La phrase

Je ne crois à l'éclatement, ni de la droite, ni de la gauche, parce que le système présidentiel l'empêche. [...] Du reste, pour le moment, la droite était au bord de la guerre civile et pourtant, elle n'a pas éclaté. Maintenant, Copé et Fillon sont copains comme cochons. Pourquoi ? Parce que les règles institutionnelles les empêchent de s'entre-tuer, même chose au PS.

Jacques Julliard, entretien à  nonfiction.fr

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Etat d'alerte
[mercredi 14 mars 2012 - 08:00]
Essais politiques
Couverture ouvrage
L'Etat blessé
Éditeur : Flammarion
136 pages / 11 € sur
Résumé : Dans un essai corrosif, l'historien Jean-Noël Jeanneney cible le bilan du quinquennat finissant en se concentrant sur la question de l'Etat, des principes républicains et du style présidentiel.  
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Dans un chapitre intitulé “L'argent sans fard”, l'auteur dénonce également le bouclier fiscal, les conflits d'intérêts, la proximité – y compris intime et vacancière – du chef de l'Etat avec les patrons du CAC 40, mais aussi le culte du marché débridé, se traduisant notamment par la fascination pour les méthodes de gestion venues du monde de l'entreprise (obsession du résultat, culture du rendement, s'exprimant au sein de l'Etat par la trop brutale révision générale des politiques publiques) et le mépris des univers professionnels “non rentables”(recherche et culture en particulier) pourtant porteurs d'une haute idée du service public.

Tout cela est connu et a été déjà rapporté par d'autres, de manière plus détaillée (en particulier par Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon dans leur livre à succès Le Président des riches. Enquête sur l'oligarchie dans la France de Nicolas Sarkozy, La Découverte, 2010). Mais l'ouvrage de Jean-Noël Jeanneney est plus convaincant encore sur l'atteinte portée à la dignité de l'Etat lorsqu'il évoque la laïcité bafouée par Nicolas Sarkozy, s'inspirant notamment des analyses de Jean Baubérot (La laïcité expliquée à Nicolas Sarkozy... et à ceux qui écrivent ses discours, Paris, Albin Michel, 2008) et lorsqu'il s'attarde sur l'usage public de l'histoire par Nicolas Sarkozy. 

Jean-Noël Jeanneney revient en particulier sur le discours du Latran de décembre 2007, qui était une attaque en règle de la loi de 1905 et d'une conception jugée “négative” de la laïcité : “dans la transmission des valeurs […], l'instituteur ne pourra jamais remplacer le curé parce qu'il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d'un engagement porté par l'espérance”. Le chef de l'Etat poursuivait : “Un homme qui croit, c'est un homme qui espère. L'intérêt de la République, c'est qu'il y ait beaucoup d'hommes et de femmes qui espèrent.” Comme le note justement l'historien, “il me semble que si j'étais croyant, je m'inquiéterais de cette étrange instrumentalisation de la part [du] premier magistrat”, se montrant révolté par cette conception erronée et manipulatrice du principe constitutionnel de laïcité. Jean-Noël Jeanneney s'inscrit en effet en faux contre l'idée d'une laïcité “négative”, et remarque que si Nicolas Sarkozy “avait seulement survolé, ou au moins s'était fait résumer, les débats qui ont annoncé puis porté la grande loi de 1905, il n'aurait pas pu prétendre que l'interprétation de [celle-ci] comme un texte de liberté, de tolérance, de neutralité [était] une reconstruction rétrospective du passé.” Au contraire, “la laïcité, valeur fondatrice, valeur sans pareille, n'a de sens que si elle respecte toutes les croyances religieuses, dans l'ordre du privé, tout en veillant à ce que la République en protège les pratiques publiques – mais sans donner de gages à aucune d'elles”.

En définitive, ce livre de combat, qui refuse le pessimisme, exprime la conviction que la France a besoin d'un Etat respecté et efficace, comme arbitre des forces démocratiques et garant de la transmission de nos valeurs républicaines. En effet, nous explique Jean-Noël Jeanneney, “mon intention dans ses pages est de renverser le propos du prince du Guépard de Lampedusa dont on nous rebat les oreilles : “Tout changer pour que rien ne change”. Au contraire, pour ce qui touche à la manière d'être de la République, au respect porté par leurs élus à leurs compatriotes, à l'image de la France dans le monde, à la réputation de notre pays et à l'ambition de différence qu'elle exprime, le devoir est de respecter certains rituels de haute tenue et les formes, patinées par le temps, du fonctionnement de la démocratie – afin que tout le reste puisse évoluer, grâce aux forces de mouvement, contre les conservatismes multiformes qui se dissimulent sous une forme de modernité”. On ne saurait trouver meilleure réponse au président de la République, lorsqu'il fustige “les conservateurs de tout poil, que l'on trouve à droite en nombre certain et à gauche en nombre innombrable [sic]” alors que sa conception du pouvoir, fondée sur l'apparence de la transgression, est une volonté permanente de “faire des coups”, par des effets d'annonce aussi incertains qu'inutiles, au prix d'oublier sa mission essentielle qui est de veiller au respect des principes essentiels de la République et à l'unité de l'Etat et des citoyens. 

