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La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

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Entretien avec Pierre Nora (3) : Le débat autour du "Débat"
[jeudi 06 octobre 2011 - 10:00]
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Nonfiction.fr- Avez-vous lu l’article de Serge Audier sur Le Débat paru dans Le Monde à l’été 2010   ?

Pierre Nora- Non seulement je l’ai lu mais j’ai aussi écrit au Monde pour la première fois. J’ai écrit à Eric Fottorino  et à tous ceux que je connaissais au Monde : Louis Schweitzer, Jean Birnbaum, etc. parce que Le Monde avait fait une série sur les revues à travers des articles informatifs – et souvent bienveillants .

Nonfiction.fr- Rappelons les quatre attaques d’Audier : il vous accusait d’être une revue nationale-républicaine, réactionnaire…

Pierre Nora- Ça le regarde, il ne disait que des conneries, tant pis.

Nonfiction.fr-  Il y avait aussi l’idée d’une revue ringarde puisque les jeunes chercheurs publieraient ailleurs.

Pierre Nora- Mensonges, calomnies.

Nonfiction.fr- Et enfin, il s’attaquait à la gouvernance de la revue.

Pierre Nora- Et les autres ? Quels âges ont Jean-Claude Casanova et Claude Lanzmann ? Bon, alors qu’on ne vienne pas nous emmerder ! C’était simplement un article volontairement malveillant. Fottorino m’a tout de suite téléphoné et notre lettre était plus une lettre d’étonnement que de récriminations. Pourquoi n’y avait-il pas eu une surveillance sur cet article qui détonnait complètement par son genre et son style dans le dossier…Pourquoi étions-nous les seuls à recevoir injures et calomnies ?

Nonfiction.fr- Libération n’a pas non plus été très tendre à l’occasion de la parution du numéro anniversaire…

Pierre Nora- En même temps c’était très piquant, plus nuancé et au final assez "rigolo". On a eu, pour des raisons que l’on peut d’ailleurs expliquer, une incroyable explosion médiatique à l’occasion de ce trentième anniversaire. Il y en a certains que ça a agacés. Nous avons eu cette explosion médiatique pour un certain nombre de raisons : la première, c’est que c’était pour certains journaux un moyen de se rattraper parce qu’ils ne parlent pas des revues, ils ne parlent pas du Débat, et donc on efface l’ardoise. Deuxièmement, c’est l’idée des trente ans, qui avait un côté générationnel profond et était redoublé par le fait que ce numéro spécial se donnait l’histoire de ces trente ans comme objet, et ajoutait même à cet historique et cette analyse intellectuelle des trente ans une idée qui était "journalistiquement" appétissante : celle de reprendre en un volume l’enquête des débuts du Débat auprès d’une vingtaine de jeunes - qui se trouvent être aujourd’hui tous connus, et qui à l’époque n’avaient même pas trente ans- qui revenaient sur leur propre passé. Et on demandait aussi à une nouvelle génération de prendre le relai. Il y avait donc, si vous voulez, une espèce d’enquête en abyme, ou en rouleau qui faisait que les "vieux" - qui ont soixante ans maintenant – s’interrogeaient sur eux-mêmes et des nouveaux jeunes qui se projetaient dans l’avenir. Cela tenait donc du jeu, mais du jeu cependant assez sérieux : il y avait quand même cinquante personnes qui étaient mêlées à cette affaire. Ca s’est recoupé avec notre numéro, puisqu’en quelque sorte les enquêtes 1980 et 2010 se répondaient, et que le numéro lui-même analysait ce qu’il s’était passé entre les deux. Donc il y avait évidemment quand même une tentation de réfléchir à ces trente ans, où il s’est passé beaucoup de choses ! On passe d’un monde à l’autre, d’une France à l’autre.

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