La phrase

Je ne crois à l'éclatement, ni de la droite, ni de la gauche, parce que le système présidentiel l'empêche. [...] Du reste, pour le moment, la droite était au bord de la guerre civile et pourtant, elle n'a pas éclaté. Maintenant, Copé et Fillon sont copains comme cochons. Pourquoi ? Parce que les règles institutionnelles les empêchent de s'entre-tuer, même chose au PS.

Jacques Julliard, entretien à  nonfiction.fr

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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CNL
Bercy et le Quai d'Orsay : Regards croisés sur deux lieux de pouvoir
[jeudi 15 septembre 2011 - 13:00]
Essais politiques
Couverture ouvrage
Les diplomates : derrière la façade des ambassades de France
Éditeur : Nouveau Monde
393 pages / 20 € sur
Essais politiques
Couverture ouvrage
Bercy au coeur du pouvoir : enquête sur le ministère des Finances
Éditeur : Denoël
282 pages / 17 € sur
Résumé : Deux enquêtes journalistiques analysent de l'intérieur deux puissants ministères : les Finances et les Affaires étrangères. Des perspectives souvent éclairantes et des révélations parfois sidérantes.
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Dans deux ouvrages à la démarche proche mais non coordonnée, Bercy au coeur du pouvoir. Enquête sur le Ministère des Finances de Thomas Bronnec et Laurent Fargues et Les Diplomates. Derrière la façade des ambassades de France de Franck Renaud, des journalistes ont eu l'idée de nous éclairer à travers une recherche assez fouillée, bien qu'inégale, sur la réalité de deux lieux de pouvoir souvent évoqués mais que peu connaissent de l'intérieur, deux "forteresses" qui en font des ministères à part dans l'imaginaire du citoyen – et du contribuable – : Bercy et le Quai d'Orsay.

Pourtant, au-delà des similitudes de méthode entre ces deux enquêtes, il faut remarquer une différence fondamentale de constat: si les deux journalistes qui se sont penchés sur Bercy cherchent à convaincre le lecteur du poids politique et de l'importance du ministère de l'Economie et des Finances et de ses serviteurs, le diagnostic de Franck Renaud est presque inverse et cible la perte d'influence et le manque de moyens d'une diplomatie française qui se targue pourtant de posséder le second réseau mondial après celui des Etats-Unis.

Les deux ouvrages se rejoignent sur ce point : en particulier en ces temps de crise des finances publiques et de rigueur budgétaire, les argentiers de Bercy l'emportent aisément sur les diplomates du Quai d'Orsay, en proie à des coupes importantes, ce qui a renforcé une méfiance naturelle entre des corporations traditionnellement proches du pouvoir politique. Franck Renaud consacre d'ailleurs tout un chapitre à la "guerre ouverte" – il parle même, sur un ton par trop spectaculaire, de la "querelle entre les épiciers et les aristos" – entre les deux ministères au moment de la préparation budgétaire et remarque les importantes "cures d'amaigrissement" imposées par Bercy au Quai d'Orsay, mettant à mal "l'ambition universelle martelée" par les diplomates français. Et il faut remarquer que la question des moyens budgétaires est omniprésente dans l'enquête du journaliste. Aussi Franck Renaud semble centrer son ouvrage sur la grandeur déchue d'un ministère qui n'a plus les moyens de son ambition, tandis que l'enquête de Thomas Bronnec et Laurent Fargues démontre au contraire que le pouvoir de Bercy est à bien des égards à la fois omniprésent – il se répand, en particulier par l'intermédiaire du "pantouflage" au sein du "grand corps" qu'est l'Inspection générale des Finances, dans les plus importantes banques et entreprises du pays – et presque gardé secret, dans une certaine opacité (notamment par peur de la révélation d'importants conflits d'intérêt), à la différence d'une diplomatie n'hésitant pas à organiser de belles et grandes réceptions, sous les ors d'une République se montrant pourtant de moins en moins généreuse avec elle.

Il faut constater que les auteurs connaissent plutôt bien les univers qu'ils décrivent : Thomas Bronnec est chargé de la rubrique économique de L'Express, Laurent Fargues rédacteur en chef adjoint d'Acteurs publics, revue spécialisée que lisent en particulier les hauts fonctionnaires, et Franck Renaud journaliste d'investigation vivant et travaillant en Asie depuis dix ans – et qui a donc côtoyé les services diplomatiques dans des contrées lointaines. Et ils ont en commun de fournir un nombre important d'anecdotes dont le but évident est de dévoiler des pratiques parfois douteuses et de décrypter un environnement qui a ses propres codes.

