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Darwin menacé d'extinction
[mardi 22 juillet 2008 - 11:00]
Sciences
Couverture ouvrage
Les créationnismes. Une menace pour la société française ?
Éditeur : Syllepse
130 pages
Résumé : Deux spécialistes mesurent les dangers du créationnisme en France. Leur constat : la vigilance s'impose.

Une "menace", vraiment ? En France ? C’est sans doute ce qui vient d’abord à l’esprit lorsqu’on voit la couverture de ce livre. Que le créationnisme constitue une menace – et une sérieuse, aux États-Unis, cela ne fait aucun doute. C’est même davantage qu’une menace. L’influence des fondamentalistes chrétiens est indéniable, comme l’attestent les idées de croisade et de rédemption exprimées par un born again christian comme le président Georges W. Bush.

Mais dans ce livre, il est question des créationnismes, au pluriel. Au départ, le créationnisme se définit en opposition au darwinisme, tel qu’il est défini dans l’ouvrage le plus connu de Darwin, De l’Origine des espèces (1859). Ce livre a donné naissance à ce qui est souvent appelé la théorie de l’évolution, même si le terme n’est pratiquement pas utilisé par le biologiste anglais. Son idée maîtresse repose sur la notion de sélection naturelle. En des termes contemporains, et tirant profit des progrès de la génétique, il est aujourd’hui couramment admis que certaines mutations génétiques favorisent, dans un environnement donné, la reproduction des individus porteurs de cette mutation. C’est ainsi que s’explique l’évolution des espèces. Deux mécanismes sont nécessaires, les processus de variation et de sélection. Bien entendu, ceci est en totale contradiction avec le récit biblique ou d’autres légendes, d’autres peuples et d’autres lieux ou en d’autres époques. Les premiers créationnistes furent donc, dès la seconde moitié du XIXème siècle, les défenseurs chrétiens d’une lecture littérale de la bible, s’opposant donc à la théorie darwinienne. La présentation de controverses liées au créationnisme aux États-Unis donne l’occasion aux deux auteurs, respectivement biologiste et physicien de formation, de présenter d’autres types de créationnismes. Le dernier en date est l’Intelligent design, apparu au début des années 1990, selon lequel "quelque chose" d’intelligent, une puissance supérieure, un dieu par exemple, expliquerait la création du Monde. Cette forme de créationnisme ne s’oppose pas officiellement à la théorie de l’évolution, elle l’englobe, pourrait-on dire, en "expliquant" que le mécanisme de la sélection décrit par cette théorie serait celui d’un "Grand horloger".

Tout ceci fait l’objet de la première des quatre parties du livre : "Un combat politique contre une théorie scientifique". On y trouve une présentation très claire des grandes croisades menées aux États-Unis mais aussi un tableau très concis de la situation actuelle dans des pays aussi variés que l’Allemagne, l’Italie, la Grande-Bretagne, les Pays-Bas ou encore la Serbie et la Suède. À ce stade, on comprend que ce qui caractérise les créationnismes, c’est l’introduction d’une transcendance dans les sciences, par exemple pour expliquer la diversité des espèces.

Ce n’est que dans la deuxième partie que le lecteur est convié à s’intéresser au cas français. Les auteurs présentent la myriade d’associations qui se consacrent à la promotion des créationnismes, dans différentes versions. La plus puissante d’entre elle semble être l’Université interdisciplinaire de Paris, qui n’a d’université que le nom (pp. 45-56) . Cette association, largement financée par la "fondation Templeton pour le progrès de la Religion", vise officiellement à associer science et religion mais s’emploie aussi à promouvoir les formes évoluées de créationnisme, comme l’Intelligent design (pp. 48-49). Les positions des principales sectes ou religions sont aussi présentées, qu’il s’agisse de l’Église catholique, de la scientologie, de l’islam ou des témoins de Jéhovah.

À ce stade, s’il peut éventuellement être question de "menaces", c’est à travers l’utilisation des médias par certains représentants de ces associations, sectes et églises. Les deux auteurs mentionnent par exemple la programmation par ARTE d’un film documentaire présentant sans aucune distance critique les travaux de la paléontologue Anne Dambricourt-Malassé, connue pour son créationnisme (elle va d’ailleurs jusqu’à rendre Darwin responsable du nazisme). Ceci dit, la menace semble contenue car, comme les auteurs le rapportent (et c’est tout à leur honneur), d’importantes protestations ont trouvé leur place dans un article paru dans Le Monde (du 29 octobre 2005). Les principaux vecteurs des idées créationnistes sont sinon des médias d’extrême-droite comme Radio courtoisie ou des opuscules catholiques… qui ne méritent sans doute pas d’être considérés comme une "menace pour la société française"

Devenus tous les deux spécialistes en "communication scientifique" après leur formation scientifique, Cyrille Baudouin et Olivier Brosseau consacrent justement la troisième partie de leur livre aux méthodes utilisées par les créationnistes pour parvenir à diffuser leurs élucubrations (pp. 81-101). Les citations tronquées, l’utilisation de l’aura scientifique des contradicteurs comme source de légitimation, tout ceci est expliqué et brillamment analysé, mais en fin de compte, il apparaît que c’est surtout dans l’enseignement que la situation pourrait devenir inquiétante. Comme l’expliquent les auteurs, "en janvier 2007, des centaines de proviseurs, de bibliothécaires et d’universitaires français ont reçu L’atlas de la Création, ouvrage de 800 pages richement illustré" ouvertement créationniste. Cette diffusion a touché de nombreux pays européens, mais en France, la réaction ministérielle fut juste et rapide, condamnant fermement cet envoi et avertissant les centres de documentation pour que cet atlas ne soit pas mis à la portée des élèves.

