La phrase

Je ne crois à l'éclatement, ni de la droite, ni de la gauche, parce que le système présidentiel l'empêche. [...] Du reste, pour le moment, la droite était au bord de la guerre civile et pourtant, elle n'a pas éclaté. Maintenant, Copé et Fillon sont copains comme cochons. Pourquoi ? Parce que les règles institutionnelles les empêchent de s'entre-tuer, même chose au PS.

Jacques Julliard, entretien à  nonfiction.fr

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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Y a t-il une idéologie du sarkozysme ?
[mardi 14 février 2012 - 10:00]

Première table ronde: "Y a-t-il une idéologie du sarkozysme?" *

Y a-t-il seulement une idéologie du sarkozysme ? Le retour au discours des valeurs dernièrement opéré par le président est venu rappeler cette revendication originale à droite d’un projet fondé sur une vision du monde. Les analyses de Jean Baubérot, historien et sociologue, de Laurent Bouvet, politiste, et de la philosophe Myriam Revault d’Allonnes ont pourtant fortement ébranlé la cohérence de l’ensemble de représentations et d’idées que Nicolas Sarkozy souhaiterait voir jouer un rôle dans la société française.

Pour Myriam Revault d’Allonnes, si 2007 a bien marqué une rupture par la valorisation sans précédent d’idées telles que la "réussite" et l’exaltation de la vitesse par la mise en scène du corps présidentiel, le changement se situe à une autre échelle que celui de l’idéologie : "Le sarkozysme n’est pas tant un ensemble théorique cohérent qu’une synthèse de courants contradictoires, qui se manifestent aussi dans la société française", observe la philosophe. Par son rapport décomplexé à la richesse et à l’interventionnisme étatique, le président ne ferait ainsi qu’accompagner la société française dans certaines de ses évolutions tendancielles les plus lourdes. Le discours sarkozyste manifesterait certes des grandes constantes, dont les moindres ne sont pas "l’opposition entre les bons et les mauvais pauvres, les travailleurs et les parasites", ou encore "la mise en scène de la réussite et de l’échec comme relevant de la seule responsabilité humaine" selon une dialectique du "gagner " et du "perdre". Mais il s’agirait d’y retrouver l’expression de la rationalité politique dite "néolibérale" orientée par le principe de "rentabilité", et qui engage une vision de l’homme comme "sujet entrepreneur", "sujet économique" et "sujet calculant", soustrait à la contingence et aux contraintes socio-économiques. Force serait donc bien de constater, contre le diagnostic posé par Alain Badiou, l’avènement de quelque-chose de nouveau ; une nouveauté susceptible de "porter atteinte aux fondements de l’existence démocratique."

Depuis l’observatoire de son sujet de spécialité, Jean Baubérot observe lui aussi une forme d’entre-deux : "Sur la laïcité (…), il y a une idéologie implicite" dont il revient au chercheur de retrouver la cohérence. À ce sujet, le basculement enregistré se situe plus tardivement, entre les discours du Latran et de Ryad et la défense d’une "laïcité restrictive " qui a marqué la fin du quinquennat, à la suite du double stimulus de l’affaire des minarets en Suisse et de la montée en puissance du FN aux élections intermédiaires. Après avoir fait preuve d’une "logique conciliatrice" et d’une certaine "ouverture" en direction de l’islam, la nouvelle direction impulsée par l’Élysée reviendrait ainsi à proposer "une laïcité douce pour le catholicisme, et dure pour l’islam". Pour autant, sous le changement, on retrouverait un motif finalement assez traditionnel, "une filiation avec la tradition gallicane" inaugurée par Philippe le Bel et poursuivie par la plupart des responsables politiques français jusqu’à Émile Combes, en passant, bien sûr, par Napoléon. Chacun à leur manière, les gouvernements français ont agi en fonction des trois principes cardinaux : "contrôler la religion, protéger la religion, franciser la religion." Face à l’Église de France parfois remuante, le discours du Latran participerait de la même stratégie de contrôle que la mise en place du Conseil français du culte musulman (CFCM) puis que l’usage très politique et changeant de cette institution à vocation administrative. L’idée de "laïcité restreinte" permettrait quant à elle de défendre certaines revendications religieuses sur des questions sociétales telles que l’euthanasie ou le mariage homosexuel. Enfin, l’insistance sur des "valeurs franco-françaises" auxquelles l’islam devrait se plier relèverait d’abord d’une préoccupation, celle de "franciser" cette religion. L’historien et sociologue de la laïcité reconnaît donc à l’impensé de ce rapport au religieux une cohérence indéniable, quoique contraire à l’esprit de la loi de 1905 orientée vers la résolution du "conflit politico-religieux", mais dont le président se montrerait incapable de percevoir le sens.

