Je ne crois à l'éclatement, ni de la droite, ni de la gauche, parce que le système présidentiel l'empêche. [...] Du reste, pour le moment, la droite était au bord de la guerre civile et pourtant, elle n'a pas éclaté. Maintenant, Copé et Fillon sont copains comme cochons. Pourquoi ? Parce que les règles institutionnelles les empêchent de s'entre-tuer, même chose au PS. 
Jacques Julliard, entretien à nonfiction.fr
Dans un chapitre intitulé “L'argent sans fard”, l'auteur dénonce également le bouclier fiscal, les conflits d'intérêts, la proximité – y compris intime et vacancière – du chef de l'Etat avec les patrons du CAC 40, mais aussi le culte du marché débridé, se traduisant notamment par la fascination pour les méthodes de gestion venues du monde de l'entreprise (obsession du résultat, culture du rendement, s'exprimant au sein de l'Etat par la trop brutale révision générale des politiques publiques) et le mépris des univers professionnels “non rentables”(recherche et culture en particulier) pourtant porteurs d'une haute idée du service public.
Tout cela est connu et a été déjà rapporté par d'autres, de manière plus détaillée (en particulier par Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon dans leur livre à succès Le Président des riches. Enquête sur l'oligarchie dans la France de Nicolas Sarkozy, La Découverte, 2010). Mais l'ouvrage de Jean-Noël Jeanneney est plus convaincant encore sur l'atteinte portée à la dignité de l'Etat lorsqu'il évoque la laïcité bafouée par Nicolas Sarkozy, s'inspirant notamment des analyses de Jean Baubérot (La laïcité expliquée à Nicolas Sarkozy... et à ceux qui écrivent ses discours, Paris, Albin Michel, 2008) et lorsqu'il s'attarde sur l'usage public de l'histoire par Nicolas Sarkozy.
Jean-Noël Jeanneney revient en particulier sur le discours du Latran de décembre 2007, qui était une attaque en règle de la loi de 1905 et d'une conception jugée “négative” de la laïcité : “dans la transmission des valeurs […], l'instituteur ne pourra jamais remplacer le curé parce qu'il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d'un engagement porté par l'espérance”. Le chef de l'Etat poursuivait : “Un homme qui croit, c'est un homme qui espère. L'intérêt de la République, c'est qu'il y ait beaucoup d'hommes et de femmes qui espèrent.” Comme le note justement l'historien, “il me semble que si j'étais croyant, je m'inquiéterais de cette étrange instrumentalisation de la part [du] premier magistrat”, se montrant révolté par cette conception erronée et manipulatrice du principe constitutionnel de laïcité. Jean-Noël Jeanneney s'inscrit en effet en faux contre l'idée d'une laïcité “négative”, et remarque que si Nicolas Sarkozy “avait seulement survolé, ou au moins s'était fait résumer, les débats qui ont annoncé puis porté la grande loi de 1905, il n'aurait pas pu prétendre que l'interprétation de [celle-ci] comme un texte de liberté, de tolérance, de neutralité [était] une reconstruction rétrospective du passé.” Au contraire, “la laïcité, valeur fondatrice, valeur sans pareille, n'a de sens que si elle respecte toutes les croyances religieuses, dans l'ordre du privé, tout en veillant à ce que la République en protège les pratiques publiques – mais sans donner de gages à aucune d'elles”.
En définitive, ce livre de combat, qui refuse le pessimisme, exprime la conviction que la France a besoin d'un Etat respecté et efficace, comme arbitre des forces démocratiques et garant de la transmission de nos valeurs républicaines. En effet, nous explique Jean-Noël Jeanneney, “mon intention dans ses pages est de renverser le propos du prince du Guépard de Lampedusa dont on nous rebat les oreilles : “Tout changer pour que rien ne change”. Au contraire, pour ce qui touche à la manière d'être de la République, au respect porté par leurs élus à leurs compatriotes, à l'image de la France dans le monde, à la réputation de notre pays et à l'ambition de différence qu'elle exprime, le devoir est de respecter certains rituels de haute tenue et les formes, patinées par le temps, du fonctionnement de la démocratie – afin que tout le reste puisse évoluer, grâce aux forces de mouvement, contre les conservatismes multiformes qui se dissimulent sous une forme de modernité”. On ne saurait trouver meilleure réponse au président de la République, lorsqu'il fustige “les conservateurs de tout poil, que l'on trouve à droite en nombre certain et à gauche en nombre innombrable [sic]” alors que sa conception du pouvoir, fondée sur l'apparence de la transgression, est une volonté permanente de “faire des coups”, par des effets d'annonce aussi incertains qu'inutiles, au prix d'oublier sa mission essentielle qui est de veiller au respect des principes essentiels de la République et à l'unité de l'Etat et des citoyens
4 commentaires
HSS
Mais de quel Etat parle donc JNN ? Celui de la 1ère République dont la citation de la Constitution fut interdite par la loi ? Celui de la IIIème dont il tire son aristocratie ? Celle des gens du temps présent ? Nous cherchons tous l'Etat actuel qui nous est nécessaire, cet état de recherche est ce que nous appellons la "crise". Sarkozy n'a pas à lui parler, ni à en parler. Il a à le conduire. Qu'il le fasse bien ou non, est une autre question. Si jamais l'"un-des-six" remplace "napoléon le tout petit", nous verrons où nous irons. Sans doute dans le mûr, car la Vème République n'a su qu'être à nouveau le régime des partis et non la République de tous. Mais, à la fin (ou juste avant), il le faudra bien pourtant.
renardducarre
DA
En définitive, c'est bien une laïcité positive que veut défendre Nicolas Sarkozy, à l'opposé de qu'il considère à tort comme une "laïcité négative", issue de la loi de 1905.
david weber
Cher Damien Augias, la conception de M.Sarkozy en ce qui concerne la laïcité est dénommée non pas "laïcité négative" mais " laïcité positive", comprenez par là chrétienté positive. C'est effectivement une conception très critiquée (conception négative de la laïcité positive)de la laïcité par les spécialistes de la laïcité que sont Jean Baubérot, Henri Pena Ruiz ou catherine Kintzler et bien d'autres.
Cordialement.