Rédacteur

Chroniqueur politique

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

C N L

CNL
Retour à l'ère primaire ?
[vendredi 07 octobre 2011 - 11:00]
Essais politiques
Couverture ouvrage
Les primaires socialistes. La fin du parti militant
Rémi Lefebvre
Éditeur : Raisons d'agir
174 pages / 7,60 € sur
Résumé : Le sociologue du PS décrit les écueils du système de la primaire, contre l'unanimisme qui entoure l'événement. 
Page  1  2  3 

Au cœur de la très importante production éditoriale suscitée par l'organisation, sans précédent à l'échelle de l'hexagone, des "primaires citoyennes" – et non seulement socialistes, comme le rappelle à l'envi le radical Jean-Michel Baylet ! –, l'ouvrage Les primaires socialistes. La fin du parti militant de Rémi Lefebvre se démarque par son sens critique et par l'originalité de son point de vue. En effet, cet ouvrage, qui n'est pas celui d'un "supporter" d'un des six candidats, ni celui d'un journaliste politique – ils sont nombreux et pas tous de très haute facture –, est à la fois le fruit de recherches en science politique (Rémi Lefebvre est professeur de science politique à l'université Lille-II et chercheur au CERAPS) et la perspective d'un "observateur engagé", dont la volonté est clairement, dès les premières lignes, de s'inscrire en faux contre l'unanimisme qui entoure le recours à des primaires, présenté par beaucoup de commentateurs et d'acteurs comme une "avancée démocratique".

Avancée démocratique ou échec de la rénovation ?

Rémi Lefebvre se réfère notamment à l'ouvrage d'Arnaud Montebourg – devenu depuis candidat à la candidature – et d'Olivier Ferrand – haut fonctionnaire et président du think tank Terra Nova – intitulé Primaire. Comment sauver la gauche (Seuil, 2009). C'est notamment par ce manifeste que les premiers défenseurs des primaires au sein du PS ont véhiculé l'idée – depuis largement acceptée, notamment par des dirigeants autrefois plutôt réticents, François Hollande et Martine Aubry en tête – que l'organisation inédite des primaires, sur le modèle des exemples italien et américain, constitue "l'acte I de la rénovation".

Pour Rémi Lefebvre, au contraire, les primaires constituent l'échec de la rénovation du parti et l'abandon du recours à son appareil militant traditionnel, qui a pu autrefois faire sa force, bien que le PS n'ait jamais été, à la différence du PCF, un parti de masse, mais bien davantage un parti de notables voire d'élus locaux (voir à ce sujet le précédent ouvrage du même auteur, en collaboration avec Frédéric Sawicki, La société des socialistes, publié en 2006 aux éditions du Croquant).

L'auteur cible également son procès à charge des primaires sur le caractère présidentialiste de cette démarche, qui, à rebours d'une gauche historiquement sceptique quant à l'élection du président de la République au suffrage universel direct (en témoigne la posture mendésiste et le célèbre Coup d'Etat permanent de François Mitterrand en 1964), semble s'être totalement approprié ce mode de compétition électorale, à la faveur des deux victoires de 1981 et 1988 et de l'inversion du calendrier (la présidentielle avant les législatives, sur un même mandat de 5 ans) voulue par le gouvernement de Lionel Jospin avant 2002. Rémi Lefebvre reprend ici d'ailleurs le point de vue de Paul Alliès dans son maître-livre Le grand renoncement (Textuel, 2007), qu'il cite à plusieurs moments.

On peut en effet rejoindre cette critique en considérant que les socialistes ont démontré qu'ils avaient dorénavant modifié leur lecture critique des institutions de la Ve République – la personnalisation du pouvoir en particulier – et que, revenus au pouvoir, ils ne modifieraient pas les règles d'une compétition électorale qui les auraient amenés au pouvoir. Cela n'est pas entièrement vrai quand on connaît l'attachement d'un des candidats au moins – Arnaud Montebourg – pour la VIe République et sa volonté d'affaiblir la présidentialisation, et donc la personnalisation, du régime constitutionnel du pays. Il reste que, comme l'avait montré Olivier Duhamel dans son ouvrage (issu de sa thèse) La gauche et la Ve République (PUF, 1992), l'hostilité des forces politiques à l'égard des institutions diminue toujours au fur et à mesure qu'elles s'en approchent...

Titre du livre : Les primaires socialistes. La fin du parti militant
Auteur : Rémi Lefebvre
Éditeur : Raisons d'agir
Date de publication : 18/08/11
N° ISBN : 2912107628
Page  1  2  3 
Commenter Envoyer à un ami imprimer Charte déontologique / Disclaimer digg delicious Creative Commons Licence Logo

Aucun commentaire

Déposez un commentaire

Pour déposer un commentaire : Cliquez ici