Damien AUGIAS
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Titre du livre : L'Etat blessé
Auteur : Jean-Noël Jeanneney
Éditeur : Flammarion
Collection : Café Voltaire
Date de publication : 07/03/12
N° ISBN : 2081279711
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4 commentaires

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HSS

27/03/12 15:48
"Or, voici que cet Etat si précieux risque de se trouver dévoyé. Le voici déséquilibré et dévalorisé depuis que Nicolas Sarkozy a accédé, en 2007, à sa tête. Cet homme ne sait pas parler de l'Etat. Il ne sait pas parler à l'Etat. Le chagrin que peuvent en éprouver les républicains serait de toujours: dans le paysage redoutable qui nous entoure, il se mue parfois en angoisse."

Mais de quel Etat parle donc JNN ? Celui de la 1ère République dont la citation de la Constitution fut interdite par la loi ? Celui de la IIIème dont il tire son aristocratie ? Celle des gens du temps présent ? Nous cherchons tous l'Etat actuel qui nous est nécessaire, cet état de recherche est ce que nous appellons la "crise". Sarkozy n'a pas à lui parler, ni à en parler. Il a à le conduire. Qu'il le fasse bien ou non, est une autre question. Si jamais l'"un-des-six" remplace "napoléon le tout petit", nous verrons où nous irons. Sans doute dans le mûr, car la Vème République n'a su qu'être à nouveau le régime des partis et non la République de tous. Mais, à la fin (ou juste avant), il le faudra bien pourtant.
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renardducarre

25/03/12 16:46
Jean-Noël Jeanneney blesse la mémoire des grands Jeanneney, son père et son grand-père. Son pamphlet anti-sarkozyste est celui d'un bobo de gauche qui reproche aux autres ce qu'il devrait se reprocher à lui-même. Il critique chez Sarkozy un favoritisme familial, lui qui est fils et petit-fils de ministre, nommé PDG de Radio-France du fait du Prince, il préfère le système "Papa m'a dit..". Etant comme de Gaulle ou Mitterrand loin du peuple, il ne comprend pas qu'on puisse l'écouter et lui parler avec ses mots. C'est un vrai socialiste, adepte du conservatisme pour ne pas dire de l'immobilisme, contre le changement, l'évaluation des fonctionnaires (seule l'ancienneté ou le diplôme compte), la modernisation de l'Administration et refuse de reconnaître la dévalorisation de l'enseignement et du bac "...refuse de le faire en abaissant la toise...". Un pur produit du "Système", Louis-le-Grand, normalien trop brillant pour enseigner en lycée, il reproche à Sarkozy de ne pas utiliser son premier ministre comme un pneu pour amortir les chocs de la route...
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DA

15/03/12 16:37
Merci de votre intérêt pour cette recension. En réalité, Jean-Noël Jeanneney critique dans son livre le fait que Nicolas Sarkozy se vante de prôner une laïcité positive, cherchant ainsi à montrer (bien à tort selon l'auteur) que la conception de la laïcité issue de la loi de séparation entre l'Etat et les Eglises de 1905 est une "laïcité négative" violemment anti-cléricale, à tout le moins réfractaire aux religions et donc divisant les Français. C'est une vision historiquement erronée et Jeanneney rappelle que le principe de laïcité issu de la loi de 1905 est au contraire une conception pleinement tolérante de la séparation (ce fut d'ailleurs un texte de compromis qui ne fut pas au goût des adversaires les plus obtus de la religion) afin de ne pas privilégier une religion par rapport à d'autres et permettre, dans la sphère privé, l'exercice (ou non) d'un culte.
En définitive, c'est bien une laïcité positive que veut défendre Nicolas Sarkozy, à l'opposé de qu'il considère à tort comme une "laïcité négative", issue de la loi de 1905.
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david weber

15/03/12 08:03
"Jean-Noël Jeanneney s'inscrit en effet en faux contre l'idée d'une laïcité “négative”", peut on lire.

Cher Damien Augias, la conception de M.Sarkozy en ce qui concerne la laïcité est dénommée non pas "laïcité négative" mais " laïcité positive", comprenez par là chrétienté positive. C'est effectivement une conception très critiquée (conception négative de la laïcité positive)de la laïcité par les spécialistes de la laïcité que sont Jean Baubérot, Henri Pena Ruiz ou catherine Kintzler et bien d'autres.

Cordialement.

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