socialisme : la fin d'une histoire ?
Éditeur : Payot
233 pages / 19 € sur
Science Politique
Couverture ouvrage
Le socialisme à l'épreuve du capitalisme
Éditeur : Fayard-Fondation Jean-Jaurès
384 pages / 22.80 € sur
Résumé : Lecture croisée de deux études importantes sur l'histoire et l'actualité de la pensée socialiste.
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* Cet article est accompagné d'un disclaimer. Vous pouvez en prendre connaissance en bas de page.

L'année 2012, qui a vu en France le Parti socialiste reconquérir le pouvoir au niveau national, semble propice aux essais politiques traitant de l'histoire et de l'actualité de la pensée socialiste. Outre le dense recueil dirigé par Juliette Grange et Pierre Musso, issu des actes d'un colloque et intitulé sobrement Les socialismes (Le Bord de l'eau, 2012), deux ouvrages importants ont été publiés simultanément, et de manière non coordonnée, cherchant de façon différente à comprendre le sens du socialisme dans nos sociétés actuelles. Le premier, écrit par Jérôme Grondeux, universitaire spécialiste de l'histoire des idées politiques, est un essai historique, assez classique, au ton toujours juste et dont le titre est volontairement provocateur : Socialisme : la fin d'une histoire ? (Payot, 2012). Le second est un ouvrage collectif, dirigé par Daniel Cohen et Alain Bergounioux, recueil de contributions à vrai dire assez inégales et dont le titre est également évocateur : Le socialisme à l'épreuve du capitalisme (Fayard-Fondation Jean-Jaurès, 2012).

Les interrogations actuelles des socialistes – du moins de ceux qui s'estiment partie prenante de la "gauche de gouvernement" –, alors que l'exercice du pouvoir a historiquement tendance à engendrer un important aggiornamento idéologique, ne trouveront peut-être pas énormément de réponses dans ces publications mais il n'est pas anodin de remarquer que le socialisme est aujourd'hui à la croisée des chemins, dans une quête de sens typique de son développement à la fois théorique et pratique – comme l'explique Jérôme Grondeux avec brio –, étant aujourd'hui dans l'obligation de se confronter à une crise économique majeure, qu'il a jusqu'à présent davantage appréhendée par la pensée et la critique intellectuelle que dans la gestion gouvernementale quotidienne.

Est-ce à dire que la crise actuelle du capitalisme, aux origines financières mais aux conséquences économiques et sociales considérables, est un moment propice à la "refondation" – terme galvaudé s'il en est – de la pensée socialiste ? Ou alors est-elle le signe ultime que le socialisme atteint la fin de son histoire, pour reprendre l'expression de Jérôme Grondeux (peut-être inspiré par le concept hégélien mal digéré par Francis Fukuyama) ?

Pour aborder ces questionnements à la fois historiquement redondants et tout à fait contemporains, les deux ouvrages ne retiennent pas la même méthode : Jérôme Grondeux préfère l'analyse idéologique et le récit historique des différentes facettes de la pensée socialiste, des origines à nos jours, tandis que le livre collectif de la Fondation Jean-Jaurès opte pour une lecture thématique et plus actuelle, perdant ainsi en unité et en linéarité ce qu'il gagne en acuité, notamment d'un point de vue économique et international.

Pour Jérôme Grondeux, la dialectique socialiste, qu'elle soit désormais à la fin de son histoire ou non, est avant tout une histoire recommencée, celle de la révolution et de la réforme. En consciencieux historien des idées politiques, il s'attarde en particulier sur deux "moments" essentiels de cette fresque historique : la pensée des premiers socialistes, d'ailleurs à l'origine du mot et du concept, et la philosophie socialiste la plus synthétique, celle qui a su mieux que les autres dépasser les impasses et les querelles entre socialistes : on aura reconnu le "réformisme révolutionnaire" de Jean Jaurès.

L'analyse des doctrines d'Owen, de Pierre Leroux, de Saint-Simon, de Fourier, mais aussi de Blanqui, de Louis Blanc et de Proudhon permet ainsi de comprendre à quel point le socialisme contemporain ne s'inscrit plus dans l'histoire de ses origines, celle d'une époque proto-industrielle durant laquelle le mot même de socialisme répondait davantage à une ambition scientifique qu'à une réelle théorie de l'action politique, du moins dans une vision qui ne soit pas anarchiste. C'est en effet d'abord avec Karl Marx que le socialisme révolutionnaire quitte les rives du "socialisme utopique" – le terme fut utilisé par Marx lui-même, afin de décrier rétrospectivement les doctrines socialistes dites "de première génération" – pour chercher à fonder une véritable praxis en même temps qu'une explication du monde. Puis c'est avec Jaurès que le socialisme démocratique laisse de côté une vision volontiers mystique pour s'ancrer de plain-pied dans la réalité de la lutte politique, y compris parlementaire, dans le but de transformer le système économique.

Damien AUGIAS
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Titre du livre : Socialisme : la fin d'une histoire ?
Auteur : Jérôme Grondeux
Éditeur : Payot
Date de publication : 14/03/12
N° ISBN : 2228907391
Titre du livre : Le socialisme à l'épreuve du capitalisme
Auteur : Daniel Cohen, Alain Bergounioux
Éditeur : Fayard-Fondation Jean-Jaurès
Date de publication : 28/03/12
N° ISBN : 2213666032
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1 commentaire

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Martin RICHER

21/08/12 00:04
A la question « Mais que voulez-vous faire du PS lui-même : un parti à la Tony Blair ? », voici ce que répondait Laurent Fabius il y a 10 ans :
« J'ai toujours été impressionné qu'en France on ne reconnaisse des mérites aux socialistes qu'à la condition qu'ils soient étrangers ou qu'ils soient morts - j'espère qu'il peut y avoir quelques exceptions... Sans copier quiconque, il y a place, dans notre pays, pour un puissant parti réformiste de gauche que je décrirais ainsi : économiquement responsable, socialement juste, ouvert sur notre société et ferme dans la conduite de l'Etat. Je crois que le centre de gravité de notre nation, de notre République, est de ce côté-là. » (« Le Monde », 28 aout 2003). Dix ans après, nous avons enfin l’opportunité de transformer cette vision en réalité.

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