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critique à nonfiction.fr

La phrase

On parle souvent des victimes directes des printemps arabes mais rarement des 2000 morts migrants, tués par non-assistance à personne en danger qui, abandonnés par l’Europe, se sont échoués dans des conditions épouvantables. L’Union européenne a fait des printemps arabes une tragédie qui a été celle des migrants tragiquement noyés, dont les oppresseurs ne sont ni Moubarak, ni Ben Ali mais les responsables européens.

Bertrand Badie, sur nonfiction.fr, le 31 janvier 2012. 

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Ramon Fernandez : écrivain, collaborateur
[mardi 27 janvier 2009 - 05:00]
Littérature
Couverture ouvrage
Ramon
Dominique Fernandez
Éditeur : Grasset
807 pages / 23,66 € sur
Littérature
Couverture ouvrage
Messages
Ramon Fernandez
Éditeur : Grasset
201 pages / 7,98 € sur
Littérature
Couverture ouvrage
Proust
Ramon Fernandez
Éditeur : Grasset
281 pages / 9,12 € sur
Résumé : Retour sur le parcours de Ramon Fernandez, intellectuel français qui cautionna par sa plume l'occupant nazi.
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Comment tant d'intellectuels français, que leur position, leur jugement aurait dû prémunir contre pareils égarements, ont-ils pu cautionner par leur plume et par leurs services l'occupant nazi ? Près de soixante-dix ans plus tard, la question interpelle toujours avec la même violence les intellectuels d'aujourd'hui. Elle est plus grave, plus douloureuse encore si on est fils d'un intellectuel collaborateur. Comment en est-il arrivé là ? L'interrogation revient, lancinante, dans le gros livre que Dominique Fernandez consacre à ce père admiré et aimé – sentiments qui ne semblent d'ailleurs pas avoir été complètement payés de retour – dont la figure avait déjà inspiré deux de ses romans. Il ne s'agit plus, cette fois, d'une transposition romanesque, mais d'un long essai biographique, et souvent autobiographique, qui est aussi un pamphlet. Ce témoignage s'appuie en partie sur ce qui survit des papiers personnels de son père. Il est d'autant plus précieux que ce dernier, qui n'a pas droit à une mention dans le Dictionnaire de biographie française, n'a encore fait l'objet d'aucune biographie .

Né à Paris en 1894, Fernandez était fils d'un diplomate mexicain en poste en France, mort des suites d'un accident de cheval en 1905, et d'une Toulonnaise, Jeanne Gabrié, génitrix impérieuse qui survivra dix-sept ans à son fils et dont Dominique Fernandez laisse entendre qu'elle a été son mauvais génie. Le futur critique étudie à la Sorbonne, où il suit les cours de Brunschvicg et de Bergson, à l´École libre des sciences politiques, à Cambridge. Mexicain – il ne sera naturalisé qu'au moment de son mariage – il ne participe pas à la guerre. Son fils voit dans cette lacune la racine du "complexe d'infériorité de l'intellectuel devant l'homme d'action" expliquant en partie ses aberrations tardives. En 1919, Fernandez soumet à Proust le manuscrit d'un roman sur l'homosexualité. L'auteur de Dans la main de l'ange s'interroge à bon droit sur la fascination de son père pour ce thème, longuement abordé aussi – et de manière inhabituellement positive pour l'époque – dans son Gide de 1931, et tenu par Gide pour le meilleur livre écrit sur lui. L'homosexualité refoulée explique-t-elle donc aussi, comme chez Brasillach et bien d'autres, la dérive fasciste de son auteur ? La question revient aussi plusieurs fois.

Titre du livre : Ramon
Auteur : Dominique Fernandez
Éditeur : Grasset
Date de publication : 14/01/09
N° ISBN : 2246739411
Titre du livre : Messages
Auteur : Ramon Fernandez
Éditeur : Grasset
Collection : Les cahiers rouges
Date de publication : 14/01/09
N° ISBN : 2246248124
Titre du livre : Proust
Auteur : Ramon Fernandez
Éditeur : Grasset
Collection : Les cahiers rouges
Date de publication : 14/01/09
N° ISBN : 224607522X
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1 commentaire

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Iba

16/04/09 12:47
La biographie de Ramon par son fils est effectivement passionnante. Cependant, de mon point de vue, ce livre est un échec. D.Fernandez cherche de tous côtés de quoi expliquer la rupture fondamentale de l'existence de Ramon, à savoir son adhésion au PPF. Il furète du côté des antécédents mexicains, puis du couple raté, parcourt les écrits critiques et littéraires, et à mon sens, ne parvient jamais à percer l'énigme, à pénétrer l'intimité et l'individualité de Fernandez.
La dualité, cette dualité qui parcourt toute l'analyse de Dominique sur Ramon, saute aux yeux lorsque l'on compare la finesse critique, le sens de la mesure, l'admiration pour Proust et Bergson (pourtant peu en odeur de sainteté à l'extrême droite) aux panégyriques de Doriot, aux écrits politiques fascistes et au cabotinage de l'alcoolique germanopratin.
Ces 800 pages ne suffisent pas à clarifier l'engagement bizarre de Ramon Fernandez dans le fascisme. Malgré tous ses efforts, son fils ne parvient pratiquement jamais à toucher Ramon Fernandez du doigt. Et il lui échappe de plus en plus après le divorce : les sources se raréfient et l'analyse s'étiole. La clé d'entrée de Dominique vers Ramon, c'est sa mère. Et c'est Liliane finalement, dans sa relation avec Dominique et avec Ramon, qui donne de la texture à cette biographie : avant elle, Ramon se présente en fantôme mondain, dont Dominique décrit surtout les origines et le milieu ; après elle, Ramon n'est plus qu'un personnage public et lointain, engagé auprès de Doriot et de sa bouteille au Lipp.

Ramon, ce fasciste qui tresse les louanges du juif homosexuel Proust en 1943. Fernandez, cet admirateur de Bergson qui défend vaille que vaille Doriot, français sous l'uniforme allemand sur le front de l'est, ne nous apparaît pas souvent de manière tangible, tel qu'il a pu être. Si ce n'est vers la fin, alors que Dominique semble lâcher prise à son désir d'analyse, et écoute un témoin direct des beuveries du Lipp. Il y a alors plus de vérité sur Ramon en quelques phrases que dans ces 800 pages. Cette scène de fanfaronnades alcoolisées d'un mondain de St-Germain me paraissent une clé intéressante. Et je vous rejoins sur ce point, avec quand même une réserve, à savoir que D.Fernandez évoque cette piste plus qu'il ne la développe.

Cependant, cet échec de Dominique n'empêche pas de reconnaître son mérite et la qualité de sa recherche. Dans ce Paris des intellectuels de l'avant-guerre, il retrace (avec quelques lacunes mais aussi beaucoup de finesse) le parcours d'un d'entre eux, aux côtés de Mauriac, de Martin du Gard et de Gide. Il peint aussi la société cultivée d'une époque révolue, montre la candeur de ses engagements et retrace les conséquences parfois tragiques de ses fourvoiements. Malgré son résultat final, cet ouvrage fascinant démontre que la réussite de l'écrivain peut parfois résider dans l'échec de son entreprise.

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