On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

L'intérêt de ce volume n'est pas à démontrer. Il réunit tout ce qui survit des échanges épistolaires, pendant quatre décennies, entre deux grands noms d'une des grandes institutions du pouvoir intellectuel dans la France du vingtième siècle, la Nouvelle Revue française. On sait que le nîmois Jean Paulhan (1884-1968), devenu secrétaire de Jacques Rivière en 1919, est nommé son rédacteur en chef en 1925 à la mort de ce dernier, puis son directeur en 1935 jusqu'à la guerre. Membre du comité de lecture de Gallimard dès 1922, il restera jusqu'à sa mort, ainsi qu'on l'a dit, l'"éminence grise" de la maison d'édition. Le nom d'André Lhote (1885-1961) est aujourd'hui moins familier sans doute. Né à Bordeaux, c'est un autodidacte : la correspondance le montre d'ailleurs assez pointilleux lorsqu'on le lui rappelle. Après son certificat d´études, il fait son apprentissage comme sculpteur sur bois avant de se tourner, en 1905, vers la peinture et de se former à l'école des Beaux-Arts de sa ville natale. Deux ans plus tard, il expose pour la première fois au Salon d'Automne. Le collectionneur bordelais Gabriel Frizeau, ami de Francis Jammes, de Gide, de Claudel, du jeune Saint-John Perse, lui a révélé Gauguin. C'est lui qui le présente, toujours en 1907, à Jacques Rivière (autre Bordelais) et à Alain-Fournier. Lhote se lie avec eux d'une vive amitié. Rivière, le premier, présente la peinture de Lhote dès 1909. Une exposition personnelle a lieu en 1910 à la galerie Druet. Elle désigne Lhote à l'attention de l'avant-garde. Il se lie avec Gleizes, avec Metzinger, avec Léger, avec Villon ; à ce dernier en particulier, le livre le confirme, il ne cessera jamais de vouer une vive admiration. Il rencontre également Cocteau, à qui il fait découvrir le bassin d'Arcachon, et sera le pilote du premier livre illustré de ce dernier, Escales (1920).
Ce peintre qui se situe dans la mouvance du cubisme, sans jamais cesser d'être ouvertement représentatif, et dont Cézanne est et restera le dieu, devient, en 1919, le premier critique d'art de la NRF à laquelle il va collaborer jusqu'en 1955. Lhote est en effet l'auteur d'une œuvre écrite abondante : monographies consacrées à Seurat, à Corot, à Cézanne notamment et aussi et surtout ouvrages théoriques où il expose ses conceptions d'un modernisme tempéré, fidèle au motif et à la figure humaine, respectueux de la grande tradition: Parlons peinture (1936), Traité du paysage (1939), Peinture d'abord (1942), Traité de la figure (1950), La peinture libérée (1956) et, posthume, Les invariants plastiques (1967), pour ne citer que les plus importants. Mais ce théoricien est aussi un pédagogue, qui crée, en 1922, sa propre académie.
Lhote rencontre Paulhan en 1919 par l'intermédiaire d'Éluard, dont il a illustré cette année-là Les Animaux et leurs hommes. Les deux méridionaux se prennent l'un pour l'autre d'une affection qui ne se démentira pas. Lorsqu'ils concluent leur lettre par un " Je t'aime bien ", il est clair qu'ils ne mentent pas. On ne sera donc pas surpris de trouver dans cette correspondance de nombreuses confidences, notamment sur les difficultés de leurs divorces respectifs, celui de Lhote s'avérant particulièrement difficile ; on trouvera à ce propos, dans les lettres des années 1940, un portrait peu flatté d'Isabelle Rivière (sœur d'Alain-Fournier comme on sait), avec laquelle Lhote et Paulhan ont eu l'un et l'autre maille à partir. Leur complicité est bien mise en lumière dans les billets qu'ils échangent, dans les années cinquante, au cours de réunions du Conseil des musées.
Cette cordialité n'empêche pas – c'est d'ailleurs ce qui donne à cette correspondance un côté si vivant – des échanges assez secs, parfois acerbes. Ce sont d'abord d'innombrables petits problèmes révélateurs de l'atmosphère à la fois excitante et un peu brouillonne qui règne à la NRF des années vingt et trente : parutions retardées, coupures, réécritures et coquilles, livres non envoyés ou perdus, dessins non restitués etc. À plus d'un moment il est question, de part et d'autre, de mettre fin à cette collaboration – sans d'ailleurs que les relations personnelles soient en cause.
1 commentaire
Patati
I.Rivière habitait comme les Lhote au 38 bis rue Boulard et connaissait bien le ménage L....... I. et M. se voyaient continuellement, surtout depuis le veuvage d'Isabelle R.( restée seule avec deux enfants en bas âge).... La villa "les Hirondelles" n'a jamais été la propriété des Delgouffre...à plus tard....