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Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

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Entretien avec Hervé Morin
[samedi 08 mai 2010 - 23:00]
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Nonfiction.fr : Alors avec 100 personnes a-t-on la capacité à rassurer les pays de l’Est ? 
 
Hervé Morin : La clause de solidarité qui figure dans les traités est un engagement fort mais nous n’avons pas les mêmes capacités militaires. Les Européens ont perdu cette volonté.
 
Nonfiction.fr : Sans même parler de puissance militaire, pendant la crise russo-géorgienne, c’est le président d’un Etat membre qui a agi même s’il avait la présidence du Conseil européen. Pourquoi les dirigeants communautaires n’interviennent-ils pas ?
 
Hervé Morin : Parce que nous dérivons vers une Europe intergouvernementale avec une impulsion politique qui n’est plus celle de l’époque de Jacques Delors.  
 
Nonfiction.fr : Que pensez-vous de l’action de Catherine Ashton ? 
 
Hervé Morin : Laissons lui le temps de faire ses preuves ! Et j’ai remarqué qu’elle a déjà évolué sur des sujets : elle était contre un centre de commandement et de planification de conduite des opérations européen permanent à Bruxelles. Contrairement à la diplomatie britannique, elle y est aujourd’hui favorable.  
 
Nonfiction.fr : C’est quoi être puissant au niveau européen ? 
 
Hervé Morin : C’est déjà être performant économiquement. Et puis ce serait de considérer qu’ayant un destin commun, on assure sa sécurité en commun. Et être capable de porter une politique étrangère différente des Chinois et des Américains. Ça impose une politique étrangère plus forte et une volonté réelle des Etats. Elle peut aussi le faire par la norme mais il ne faut pas opposer les deux : il ne faut pas abandonner pour autant les instruments traditionnels de la puissance.  
 
Nonfiction.fr : Quelles sont les actions militaires de l’Union en dehors des frontières ? 
 
Hervé Morin : Atalante par exemple : c’est la première opération maritime d’ampleur où l’Europe a été le pivot de l’action internationale. Les Chinois, les Américains, les Malaisiens sont venus. Ce que nous faisons sur terre, c’est la formation des forces de sécurité somalienne. Dans ces actions militaires, la France est plus présente que les autres mais avec une implication de plus en plus forte de nouveaux pays.  
 
Nonfiction.fr : Barack Obama a récemment réuni 47 pays pour un sommet sur la sécurité nucléaire… que s’est-il passé au niveau européen pour avoir une position commune ? 
 
Hervé Morin : Rien. L’intergouvernemental prend trop souvent le pas sur l’européen. J’ai constaté comme vous les dégâts quand j’ai vu que dès le lendemain les principales capitales européennes prenaient position.
 
Nonfiction.fr : Le traité de Lisbonne a été adopté l’année dernière. Quels sont les bons points et les mauvais points de ce nouveau texte ? 
 
Hervé Morin : Il n’y a pas de mauvais point en tant que tel. Ça dépendra beaucoup de ce qu’en font les Etats. Nous avons voulu ce traité pour sortir l’Union européenne de la crise institutionnelle. Il rééquilibre les pouvoirs entre la Commission, le Parlement européen et les Etats membres. Cela nous permet maintenant de revenir à notre projet politique pour l’Europe. En matière de défense, il nous faut l’ambition politique d’aller vers une intégration, d’aller vers plus de mutualisation. Le risque est grand qu’en étant trop ouvert à tous les pays qui veulent entrer dans la coopération structurée permanente, on ne puisse pas progresser aussi rapidement.  
 
Nonfiction.fr : Plus largement, au niveau institutionnel, l’Europe à trois têtes : Président de la Commission, Président du Conseil européen et Haut représentant ; est-ce bonne chose ?
 
Hervé Morin : C’est vrai que c’est une architecture compliquée… Laissons la vivre avant d’en tirer les conséquences ! Laissons lui une chance. De toute façon il fallait avancer, c’est bien qu’on s’en soit sorti.
On ne peut pas au bout de 6 mois, comme on le fait trop souvent, considérer que cela va mener forcément à l’échec. Peut-être que les choses vont s’installer comme les textes le disent. On verra bien ! Le système doit encore se roder.
 
 
Propos recueillis par Mathias Mégy.

 

 

A lire également sur nonfiction.fr :

 

La politique extérieure de l’Union européenne au kaléidoscope des publications récentes, par Blandine Sorbe.

- Le Service européen d'action extérieur aux prises avec la logique des corps diplomatiques nationaux. Entretien avec Alain Lempereur, par Estelle Poidevin.

- La mise en place du service européen d’action extérieure : vers une diplomatie européenne ?, par Mathilde Lanathoua .

- La politique européenne de sécurité et de défense : quelle défense pour l'Europe ?, par Fabien Menant.

- La politique étrangère européenne - quelle vision ?, par Maxime Lefebvre.

 

  
 

 

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