La phrase

L'univers de mes livres s'est forgé à partir d'une réflexion sur l'apocalypse traversée par les humains durant le XXe siècle, dont ils ne se sont pas sortis et dont je crois à présent qu'ils ne se sortiront jamais. L'échec de la révolution, les génocides, la Shoah, les guerres permanentes, le péril nucléaire, les camps, sont une donnée fondamentale de l'histoire contemporaine. Les écrivains post-exotiques mettent en scène des personnages qui vivent à l'intérieur de la catastrophe et n'ont aucune raison d'imaginer qu'un extérieur existe.

Antoine Volodine, prix Médicis 2014, Entretien au Magazine littéraire, septembre 2010

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Une histoire politique de l'olympisme
[jeudi 19 juillet 2012 - 19:00]
Sport
Couverture ouvrage
JO politiques
Éditeur : JC Gawsewitch
253 pages / 17.90 € sur
Résumé : Une mise en perspective historique des Jeux olympiques, sous l'angle politique et diplomatique.
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Directeur et fondateur de l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), Pascal Boniface s'est spécialisé de longue date dans les questions géopolitiques, en maintenant un rythme très important de publications de tous ordres et de plus ou moins bonne facture. Sa particularité dans ce milieu d'experts en relations internationales, assez omniprésents médiatiquement, est d'avoir développé une approche géopolitique et stratégique du sport en général et du football en particulier – ce qui lui a valu le prestige ultime de tenir une chronique dans L'Equipe – dans différents ouvrages publiés ces dernières années, dont L'Europe et le sport (PUF, 2001), La Terre est ronde comme un ballon. Géopolitique du football (Seuil, 2002) ou encore Football et mondialisation (Armand Colin, 2006).

Avec JO Politiques (Jean-Claude Gawsewitch, 2012), Pascal Boniface s'attaque à ce qu'il appelle "le mythe de l'apolitisme" du Comité international olympique (CIO) en démontrant, olympiade après olympiade, que la désignation, l'organisation et le déroulement des Jeux Olympiques ont toujours été des phénomènes politiques, depuis les premiers Jeux modernes d'Athènes en 1896, ressuscités par le baron Pierre de Coubertin, jusqu'à l'actualité des Jeux Olympiques de Londres en 2012, en passant par les funestes JO de Berlin de 1936, organisés par l'Allemagne hitlérienne, les célèbres poings levés des athlètes noirs américains des JO de Mexico en 1968, la tragédie de la prise d'otages de la délégation israélienne lors des Jeux de Munich en 1972 et les boycotts massifs, sur fond de Guerre froide, lors des JO de Moscou en 1980 puis de Los Angeles en 1984.

Au-delà de son caractère essentiellement chronologique et linéaire, cet ouvrage, sans doute écrit assez rapidement (et avec la collaboration de Pim Verschuuren), a cependant des mérites non négligeables en insistant sur l'environnement politique et diplomatique de chaque olympiade et en mettant en relief le poids des phénomènes politiques tels que la montée des fascismes, les deux guerres mondiales, la décolonisation, la Guerre froide et l'apartheid, qui ont tous démontré l'impuissance du CIO à vouloir s'ériger en organisation neutre et pacifique, cherchant souvent à rester pathétiquement fidèle à un idéal issu de la Charte olympique mais intenable dans les faits.
Notons ainsi quelques exemples frappants justement rappelés par Pascal Boniface, qui se limite dans son ouvrage essentiellement aux Jeux d'été.

En 1896 à Athènes puis en 1900 à Paris, le succès fut loin d'être au rendez-vous pour les premières olympiades modernes, au grand dam de Pierre de Coubertin, en particulier pour des raisons politiques. Malgré l'activisme du baron et du CIO naissant, gardien de la sacro-sainte Charte olympique, le gouvernement français de l'époque fut pour le moins indifférent à l'organisation des JO, en marge de l'Exposition universelle de Paris qui était alors considérée comme le véritable événement à portée mondiale. Malgré son vœu d'apolitisme, Pierre de Coubertin en gardera une amertume tenace, qu'il exprimera d'ailleurs dans ses Mémoires olympiques de 1932. Son choix d'implanter le CIO dans un pays neutre, à Lausanne, et non en France, sera d'ailleurs une conséquence de cette désillusion vis-à-vis de son pays. En plaçant son propos sous l'angle politique et diplomatique, Pascal Boniface ne cache pas que l'initiative du baron de Coubertin aurait pu rapidement tourner court et n'être qu'une vaine tentative pacifiste, typique de la Belle Epoque et du climat international des premières années du XXe siècle. Ce n'est qu'à partir des JO de 1908 à Londres – déjà – que le succès commença à se faire sentir, alors que, quatre ans plus tôt, les JO de Saint Louis aux Etats-Unis avaient été nommés "les Jeux de la honte" en raison de la mise à l'écart des athlètes noirs américains.

Après une participation de plus en plus internationale lors des Jeux de Stockholm en 1912, Berlin fut désigné pour accueillir les JO de 1916 mais le déclenchement de la Grande Guerre empêcha l'organisation et la tenue de ces olympiades allemandes. En 1920, les JO, prévus d'abord à Budapest mais finalement attribués à Anvers pour punir les perdants, furent la démonstration, encore une fois, que le contexte politique et diplomatique pèse de manière très importante sur l'événement sportif à vocation pacifique : les pays vainqueurs imposent des sanctions à la fois sportives et politiques aux vaincus – Allemagne, Autriche, Hongrie, Empire ottoman et Bulgarie sont exclus des Jeux –, alors que la Russie bolchevique refuse de participer à un événement qu'elle qualifie de "petit-bourgeois" (cette mise à l'écart volontaire des Soviétiques durera jusqu'aux JO d'Helsinki en 1952, dans un contexte de compétition, y compris sportive, avec la puissance américaine).

Damien AUGIAS
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Titre du livre : JO politiques
Auteur : Pascal Boniface
Éditeur : JC Gawsewitch
Collection : Coup de gueule
Date de publication : 15/05/12
N° ISBN : 235013346X
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