Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 
Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.
Bientôt de nouveaux résultats !

Avec sa nouvelle publication intitulée "L’Europe au miroir de la Turquie", la revue Politique européenne (numéro 29, automne 2009) ― et le concours du laboratoire PACTE Grenoble et la Fondation nationale des sciences politiques chez l’Harmattan – rassemble et analyse, sous la direction de Nicolas Monceau, à travers cinq articles les grandes questions soulevées par la demande d’adhésion de la Turquie à l’UE.
La candidature d’Ankara interroge en effet la nature même du projet européen dans son identité, dans ses frontières géographiques, ses dimensions politiques et culturelles. Certes la définition de l’Europe demeure toujours aussi difficile. Plusieurs livres récents, pour n’en citer qu’un nombre très restreint, le rappellent. Ainsi lorsque Jean-Frédéric Schaub dans L’Europe a-t-elle une histoire ? (Albin Michel, 2008) observe la vie commune des Europe latine et byzantine, visible au travers de la basilique de Venise tout autant que dans les étonnantes conquêtes et assimilations normandes en Sicile ou en Irlande, en Espagne et Syrie, il illustre toute la difficulté d’enfermer dans une vision statique la richesse et la mixité de l’héritage qui a façonné cette idée : l’Europe. Dans un autre livre qui a connu le succès, Le Grand Turc et la République de Venise (Fayard, 2004), Sylvie Goulard était plus tranché, posant que la coopération renforcée était la solution idéale. L’Europe contre l’Europe (Hachette-Terra Nova, 2009) d'Olivier Ferrand reprend tous ses arguments sans parvenir à trancher.
Observer la trajectoire singulière de la Turquie comme pays candidat à l’adhésion à l’UE permet ainsi de mieux comprendre l’évolution du projet européen et ses différentes conceptions. La candidature turque est singulière, car ce pays a intégré l’OTAN dès 1952 et entamé des discussions avec la Commission européenne à partir de 1959, débouchant sur la signature d’un accord d’association en 1963. Jean Marcou rappelle que lors de cette signature, le président Walter Hallstein prononça un discours emblématique, affirmant que la Turquie faisait partie de l’Europe et qu’un jour elle serait membre de plein exercice de la Communauté.
Plus de quarante années suivant ce discours, en 1989, la Commission a cependant rendu un avis défavorable sur la candidature d’Ankara déposée formellement en 1987, tout en continuant d’associer la Turquie a toutes ses initiatives, exprimant ainsi sa confiance dans sa capacité à satisfaire aux critères de Copenhague. La Commission, gardienne des traités, reste donc dans son rôle, veillant à la poursuite des négociations.
À la lumière des ambigüités de la Commission, chaque acteur de la politique européenne semble ainsi jouer un rôle, selon une répartition expliquée et étudiée par Jean Marcou. Il montre différentes lignes de fracture, entre les institutions travaillant sur une durée longue et les acteurs politiques, plus préoccupés de capter le moment et l’émotion. Les États ne jouent pas tous la même partition non plus. La présentation des arguments italiens ou espagnols est ainsi particulièrement intéressante (cet élargissement pourrait contribuer à l’approvisionnement énergétique, mais également, offrir des perspectives nouvelles contre l’axe Paris-Berlin, jugé trop dominateur).
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