On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.
À l'approche de l'année 2009, qui marquera à la fois le 200e anniversaire de la naissance de Charles Darwin et le 150e anniversaire de la publication de son œuvre majeure, L'Origine des Espèces, on commence à voir fleurir les ouvrages arborant sur leur couverture le nom du plus célèbre de tous les évolutionnistes. Pour le meilleur et pour le pire.
Darwin tel qu’en lui-même
Pour ce qui est du meilleur, une nouvelle édition de l'autobiographie de Charles Darwin nous est proposée. Elle constitue la première traduction française intégrale du travail réalisé d'abord par l'un des fils du savant anglais, Francis Darwin, puis par l'une de ses petites filles, Nora Brown, complétée par quelques notes des traducteurs. Darwin écrivit son autobiographie au cours des six dernières années de sa vie, principalement à l'intention de sa famille. L'intérêt premier de cette édition, au-delà de la valeur intrinsèque du texte, réside dans sa présentation soignée et didactique, qui laisse apparaître les altérations posthumes exigées par la très pieuse Emma Darwin (qui éprouvait bien du souci devant l'agnosticisme revendiqué de son époux), et distingue les ajouts apportés par l'auteur lui-même à une première version. Dommage cependant, que l'éditeur ait renoncé aux illustrations qui complétaient utilement le même texte dans une édition précédente (et moins complète) parue en 1985 sous le titre Darwin. La vie d'un naturaliste à l'époque victorienne.
La première partie de l'ouvrage, truffée d'anecdotes, nous relate l'enfance et l'adolescence de Darwin, jeune naturaliste anglais typique de son époque, c'est-à-dire à la fois collectionneur et observateur, mais aussi passionné par l'art cynégétique sous toutes ses formes. Celui que ses camarades d'école surnomment "gaz" pour son goût de la chimie expérimentale, se révèle en fait être un élève plutôt médiocre. Les passages successifs à l'université d'Édimbourg, puis à celle de Cambridge ne feront que confirmer son incapacité à se fondre dans le système académique britannique de l'époque. L'opportunité de voyager en tant que naturaliste à bord du Beagle représente alors une échappatoire inespérée pour le jeune Charles, et il s'en fût de peu qu'il rate ce qui allait se révéler être l'évènement principal de sa vie. Sur le voyage même, Darwin est peu disert dans son autobiographie car l'essentiel a été raconté ailleurs (Voyage d'un naturaliste autour du monde, fait à bord du navire le Beagle de 1831 à 1836). Mais le court chapitre qu'il y consacre suffit à bien mesurer l'importance de ce périple, et son rôle charnière dans la transition entre un certain dilettantisme naturaliste et l'atteinte des hautes sphères de la science britannique. La suite de l'autobiographie couvre du retour en Angleterre jusqu'aux dernières années de la vie du savant, retiré dans sa demeure de Down, dans le Kent. Il y dans ce texte comme une volonté de la part de Darwin à la fois d'apaiser certaines querelles, mais aussi de proclamer haut et fort son originalité en tant que penseur et de réaffirmer ses convictions profondes, notamment vis-à-vis de la religion. On perçoit au fil des pages un personnage complexe, finalement assez soucieux de son image et de sa postérité. Sur ce dernier point, l'ampleur prise par le différend qui l'opposa à l'écrivain et artiste Samuel Butler (cette affaire occupe 50 pages dans un ouvrage en comptant près de 240) montre bien le souci que pouvait causer à Darwin toute remise en cause de sa probité, même si en l'espèce, les documents qui nous sont livrés ne permettent pas de dédouaner totalement Darwin de toute indélicatesse. Mais c'est bien là la valeur de cet ouvrage, nous livrer Darwin tel qu'en lui-même, avec ses grandes qualités et ses quelques défauts.
2 commentaires
fabien tell
Effectivement, il est toujours aussi surprenant que Patrick tort soit encore pris au sérieux à l'instar d'un BHL en philosophie ou d'un Bogdanov en physique quantique.
Son "œuvre" sur Darwin a été assurément un bon filon pour sa carrière mais démontre que depuis fort longtemps on peut vendre des vessies.
La lecture des ouvrages de Pichot sont beaucoup plus instructifs ou simplement la lecture des textes originaux de Darwin lui-même accessible sur le web.
C'est toujours mieux de se faire une idée en direct plutôt que se fier au "spécialiste "de Darwin qu'est supposé être Tort.
Neo
Bonne lecture !