La phrase

Je ne crois à l'éclatement, ni de la droite, ni de la gauche, parce que le système présidentiel l'empêche. [...] Du reste, pour le moment, la droite était au bord de la guerre civile et pourtant, elle n'a pas éclaté. Maintenant, Copé et Fillon sont copains comme cochons. Pourquoi ? Parce que les règles institutionnelles les empêchent de s'entre-tuer, même chose au PS.

Jacques Julliard, entretien à  nonfiction.fr

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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Une histoire politique de l'olympisme
[jeudi 19 juillet 2012 - 19:00]
Sport
Couverture ouvrage
JO politiques
Éditeur : JC Gawsewitch
253 pages / 17.90 € sur
Résumé : Une mise en perspective historique des Jeux olympiques, sous l'angle politique et diplomatique.
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Les Jeux de Berlin en 1936 furent l'illustration la plus parfaite et sans doute la mieux connue de l'instrumentalisation politique d'un tel événement sportif par un pays hôte. Pascal Boniface rappelle à ce propos que la décision du CIO de confier les JO à la capitale allemande remonte à 1931, soit deux ans avant la prise de pouvoir de Hitler, à l'époque où la République de Weimar souhaite donner une autre image de l'Allemagne, revenue dans le concert des nations après sa mise à l'écart diplomatique et sportive (en particulier à l'initiative de la France) et effacer le souvenir de la guerre. Le débat sur la tenue des Jeux après l'arrivée au pouvoir de Hitler sera important et contribuera à décrédibiliser sérieusement la neutralité et la vocation pacifiste du CIO. Après de longues hésitations et des menaces de boycott – un spectre qui ne quittera plus l'histoire de l'olympisme –, la plupart des grands pays, en particulier les Etats-Unis de Franklin D. Roosevelt, décident de participer à ces Jeux préparés drastiquement par l'Allemagne nazie. Au-delà du fameux épisode des victoires de l'athlète noir américain Jesse Owens – qui deviendra plus tard un symbole vivant de l'olympisme, par son amitié avec son concurrent allemand Lutz Long – que sembla désapprouver Hitler en tribune, l'ouvrage évoque un événement moins souvent rapporté : les "olympiades populaires" qui furent organisées à Barcelone parallèlement aux Jeux officiels de Berlin, à l'initiative du Front populaire espagnol récemment élu... mais qui n'eurent finalement pas lieu en raison du soulèvement militaire franquiste de la nuit du 18 au 19 juillet. Comme le remarque Pascal Boniface : "Dans les hôtels, certains sportifs pensent qu'il s'agit de feux d'artifice en l'honneur des Olympiades ! En cette journée du 19 juillet, si la majorité des sportifs restent dans leurs résidences, d'autres sortent pour aider le peuple contre l'offensive des militaires. Certains sont blessés ou tués. […] Les sportifs réfugiés juifs, antifascistes italiens, polonais, etc. sympathisent avec le peuple en armes. Ils affirment être venus défier le fascisme sur un stade et que l'occasion leur fut donnée de le combattre tout court".

Après la Seconde Guerre mondiale, la désignation et le déroulement des JO sont étroitement liés au contexte de la Guerre froide, de la décolonisation et des crises diplomatiques. Parmi les Jeux les plus directement impliqués par l'environnement politique international, ceux de Melbourne en 1956 – à l'époque de l'insurrection hongroise – et plus encore les Jeux de Mexico en 1968 et de Munich en 1972 resteront dans les mémoires. Le massacre des étudiants par les autorités mexicaines lors du soulèvement pacifique de la Place des Trois-cultures avant le déroulement des JO fut passé sous silence par le CIO de manière scandaleuse, tout comme le fut l'exclusion et la disqualification des athlètes noirs américains Tommie Smith et John Carlos – respectivement médaillés d'or et de bronze sur le podium du 200 mètres – à la suite de leurs poings levés et gantés de noir à la manière des manifestants antiségrégationnistes du "Black Power". En 1972, l'accueil symbolique des Jeux par l'Allemagne, trente-six ans après Berlin, fut gâché par la prise d'otages et la mort des sportifs israéliens et des terroristes palestiniens. Malgré les pressions légitimes de la part de nombreuses délégations, le CIO renonça, de manière à tout le moins critiquable et critiquée, à annuler les Jeux ; son président controversé, Avery Brundage, prononça alors cette phrase restée célèbre : "The Games must go on"...

Dans un registre plus attendu, l'ouvrage s'attarde sur les JO de Moscou de 1980 et de Los Angeles en 1984, largement instrumentalisés par les deux super-puissances, dans le contexte de l'après-Détente, par l'intermédiaire de boycotts massifs de la part des pays de chacun des deux blocs. Les analyses de Pascal Boniface sur l'importance de l'apartheid dans les boycotts des pays africains, notamment lors des Jeux de Montréal en 1976, sont en revanche plus instructives.

Pour achever son sujet de manière plus actuelle, le livre évoque enfin les dernières olympiades qui, depuis le "tournant" de Barcelone en 1992 – l'influence du puissant président catalan du CIO Juan Antonio Samaranch fut ici sans doute décisive pour la désignation de cette ville – jusqu'aux Jeux de Londres aujourd'hui, ont illustré, chacune à leur manière, les soubresauts de la mondialisation. L'attribution des JO à Atlanta illustra le poids des forces économiques dans l'industrie médiatique et sportive que sont devenus les Jeux sous l'influence notable de Samaranch, la ville hôte étant alors celle du siège historique de Coca-Cola, soit le plus ancien et le plus puissant sponsor officiel de l'olympisme (depuis les Jeux d'Amsterdam en 1928 !). Les Jeux de Pékin en 2008, quant à eux, furent enfin la preuve de la puissance économique chinoise dans la diplomatie mondiale. Juste avant l'attribution des JO à la Chine, Samaranch déclara : "Mon cœur est avec Paris mais ma tête est avec Pékin. Si on refuse une deuxième fois les Jeux à la Chine, le pire est imaginable. Elle se fermerait, elle se durcirait"... Preuve en était fait, s'il en était encore besoin, du mythe de l'apolitisme olympique, pour reprendre l'expression de Pascal Boniface.

PS : Signalons aussi le livre de photographies commentées et sobrement intitulé J.O. de Raymond Depardon, récemment réédité en Points-Seuil, qui recueille de magnifiques clichés des Jeux Olympiques, de Tokyo (1964) à Moscou (1980), en insistant sur l'angle politique de chacun de ces événements sportifs. Comme le dit en effet très justement Depardon, "je me suis aperçu en suivant ces Jeux que je n'ai jamais arrêté de faire des photos politiques...". On retiendra en particulier les images frappantes des poings levés des athlètes noirs américains à Mexico ou de la prise d'otages de la délégation israélienne à Munich en 1972.

Damien AUGIAS
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Titre du livre : JO politiques
Auteur : Pascal Boniface
Éditeur : JC Gawsewitch
Collection : Coup de gueule
Date de publication : 15/05/12
N° ISBN : 235013346X
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