On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Avec la crise de 2008, les éditeurs ont pris le parti de mettre sur le devant de la scène divers ouvrages analysant le système capitaliste en profondeur. Aux analyses nouvelles, telles celles d’Artus , du Cercle des Economistes , de Durand , de Jorion , de Joshua , de Lordon , de Révol ou de Stiglitz , se mêlent les analyses des auteurs classiques. Fernand Braudel ainsi que de nombreux ouvrages ou commentaires de Karl Marx ont été édités ou réédités depuis 2008. C’est désormais au tour de Joseph Aloïs Schumpeter de retrouver les étals des magasins.
Economiste autrichien d’origine morave, Schumpeter (1883-1950) a connu les nombreux bouleversements économiques du début du XXe siècle, à la fois comme acteur et comme commentateur . Son contact constant avec le monde des affaires lui permit d’en connaître tous les hauts et les bas : expansion économique avant la Première Guerre mondiale, difficultés de la reconstruction germanique et inflation forte de 1921 à 1923, croissance des années 1924 à 1929, crise économique de 1929 qui laisse des traces jusqu’au déclenchement de la Seconde Guerre mondiale. Dans le même temps, son contact avec le monde universitaire lui permit de développer une pensée originale et nourrie des auteurs classiques, comme en témoigne son énorme Histoire de l’analyse économique. Son œuvre conclusive, Capitalisme, socialisme et démocratie, était un témoignage de cette pensée. Payot a pris le parti de n’en publier qu’un chapitre, le deuxième : Le Capitalisme peut-il survivre ?
Une réédition signe des temps
On comprendra aisément le choix de Payot. Tandis que Capitalisme, socialisme et démocratie souffre d’un titre désormais peu accrocheur, Le Capitalisme peut-il survivre ? interroge directement le lecteur. Et dès le prologue, c’est bien à une profonde investigation scientifique qu’appelle Schumpeter : "Le capitalisme peut-il survivre? Non, je ne crois pas qu'il le puisse. Mais cette opinion personnelle, comme celle de tout autre économiste ayant exprimé un avis sur la question, est en soi complètement dépourvue d'intérêt. Dans toute tentative de pronostic social, ce qui compte n'est pas le Oui ou le Non résumant les faits et arguments ayant conduit à cette conclusion, mais bien ces faits et arguments eux-mêmes, lesquels contiennent tous les éléments scientifiques intégrés dans le résultat final. Tout le reste ne ressortit plus à la science, mais à la prophétie" .
De plus, Payot a retranché de l’ouvrage ce qui lui donnait une perspective dans la pensée de Schumpeter au courant de la Seconde Guerre mondiale : en questionnant le capitalisme, Schumpeter revenait sur la théorie marxiste de la fin du capitalisme et sur les accomplissements économiques et politiques de l’URSS . La doctrine marxiste ayant perdu nombre de défenseurs audibles, et l’URSS ayant chu depuis, on comprend ainsi le choix de Payot, même si Schumpeter annonçait dans la Préface à la Première édition de 1942 que son ouvrage présente "essentiellement […] une série d'études analytiques presque autonomes, bien que non indépendantes". Diverses traces de ces interdépendances apparaissent en cours de lecture et renverront le lecteur curieux vers l’ouvrage complet .
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