A Bercy, notent Thomas Bronnec et Laurent Fargues, c'est la culture de la technocratie qui l'emporte et l'on est assez convaincu par les auteurs lorsqu'ils décrient une " pensée unique " omniprésente dans les notes et les rapports des hauts fonctionnaires des Finances : celle d'une orthodoxie budgétaire et d'une théorie économique – en particulier à la Direction du Trésor – proche du néo-libéralisme ambiant et du "consensus de Washington". Les journalistes remarquent d'ailleurs, non sans malice, comment le grand économiste américain Paul Krugman, Prix Nobel d'économie en 2008, fut boudé par les hauts fonctionnaires de Bercy lors d'un passage à Paris à la fin des années 1990...Il faut dire que l'œuvre de cet iconoclaste en rupture avec la pensée économique de son pays, n'était alors que très peu connue d'experts français "formatés" à une conception plus tiède de la politique économique, et budgétaire en particulier.

Dans leur enquête, les auteurs insistent sur le poids important de l'administration au sein du ministère des Finances, quelle que soit la couleur politique des ministres, qui d'ailleurs ne font souvent que passer quelques mois dans les austères couloirs de Bercy – à l'exception notable de Christine Lagarde, en poste de 2007 à 2011. Les experts de la Direction du Trésor, du Budget ou de l'Inspection générale des Finances, par l'intermédiaire de leurs importants rapports et notes détaillées, détiennent "le pouvoir de dire non" et, de manière générale, les fonctionnaires de Bercy peuvent faire capoter d'importantes réformes – comme en témoigne en 2000 l'échec du projet de Christian Sautter de fusionner la Direction Générale des Impôts et la Direction Générale de la Comptabilité publique. Pour Thomas Bronnec et Laurent Fargues, Bercy est une " tour d'ivoire " qui dispose d'une stricte hiérarchie, d'une culture commune et d'un important contre-pouvoir administratif, qui est d'autant plus marqué lors de la coexistence – pas toujours pacifique – entre un(e) ministre de l'Economie et une un(e) ministre du Budget, situation souvent propice aux conflits politiques et aux guerres intestines.

Au Quai d'Orsay, jusqu'à la récente nomination d'Alain Juppé, les diplomates ont souvent eu affaire à des ministres affaiblis ou peu crédibles ces dernières années, ce qui n'a pas manqué de souligner l'amertume des serviteurs d'" un petit ministère à la grande ambition ", selon l'expression du journaliste. Franck Renaud insiste aussi sur l'important corporatisme de fonctionnaires pourtant divisés entre "petit personnel" – souvent méprisé, notamment lorsqu'ils sont en poste à l'étranger, suppléés par des agents contractuels de droit local –, cadres d'Orient et énarques. Tout comme l'enquête sur Bercy met l'accent sur les réseaux et les liens entre public et privé, par l'intermédiaire du "pantouflage" et du carnet d'adresses des anciens, l'ouvrage sur le Quai d'Orsay note l'importance de l'entregent dans les carrières des diplomates et dénonce en particulier un "tour extérieur" très politique dans les nominations en ambassades, qui d'ailleurs existe de manière assez générale dans la haute administration française.

Damien AUGIAS
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Titre du livre : Les diplomates : derrière la façade des ambassades de France
Auteur : Franck Renaud
Éditeur : Nouveau Monde
Collection : Les enquêteurs associés
Date de publication : 15/09/11
N° ISBN : 2011-06-23
Titre du livre : Bercy au coeur du pouvoir : enquête sur le ministère des Finances
Auteur : Thomas Bronnec, Laurent Fargues
Éditeur : Denoël
Collection : Impacts
Date de publication : 15/07/11
N° ISBN : 2207261441
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1 commentaire

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Martin

15/09/11 16:03
Bonjour,
Vous faites référence à l'édition 2011 des "Diplomates", en vente à 9 euros, édition actualisée et plus axée sur le quotidien des agents de base que l'édition 2010 dont la photo illustre votre article. A titre d'exemple, voir en introduction la tentative de meurtre en ambassade étouffée par le ministère.

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