Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 
Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.
Bientôt de nouveaux résultats !
La Turquie, oubliée par l’Europe, poursuit son émancipation dans le Caucase et le Moyen Orient tout en essayant de maintenir une stabilité dans sa politique intérieure. Michel Rocard, dans son dernier ouvrage, Oui à la Turquie, vient rappeler que le débat ne devrait pas être clos en Europe, que les questions posées par cette candidature sont toujours valables et doivent être débattues. Son ultime souhait serait que "la présidence française [soit] l’occasion rêvée de dire Oui à la Turquie".
Le livre de Michel Rocard a tout d’abord le mérite de nous montrer ce que la Turquie a déjà apporté à l’Europe. Par sa seule position de candidat, le pays interroge l’Union sur son identité (grand marché, espace politique ou civilisation ?), souligne le flou de ses projets, révèle ses ambiguïtés et met ses valeurs en question (universalité fondée sur les droits de l’homme ou particularisme chrétien ?).
Ainsi, aux portes de l’Europe, la Turquie ravive la tension qui parcourt une Europe prise entre son histoire – devenue refuge – et des objectifs de plus en plus difficiles à définir. Parce qu’il représente l’altérité, le pays met à mal un projet au départ rationnel. La perspective de son adhésion à l’Europe engendre des discours irrationnels s’appuyant sur la peur de l’Autre – le musulman – et le rappel des racines chrétiennes du vieux continent.
Le livre de Michel Rocard a également le mérite de rationaliser le débat. Il évite les dichotomies islam/christianisme, Orient/Occident, même s’il rappelle que, quel que soit le sujet sur lequel porte le débat (sécurité, démographie, économie, frontières etc.), tout est renvoyé à l’islam, partie intégrante de l’identité nationale turque, d’une part, et raison de rejet de l’opinion dite européenne, de l'autre.
L’ancien Premier ministre fixe la date de l’entrée de la Turquie dans l’Union à 2023, année du centenaire de la naissance de la République créée à l’image des républiques occidentales et fierté de toute une nation. L’adhésion pourrait confirmer ce choix de modernisation entamée dès le XIXe siècle. L’auteur essaie ainsi de corriger l’image d’une Turquie différente parce que musulmane que véhicule l’Europe, alors que l’État-nation turc, s’appropriant la modernité occidentale, a très tôt opté pour la laïcité. En même temps, l’auteur voit dans l’islam un atout pour le dialogue des civilisations et une des raisons de dire oui à la Turquie. Décidément l’Europe produit des paradoxes ! L’Europe n’a-t-elle pas, depuis toujours, considéré la Turquie comme un pays "éligible" grâce à la combinaison exemplaire de la laïcité et de l’islam ? Or, Bruxelles lui demande aujourd’hui de remettre en cause ce qui précisément fait son exceptionnalité dans le monde musulman. L’AKP, le parti qui a conduit son pays aux négociations, répond parfaitement à cette image de la Turquie que lui renvoie l’Europe. Il serait d’ailleurs intéressant de connaître la part de l’attrait de l’Europe dans son succès électoral. Cependant, l’opinion internationale voit dans ce parti la marche vers la démocratisation grâce aux luttes pour les libertés religieuses contre les principes kémalistes et les forces militaires de la vie politique devenues de plus en plus défensives dès qu’il s’agit de la laïcité et de l’intégrité nationale.
3 commentaires
Lover
alors oui oui a la Turquie
sol invictus
Byzance
Ceci est une projection de l'auteur, il aimerait que ce soit le cas mais à part le pen et de vulliers ce n'est pas le cas. Est ce le cas de Bayrou ? Est ce le cas de Sarkozy ? Ces deux hommes sont pour l'entrée de l'Albanie et de la Bosnie qui aux dernières nouvelles ne sont pas des bastions du catholicisme traditionalisme.
Un peu d'honnêteté intellectuelle; la diabolisation n'est pas très noble et prouve en tout cas que le discours pro-adhésion est politiquement faible. Il est obligé de créer un fantasme pour pouvoir se battre contre.
Pitoyable...