Rédacteur

Rédacteur en chef

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

C N L

CNL
Apocalypse Now
[mercredi 28 septembre 2011 - 12:00]
Essais politiques
Couverture ouvrage
Votez pour la démondialisation !
Arnaud Montebourg
Éditeur : Flammarion
87 pages / 1,90 € sur
Résumé : Le livre-programme offensif du candidat de la démondialisation. 
Page  1  2 

La rentrée littéraire fut politique. Hormis Martine Aubry, l’ensemble des prétendants à l’investiture socialiste s’est fendu d’un plaidoyer pro domo, d’un manifeste ou d’un recueil d’entretiens pour mieux asseoir son entrée en campagne. Premier candidat déclaré à la primaire après Manuel Valls, Arnaud Montebourg a entamé sa campagne dès l’automne 2010 avec un essai aussi politique que personnel, Des idées et des rêves. L’entrée en lice des autres candidats et le retour attendu de DSK l’ont encouragé à poursuivre sa stratégie de "gauchisation", en s’appuyant sur le concept provocateur de démondialisation. Nous devons à la vérité d’écrire qu’Arnaud Montebourg a réussi à imposer cette notion- et parfois même les termes dans lesquels elle est abordée- dans le débat public  . Pour mieux saisir les enjeux de cette idée force de la campagne du député de Saône-et-Loire, il est utile de se reporter à son livre programme, Votez pour la démondialisation !, paru le 25 mai dernier. Dans le registre pugnace et tribunicien qui caractérise ses discours, Arnaud Montebourg y présente en 86 pages une critique sévère du processus de la mondialisation, son choix d’un protectionnisme européen et vert et sa volonté de redonner à la politique une place centrale dans la vie quotidienne des Français.

 

La politique aux mains de la finance

Le premier chapitre, composé de récits successifs de vies ordinaires brisées par la folie destructrice du capitalisme, pose le ton. Pour Arnaud Montebourg, il est indiscutable que la mondialisation de l’économie est la cause de tous nos maux. Elle aggrave le chômage des pays du Nord et renforce l’esclavagisme des travailleurs des pays du Sud. Loin d’enrichir les classes moyennes des pays émergents, elle sert les multinationales qui recueillent les fruits de trente ans de néo-libéralisme. "Alors, il y a l’argument massu(e) de la classe moyenne chinoise qui se serait développée. 80 millions de Chinois gagnent aujourd’hui plus de 20 000 dollars par an. Sur 1,4 milliard, c’est 5% de la population, ce n’est pas beaucoup !"  . Pendant ce temps, la mondialisation provoque des délocalisations et des destructions d’emplois massives en France. Montebourg s’appuie sur les travaux de l’économiste Jacques Sapir pour évaluer "les pertes directes et indirectes liées aux délocalisations" à "environ 4% de la population active", en passant sous silence le débat récurrent sur la légitimité de ces chiffres. Peu importe, pour Montebourg, ce qui est inacceptable, c’est le pouvoir qu’a pris le CAC40, cette nouvelle "noblesse antipatriotique (…) qui s’allie avec l’étranger contre la France, comme à l’époque de Coblence ou Valmy, celle qui investit et travaille pour des économies qui nous font concurrence…"  . La comparaison historique est osée, tant elle joue avec les mêmes symboles que le nouveau discours lepéniste. Néanmoins, le propos est clair : nous ne pouvons plus accepter que la démocratie et la justice sociale soient dévoyées au profit de l’avidité des marchés et de la machine libérale toute-puissante. Dès lors, comment renverser la domination idéologique des partisans du libre-échange, qui fournissent le gros des troupes de l’élite vieillissante qui nous gouverne ? C’est Emmanuel Todd   qui a soufflé la réponse à Arnaud Montebourg.

 

Le tabou du protectionnisme levé

En effet, une enquête de Todd qui aboutit à l’essai Après la démocratie (Gallimard) révélait en 2008 que 53% des Français étaient favorables au protectionnisme, en particulier les jeunes (67% contre 18% chez les 18-24 ans) et les ouvriers (63% contre 19%)  . Pourquoi alors ne pas prendre des mesures draconiennes pour instaurer un protectionnisme auquel l’opinion était déjà préparée avant le déclenchement de la crise ? Peut-être parce qu’une majorité d’opinions ne fait pas une majorité politique, pourrait-on répondre. Et parce qu’il faudrait commencer par définir ce que serait le protectionnisme européen, vert et social voulu par Arnaud Montebourg.

Dans ce débat, les mots comptent en effet autant que les idées qu’elles désignent. On ne saurait reprocher au président du conseil général de Saône-et-Loire de fonder son programme sur le protectionnisme et la démondialisation, deux mots qu’une grande partie de la classe politique ne s’émouvrait pas d’employer à l’abri des micros. Cependant, ils renvoient aussi à un champ sémantique du repli sur soi et de la peur inhabituel à gauche. D’autant plus que le candidat le plus à gauche sur l’échiquier de la primaire ne peut se permettre en ces temps de crise d’associer à son programme de démondialisation des promesses de lendemains qui chantent. En effet, pour Montebourg, la mondialisation n’est pas un fait économique et culturel installé par trente ans d’échanges commerciaux à l’échelle de la planète, mais un processus accepté et même voulu par le pouvoir politique. La démondialisation doit donc mettre un coup d’arrêt définitif à "ce système extrémiste et inhumain" et à l’idéologie qui le soutient. Mais on ne saura pas quel monde cette déconstruction ferait émerger.

Titre du livre : Votez pour la démondialisation !
Auteur : Arnaud Montebourg
Éditeur : Flammarion
Date de publication : 15/05/11
N° ISBN : 2081268833
Page  1  2 
Commenter Envoyer à un ami imprimer Charte déontologique / Disclaimer digg delicious Creative Commons Licence Logo

1 commentaire

Avatar

armand

29/09/11 15:10
A la lecture du livre j'ai eu le sentiment que ce qui était en jeu politiquement était en réalité la reconnaissance d'un nouveau clivage : à gauche, la démondialisation, à droite, la régulation.

Or il me semble qu'on a trop tendance à confondre le camp de la régulation avec le champ de la raison et de condamner un peu vite le camp de la démondialisation à l'irresponsabilité politique.

Pire, tout incite à penser que ce réflexe, chez les intellectuels de gauche, n'est pas tant dicté par l'analyse que par une sorte de souci électoraliste.

Bref, telle est peut-être la plus grande victoire de la droite : la gauche, aujourd'hui, a peur d'elle-même.

Déposez un commentaire

Pour déposer un commentaire : Cliquez ici