Rédacteur

Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

C N L

CNL
De l'arbre au corail
[lundi 22 septembre 2008 - 11:00]
Histoire des sciences
Couverture ouvrage
Les coraux de Darwin. Premiers modèles évolutionnistes et tradition de l'histoire naturelle
Horst Bredekamp
Éditeur : Les presses du réel
155 pages
Résumé : L’histoire de l’art a-t-elle quelque chose à apprendre à l’histoire des sciences ? Stimulant, l’ouvrage est moins convaincant dans sa partie personnelle.
Page  1  2  3  4 

On répète souvent que, depuis Darwin, s’est imposée dans les sciences de la nature l’image de "l’arbre de vie" (Tree of life), ou arbre généalogique des vivants. On donne alors comme exemple le fameux "diagramme" qui est la seule illustration de l’ouvrage majeur de Darwin, son Origine des espèces parue en 1859. Cette image a été souvent commentée, au point de devenir un moment incontournable de tout ouvrage qui comporte "Darwin" ou "darwinisme" dans son titre. Parmi les derniers grands commentaires sur cette ample question, les textes de Stephen Jay Gould peuvent être approchés comme une réflexion constamment reprise sur les manières de représenter l’évolution. Face à ces débats récurrents, le livre de Horst Bredekamp entreprend de croiser deux lignes : inscrire le diagramme généalogique de Darwin dans l’histoire générale des représentations de la nature, mais aussi dans l’histoire de la formation de la pensée de Darwin. L’un et l’autre points ont déjà été amplement documentés, mais l’ouvrage de H. Bredekamp a l’avantage de rassembler, de manière plaisante, simple et richement illustrée, un ensemble de recherches bien connues des spécialistes de la biologie et de son histoire.

 

 

Histoire des arbres


Tout d’abord, Darwin n’a pas inventé cette image de l’arbre. L’historien de la biologie Giulio Barsanti a même en 1992, dans un livre qui a fait date, consacré une ample étude aux différentes images de la nature : l’échelle, la carte, l’arbre, comme modèles concurrents, porteurs de significations biologiques et métaphysiques différentes . Barsanti montrait comment le passage d’une représentation de la nature comme échelle à l’adoption du modèle de l’arbre s’opère au milieu du XVIIIe siècle, notamment par le biais de la médiation de la carte — un autre dispositif de représentation, souvent négligé par les historiens. Ces images de l’ordre de la nature ne sont pas seulement des métaphores, à la fonction purement didactique : elles ont joué une fonction heuristique pour les classifications. Symétriquement, les classifications n’ont certes pas produit les représentations de l’ordre de la nature par échelles, cartes et autres arbres, mais leur affinement successif a permis de repousser certaines images, sans toutefois permettre de définir les contours d’une image alternative. Pour Barsanti, il y avait cependant une priorité des classifications sur les images, qui imposait de prêter une attention directe aux méthodes et aux systèmes des naturalistes.


L’approche de Bredekamp est différente. D’une part, elle entraîne le lecteur dans une profusion de représentations et Bredekamp n’hésite pas à convoquer des figures importantes de contemporains de Darwin .

Titre du livre : Les coraux de Darwin. Premiers modèles évolutionnistes et tradition de l'histoire naturelle
Auteur : Horst Bredekamp
Éditeur : Les presses du réel
Page  1  2  3  4 
Commenter Envoyer à un ami imprimer Charte déontologique / Disclaimer digg delicious Creative Commons Licence Logo

Aucun commentaire

Déposez un commentaire

Pour déposer un commentaire : Cliquez ici