Ce sont des entretiens qui constituent la dernière partie du livre, non moins intéressante que les autres. On y lit notamment (pp. 117-128) un échange avec Guy Lengagne, auteur d’un rapport intitulé Les dangers du créationnisme dans l’éducation, publié fin juin 2007, par la Commission de la culture, de la science et de l’éducation du Conseil de l’Europe. Lorsqu’on réalise quelles ont été les pressions exercées contre la parution de ce rapport, le terme de menace (ici "dangers") n’est alors pas de trop, et pas seulement pour la société française !

Les créationnistes gagnent du terrain et, surtout, la République n’est pas toujours vigilante. Récemment, à Vienne, c’est Marc Perrin de Brichambaut, ambassadeur de France présenté comme "secrétaire général de l’OSCE"  qui a ouvert une conférence intitulée "L’univers : qu’en dit la science? Qu’en dit la théologie ?". Cette conférence ouverte à tout public avait lieu au séminaire où sont formés les prêtres, avec comme orateurs, deux salariés du CNES, dont l’un des fervents promoteurs de l’Intelligent design en France, Jacques Arnould (dont les propos sont démontés par Baudouin et Brosseau pp. 65-67).

Enfin, précisons que ce petit livre a le mérite de la clarté, que la bibliographie et l’index sont assez complets et que prix est plus que raisonnable (7 € pour ces 130 pages). À la question posée dans le titre, la réponse semble être, oui, le créationnisme est déjà une menace dans l’enseignement et il convient de demeurer vigilant, notamment grâce à cet ouvrage.

À lire également sur nonfiction.fr :

- Charles Darwin, L'Autobiographie (Seuil), par Thierry Hoquet.

Cette édition de l'autobiographie intégrale du naturaliste constitue un document scientifique de premier plan.

- Patrick Tort, L'Effet Darwin (Seuil), par Thierry Hoquet.

Dans ses réflexions sur la morale évolutionniste, Tort semble être tombé dans le piège de sa jolie image : l'anneau de Moebius.

- Charles Darwin, L'Autobiographie (Seuil) et Patrick Tort, L'Effet Darwin (Seuil), par Frank Cézilly.

Charles Darwin par lui-même vaut mieux que les élucubrations de son thuriféraire.

- André Pichot, Aux origines des théories raciales. De la Bible à Darwin (Flammarion), par Thierry Hoquet.

Une somme fournie, pleine de curiosités historiques, mais la posture iconoclaste de Pichot lasse et tombe à plat.

- Horst Bredekamp, Les Coraux de Darwin (Presses du réel), par Éléonore Challine.

L'histoire d'un grand malentendu scientifique. Une enquête originale entre philosophie, histoire de l'art et science.

- Horst Bredekamp, Les Coraux de Darwin (Presses du réel), par Thierry Hoquet.

L’histoire de l’art a-t-elle quelque chose à apprendre à l’histoire des sciences ? Stimulant, l’ouvrage est moins convaincant dans sa partie personnelle. 

Jérôme SEGAL
Titre du livre : Les créationnismes. Une menace pour la société française ?
Auteur : Cyrille Baudouin, Olivier Brosseau
Éditeur : Syllepse
Date de publication : 18/12/08
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34 commentaires

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Yves

21/08/10 00:58
Ouvrage indigent et simpliste (même si la menace est bien réelle) heureusement indisponible.
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Marike

11/03/09 21:00
Derrière tous les mots que vous employez successivement il n'y a jamais que deux idées que vous confondez en une seule : le créationnisme et le dessein intelligent
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Bernard D.

11/03/09 18:06
N'est ce pas vous qui avez la première parlé de "créationnisme non-classique" et demandé qu'une définition en soit donnée ?

Pour ma part je n'avais parlé que de "créationnisme classique".

Vous être bien d'accord que l'on parle de "néo-créationnisme" ? Et aussi que c'est pour le distinguer du "créationnisme (classique)" ? (ou "old fashion" si vous préférez).

Je pense que vous voulez réduire la notion de créationnisme à son "ancienne version" (donc logiquement vous devez aussi refuser que l'on use du terme "néo-créationnisme") selon laquelle les espèces vivantes auraient été créées "d'un seul coup".

Pour moi créationnisme (qu'il soit classique ou néo|moderne) signifie que l'on affirme ou postule l'intervention d'une "entité supérieure" - usuellement évoquée sous le nom de "Dieu" - ce qui est bien ce me semble le cas de l'ID.

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Marike

11/03/09 15:20
A Bernard D. - Cette dernière définition "non classique" du créationnisme ne se rangerait-elle pas dans la catégorie de la désinformation ?

Une petite histoire des mots : Confondre deux sens distincts (créationnisme et dessein intelligent) en un seul mot (dessein intelligent) est un appauvrissement de la langue, source de confusions.
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Bernard D.

11/03/09 13:58
C'est simple :

- les créationnistes "classiques" sont ceux que vous appelez vous-même simplement "créationnistes", et dont la position est tellement "ridicule" que vous n'y adhérez pas.

- les créationnistes "non-classiques" représentent une "évolution" (!) par rapport à cette position : il ne nient pas que les espèces vivantes se transforment, mais affirment que derrière c'est toujours "la main de Dieu" qui est à l'oeuvre (sa "Création" ne serait donc pas "donnée une fois pour toutes" comme le disent "les Ecrits", mais une sorte de processus continu).
Les tenants de l'ID en sont les représentants les plus notoires, on peut également y rattacher les thèses défendues par le - "fameux" ;-) - Jean Staune et son UIP.
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