Laurent Bouvet récuse quant à lui catégoriquement l’idée d’une "idéologie" du sarkozysme entendue comme ensemble structuré d’idées et de représentations du monde. Le succès indéniable de la "machine sarkozienne qui mêle tout et son contraire" serait d’abord un échec de la gauche. Le sarkozysme, dans lequel le politiste refuse aussi de reconnaître un "pragmatisme", ferait d’autant plus facilement feu de tout bois, "de la politique des riches à l’apologie jaurésienne du travailleur", que la gauche aurait elle-même abandonné la mise en valeur des idées qui l’inspirent. Le consensus autour du succès de la réforme de l’Université, trop peu questionné et trop rapidement accepté selon Laurent Bouvet, serait ainsi symptomatique de la puissance du sarkozysme à imprégner la société de ses opinions. La stratégie électorale de Nicolas Sarkozy témoignerait quant à elle d’un opportunisme aux effets délétères vis-à-vis du système de refoulement de l’extrême droite progressivement mis en place par les responsables politiques de la Ve République, qui avaient ainsi permis d’évacuer certaines questions au prix de la marginalisation d’une partie de l’électorat et à la faveur des victoires de la droite et de la gauche. À cet égard, le message – sinon l’idéologie – du sarkozysme aurait permis de mobiliser cet électorat en rompant l’équilibre prévalant jusqu’alors. Doit-on alors savoir gré au candidat de 2007 puis de 2012 d’avoir prêté l’oreille à ces abandonnés des discours électoraux ? Pour Laurent Bouvet, c’est loin d’être le cas : "Nicolas Sarkozy a réintégré ces populations dans le jeu politique… Mais à quel prix ? ".

 

*A lire aussi sur nonfiction.fr :

Y a-t-il une idéologie du sarkozysme ?, par Pierre-Henri Ortiz. 

Avec Jean Baubérot, Laurent Bouvet, Myriam Revault d’Allonnes. Débat animé par Frédéric Ménager-Aranyi.

"L'idéologie du sarkozysme" selon Myriam Revault d'Allonnes. 

"Nicolas Sarkozy et la laïcité" selon Jean Baubérot. 

 

- Le mandat présidentiel de Nicolas Sarkozy en perspective historique, par Marion Pinchault. 

Avec Alain Bergounioux, Marion Fontaine, Christophe Prochasson. Débat animé par Emmanuel Jousse.

 

- La politique économique de Nicolas Sarkozy, par Eloi Perrin-Aussedat. 

Avec Julia Cagé, Daniel Cohen, Thierry Pech. Débat animé par Thomas Melonio.

 

- La politique d’intégration de Nicolas Sarkozy, par Quentin Molinier. 

Avec Frédéric Gilli, Gilles Kepel, Michel Wieviorka. Débat animé par Ivoa Alavoine.

 

- La politique culturelle et d’éducation de Nicolas Sarkozy, par Aïnhoa Jean. 

Avec Frédéric Martel, Olivier Poivre d’Arvor et Olivier Py. Débat animé par Jean-Marie Durand (Les Inrocks).

 

- Les Inrocks publieront demain un article co-signé par Frédéric Martel, directeur de la rédaction de nonfiction.fr, et Gilles Finchelstein, directeur général de la Fondation Jean-Jaurès, nourri des réflexions de cette journée d'études. 

 

* Cette journée d'études a été organisée en partenariat avec la Fondation Jean-Jaurès, le Huffington Post et les Inrockuptibles.


 

Pierre-Henri ORTIZ
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3 commentaires

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Malabar

25/03/12 18:01






J'aimerai modérer, et vous m'y invitez, le commentaire resserré sinon lapidaire que j'ai ici pu faire.
Il serait dommageable que celui-ci soit vu comme une dévaluation de votre entreprise (déceler- décripter
une idéologie du sarkozysme) que j'imagine conséquente en travail, en sueur et en matière grise.
J'ai lu les compte-rendus avec intérêt et gourmandise tant ce type de regard acéré est rare aujourd'hui. Je regrette même de n'avoir été plus réactif et écouté ces débats de vive oreille.
Cependant je trouve dommageable, et cela transpire -sans excès- dans cette synthèse, que l'analyse
et le regard (objectif va s'en dire) ne se transforme à certains endroits en une forme de procès.
C'est peut être la seule -mais qui me semble notifiable- limite que je pourrais déceler à cette initiative, et cela n'engage que moi.
En gros et pour le dire simplement. Voir un site de critique de livres et de débats d'idées d'une sensibilité
plutôt de gauche faire un décriptage pointu du sarkozysme, c'est enthousiasmant. Mais cela me donne l'impression que Non Fiction et ses responsables seraient la tête de gondole, l'avant-garde d'une gauche qui n'aurait pas fait son Bad Godenberg, comme Alain Minc le dit si bien dans vos "colonnes".



Pour ce qui est de l'orientation, elle n'est pas plus sarkozyste que blairiste que partisane d'Obama.



L'anonymat, je vous avoue ne pas y avoir réfléchi. Mais il me semblait qu'il s'agissait d'un des derniers combats pour la "liberté" d'internet, un peu comme celui d'Hadopi.



Etre publié chez vous, volontiers et je vous remercie de cette invitation. J'y songe dès maintenant.
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PH Ortiz

05/03/12 17:17
@ Malabar:
"vite dit": c'est l'ambition d'un compte-rendu (en l'espèce un peu long).
Pour l'analyse, il a également pu vous échapper que deux liens renvoient à des tribunes dans lesquelles deux des intervenants exposent plus en détails leurs conceptions.
Vous êtes libre de vos jugements esthétiques, mais un juge n'est-il pas plus légitime quand il accepte d'être lui-même jugé, plutôt que de se cacher derrière l'anonymat?
Les trois participants à cette table ronde, quant à eux, assument depuis longtemps les positions qu'ils ont défendues ce jour: votre propos, qui n'est sans doute pas moins "orienté", ne brille pas du même éclat d'honnêteté.
Si vous vous décidez, un jour, à proposer des idées, et à les signer, nonfiction.fr sera toutefois heureux de les publier.
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Malabar

05/03/12 15:35
Comme analyse, c'est vite dit, très orienté et un peu boursouflé.

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