Rédacteur

Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

C N L

CNL
La morale de l'évolution : authentiquement darwinienne, enfin ?
[vendredi 31 octobre 2008 - 16:00]
Sciences
Couverture ouvrage
L'Effet Darwin
Éditeur : Seuil
231 pages / 17,10 € sur
Résumé : Dans ses réflexions sur la morale évolutionniste, Tort semble être tombé dans le piège de sa jolie image : l'anneau de Moebius.
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Darwin sympathique

Ce nouveau texte de Patrick Tort propose une lecture du livre de Darwin intitulé The Descent of man and selection in relation to sex, un livre connu sous le titre de Descendance de l’homme et dont Tort a dirigé une nouvelle traduction collective, sous le titre de La Filiation de l’homme et la sélection liée au sexe. Dans ce nouvel ouvrage généreux, matérialiste et profondément humaniste, Patrick Tort nous explique que Darwin n’était pas raciste, même s’il croyait aux races ; qu’il n’était pas eugéniste même s’il parle dans ses ouvrages de supériorité et d’infériorité parmi les civilisations ; qu’il n’était pas sexiste enfin, même s’il parle beaucoup de la différence des sexes.

Plusieurs clefs permettent ce retournement : en particulier, le fait que Darwin n’est jamais "essentialiste", qu’il décrit toujours des formations contingentes et imparfaites, et que jamais rien ne vaut chez lui de manière "essentielle", c'est-à-dire intemporelle  et inévitable. Mais l’argument favori de Tort tient dans ce qu’il appelle depuis 1980 "l’effet réversif de l’évolution".


L’effet, encore

Cet "effet" est une manière d’expliquer la transition entre nature et civilisation à la fois comme continuité et comme rupture, comme immanence et comme transcendance. La thèse principale de Tort est que la sélection naturelle a produit la civilisation, l’altruisme et la sympathie envers le prochain, et que ces différents instincts sociaux se sont ensuite retournés contre la sélection naturelle elle-même : en éliminant l’élimination. Autrement dit, Darwin n’est pas un défenseur de l’extermination des pauvres et des handicapés : il n’a jamais souscrit aux discours tapageurs du "darwinisme social" et il ne doit pas être considéré comme le père ou l’inspirateur des entreprises eugénistes criminelles menées sous son manteau. De ce point de vue, Tort rappelle avec une belle et convaincante vigueur la manière dont le texte de Darwin a été systématiquement tronqué, et comment les citations extraites de son ouvrage ont permis de justifier tout et n’importe quoi, parce qu’elles étaient coupées de leur contexte et interprétées à contresens. Contre cela, Tort entend s’attacher non aux mots, mais à la logique du système et, par là, "sauver" Darwin des coupables mésinterprétations dont sa pensée a été victime. Le darwinisme authentique (celui de Darwin) n’est pas le triomphe du plus fort.
 

Titre du livre : L'Effet Darwin
Auteur :
Éditeur : Seuil
Titre original : Patrick Tort
Collection : Science ouverte
Date de publication : 04/09/08
N° ISBN : 2020974967
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4 commentaires

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Thierry Hoquet

14/10/09 10:53
Sous l'étiquette générale de "sociobiologie", j'entendais toute tentative de mettre en rapport les gènes (ou la Nature ou le biologique) et les comportements. Mettez sous cela ce que vous voulez — la mémétique, la psychologie évolutionniste, ou l'écologie comportementale (Behavioral ecology). J'indiquais dans le dernier paragraphe de ma recension qu'il est dommage que P. Tort ne discute pas de ces traditions alors qu'elles croisent son objet de différentes manières et qu'elles constituent un champ de recherche tout à fait actif aujourd'hui. La position de P. Tort sortirait renforcée d'une confrontation avec les travaux effectifs sur la question, plutôt qu'avec l'agitation d'un dragon de papier.
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Marc G cercle Gramsci

13/10/09 21:58
Bruno,
"Personne ne se revendique de la sociobiologie" parce qu'elle a gagné certaines batailles idéologiques aujourd'hui, sous d'autres noms. (Par exemple : lisez juste à côté l'article de Valéry Rasplus présentant un livre sur la mémétique [sic.])
Non seulement Patrick Tort n'écrit pas des pensums, mais il a de l'humour, ce qui ne l'empêche pas de faire attention au sens des mots qu'il emploie : la sociobiologie (et la psychologie évolutionniste aussi, qui ne sont pas exactement identiques) ont fait l'objet de livres ou d'articles de Tort.
Thierry Hoquet est très simpliste.
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La Mona Lisa

16/02/09 21:34
Le caoutchouc, c'est pas super doux.
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Bruno

02/11/08 14:51
Merci pour ce commentaire dont l'utilité a minima est de me dissuader de la lecture d'un pensum. Une question tout de même : pourquoi disserter sur la sociobiologie si Tort élude le sujet ? D'autant que personne (je répète personne) à ma connaissance ne se revendique aujourd'hui de la sociobiologie. Tigre de papier ? Si l'on veut s'en prendre à la psychologie évolutionniste, osons l'appeler par son nom et en découdre avec ses idées propres.

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