On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.
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Darwin sympathique
Ce nouveau texte de Patrick Tort propose une lecture du livre de Darwin intitulé The Descent of man and selection in relation to sex, un livre connu sous le titre de Descendance de l’homme et dont Tort a dirigé une nouvelle traduction collective, sous le titre de La Filiation de l’homme et la sélection liée au sexe. Dans ce nouvel ouvrage généreux, matérialiste et profondément humaniste, Patrick Tort nous explique que Darwin n’était pas raciste, même s’il croyait aux races ; qu’il n’était pas eugéniste même s’il parle dans ses ouvrages de supériorité et d’infériorité parmi les civilisations ; qu’il n’était pas sexiste enfin, même s’il parle beaucoup de la différence des sexes.
Plusieurs clefs permettent ce retournement : en particulier, le fait que Darwin n’est jamais "essentialiste", qu’il décrit toujours des formations contingentes et imparfaites, et que jamais rien ne vaut chez lui de manière "essentielle", c'est-à-dire intemporelle et inévitable. Mais l’argument favori de Tort tient dans ce qu’il appelle depuis 1980 "l’effet réversif de l’évolution".
L’effet, encore
Cet "effet" est une manière d’expliquer la transition entre nature et civilisation à la fois comme continuité et comme rupture, comme immanence et comme transcendance. La thèse principale de Tort est que la sélection naturelle a produit la civilisation, l’altruisme et la sympathie envers le prochain, et que ces différents instincts sociaux se sont ensuite retournés contre la sélection naturelle elle-même : en éliminant l’élimination. Autrement dit, Darwin n’est pas un défenseur de l’extermination des pauvres et des handicapés : il n’a jamais souscrit aux discours tapageurs du "darwinisme social" et il ne doit pas être considéré comme le père ou l’inspirateur des entreprises eugénistes criminelles menées sous son manteau. De ce point de vue, Tort rappelle avec une belle et convaincante vigueur la manière dont le texte de Darwin a été systématiquement tronqué, et comment les citations extraites de son ouvrage ont permis de justifier tout et n’importe quoi, parce qu’elles étaient coupées de leur contexte et interprétées à contresens. Contre cela, Tort entend s’attacher non aux mots, mais à la logique du système et, par là, "sauver" Darwin des coupables mésinterprétations dont sa pensée a été victime. Le darwinisme authentique (celui de Darwin) n’est pas le triomphe du plus fort.
4 commentaires
Thierry Hoquet
Marc G cercle Gramsci
"Personne ne se revendique de la sociobiologie" parce qu'elle a gagné certaines batailles idéologiques aujourd'hui, sous d'autres noms. (Par exemple : lisez juste à côté l'article de Valéry Rasplus présentant un livre sur la mémétique [sic.])
Non seulement Patrick Tort n'écrit pas des pensums, mais il a de l'humour, ce qui ne l'empêche pas de faire attention au sens des mots qu'il emploie : la sociobiologie (et la psychologie évolutionniste aussi, qui ne sont pas exactement identiques) ont fait l'objet de livres ou d'articles de Tort.
Thierry Hoquet est très simpliste.
La Mona Lisa
Bruno