On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

L’idée du livre est a priori excellente : elle consiste à demander à une brochette d’économistes (du Cercle des économistes) d’éclairer les deux visions antagonistes que l’on peut avoir de la crise actuelle. À savoir celle d’une crise majeure dont on ne sortira pas sans modifications structurelles très importantes, et celle d’une crise cyclique classique (même si celle-ci est d’une ampleur exceptionnelle) dont on devrait au contraire émerger rapidement (à l’automne ou au début de l’année prochaine au plus tard) grâce aux mesures de soutien aux institutions financières et de relance de l’économie, décidées ces derniers mois.
Après l’introduction de Jean-Hervé Lorenzi, les différentes contributions, qui traitent de l’origine de la crise, des mesures à prendre et des résultats que l’on peut en attendre, sont regroupées autour de quatre thèmes, la croissance, le système financier, le rôle de l’État et l’avenir de la mondialisation. Toutes ne présentent pas le même intérêt, et lorsque l’on aborde ces différents thèmes, les deux visions se brouillent quelquefois, les auteurs ne donnant pas tous l’impression de partager la même conception de ce que serait une crise majeure.
Pierre Dockès analyse la crise comme la faillite du régime de croissance qui s’est mis en place au niveau mondial au cours des années 1980-1990 et qui a accordé une place centrale aux marchés financiers et à l’endettement. Pour autant, les mesures à prendre, selon lui, tout au moins dans l’immédiat, ne sont pas radicalement différentes de celles qui ont été prises ces derniers mois. Sinon qu’il conviendrait de les concevoir comme des mesures structurelles plutôt que comme des mesures temporaires et réversibles. Cela concerne notamment le rôle de l’État dans l’économie et l’encadrement national et international de la finance. À moyen terme, il s’agirait cependant de favoriser la mise en place d’un capitalisme qui soit régulé, davantage soucieux de réduction des inégalités et organisé au plan international . Patrick Artus explique, quant à lui, que l’hypothèse de la fin du modèle de croissance tiré par la hausse du taux d’endettement des ménages appelle à concentrer les efforts, au-delà du soutien immédiat à la demande, sur la stimulation de la croissance tendancielle affaiblie après la crise et donc des gains de productivité, et du développement des industries du futur. Jacques Mistral s’interroge sur la possibilité d’un nouveau New Deal aux États-Unis, selon la manière dont les choses tourneront d’ici 2012. Jean-Michel Charpin se demande si la crise est susceptible d’orienter le partage des revenus dans une direction nouvelle, plus favorable à la classe moyenne, tandis que Pierre Cahuc continue de plaider – imperturbablement – pour une réforme du marché du travail français, en expliquant que la crise rend celle-ci encore plus nécessaire.
La seconde partie est consacrée à la finance, avec trois contributions qui comportent d’importants points communs. Jean-Paul Pollin analyse les transformations que la crise imposera selon lui au système bancaire. Les activités de marchés des banques devraient se contracter sous l’influence du durcissement de la réglementation, mais aussi de la prudence dont feront montre les agents financiers vis-à-vis de certains placements ou de certaines opérations, explique-t-il. Pour autant, d’autres évolutions pourraient être sources de problèmes à l’avenir, comme la tendance à la concentration du système bancaire en cours. Catherine Lubochinsky s’interroge sur l’évolution possible des marchés financiers entre reprise, voire nouvelle extension, et très forte limitation. Enfin, Christian Stoffaës plaide pour le rétablissement de la spécialisation et du cloisonnement des métiers financiers (un retour, pour les Etats-Unis, au Glass Steagall Act, abrogé il y a dix ans), au lieu d’une multiplication de règles qui, dit-il, ne manqueront pas d’être tournées.
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