Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 
Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.
Bientôt de nouveaux résultats !
Bientôt de nouveaux résultats !

Une histoire (officielle) de La NRF ?
Comment retracer cent ans de la vie d’une revue qui incarne également tout un pan de l’histoire littéraire en moins de 700 pages ? Le défi est quasi impossible et pourtant, Alban Cerisier l’affronte, non sans courage. L’auteur, archiviste chez Gallimard, semble particulièrement bien placé pour s’atteler à cette tâche. Trop peut-être, diront certains esprits chagrins qui feront d’Alban Cerisier le juge et partie d’une histoire officielle, tant la revue est liée à la célèbre maison d’édition de la rue Sébastien-Bottin. Certains passages de ce vaste essai pourraient bien donner du grain à moudre à ces esprits soupçonneux… Ainsi ces pages justifiant parfois avec emphase les décisions prises par Gaston Gallimard, ou celles mentionnant un peu rapidement les périodes sombres de la revue. On s’interrogera également sur le relatif déséquilibre dans la construction de l’essai qui consacre de nombreuses pages à la période de l’avant-guerre, celle de l’âge d’or de la revue, et ne dit rien des choix éditoriaux des années les plus récentes. Des directeurs ayant succédé à Jean Paulhan, Alban Cerisier ne retient pas grand-chose. C’est d’autant plus dommage qu’il y a là une partie de l’histoire de La NRF méconnue et peu étudiée. Affaire de choix…
On le comprend : il ne faut donc pas s’attendre ici à une déconstruction du mythe NRF. Les centenaires se prêtent-ils vraiment à ce genre d’opérations ? Alban Cerisier s’attache surtout à montrer comment La NRF s’impose peu à peu comme la « rose des vents » à partir de laquelle la vie littéraire française s’oriente et se situe. Il déploie pour ce faire des talents qui sont autant voire davantage ceux d’un conteur que d’un historien. L’aspect de ce livre déconcertera bon nombre de lecteurs habitués à une plus grande rigueur méthodologique. On ne trouve en effet ici ni notes de bas de page, ni découpage hiérarchisé. Les chapitres se succèdent dans un ordre chronologique et ne proposent qu’un seul niveau d’intertitre. Cela ne rend pas la lecture aisée. On se sent parfois un peu désemparé face à ce flot ininterrompu d’informations délivré sans coupure, sans pause. Impression renforcée par l’absence d’illustrations alors même que l’objet s’y prête. Des paragraphes nous décrivent le choix des couvertures, la découverte d’un document inédit, telle lettre de Gide ou Gallimard… et piquent la curiosité d’un lecteur qui ne peut s’en remettre qu’à son imagination pour visualiser ces documents. Quelle frustration ! Certes, un livre entier vient remédier à ce manque : le catalogue de l’exposition « En toutes lettres ». Cent ans de littérature à La Nouvelle Revue française qui s’est tenue à la Fondation Martin-Broder à Cologny, en Suisse, du 13 février au 20 avril – un magnifique ouvrage, mais quel dommage d’avoir ainsi scindé les deux faces d’une même histoire ! Sans parler du coût que cela suppose. Quand on aime, on ne compte pas, et ces deux livres s’adressent bien évidemment en premier lieu à un lectorat tout entier acquis à La NRF, mais tout de même… Une dernière incongruité frappe le lecteur avisé : on cherche en vain les pages de bibliographie et de sources. Une simple phrase renvoie à leur consultation sur le site Internet. Ce choix semble faire du livre d’Alban Cerisier un simple ouvrage de circonstance, puisque le site cité a été spécialement conçu dans le cadre de la célébration du centenaire de la revue. Existera-t-il encore dans un an, dans deux ans?
Aucun commentaire