Rédacteur

Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

C N L

CNL
Le racisme sous tous les angles
[jeudi 20 mai 2010 - 21:00]
Science Politique
Couverture ouvrage
Dictionnaire des racismes, de l'exclusion et des discriminations
Esther Benbassa (dir.)
Éditeur : Larousse
728 pages
Résumé : Un dictionnaire qui passionnera des publics variés, parvenant à faire le point sur des enjeux complexes, tout en suscitant la réflexion.
Page  1  2  3 

 
A côté de cela, d’autres articles peuvent sembler mieux équilibrés, comme ceux qui concernent les "langues et oppressions linguistiques" ou "extrême-droite", pour lequel il n’était pas facile de choisir les pays concernés et les élections significatives à commenter. Les articles de fond comme celui qui traite du "relativisme culturel", établissant une distinction importante avec relativisme moral, ou des "races", sont très synthétiques et agréables à lire. Parfois, le lecteur pourra estimer que le propos tenu est un peu timoré, mais c’est sans doute la contrepartie d’une présentation non polémique. Au sujet du "Musée du quai Branly", par exemple, l’auteure signale un manque de contextualisation dans la présentation des pièces, mais n’évoque pas la célèbre critique d’Aminata Traoré, ex-ministre de la culture du Mali, considérant ce musée comme un trésor de guerre en raison du mode d’acquisition de ces œuvres d’art.
 
Vivement la seconde édition !
 
Bien entendu, cette première édition comporte quelques lacunes et il est toujours possible, dans une encyclopédie ou un dictionnaire de regretter l’absence de telle ou telle entrée. Il n’y a pas d’entrée à "Religion" ni même de renvois vers les entrées "Bible", "Nouveau testament", "Coran" ou "Talmud" (autant de thèmes traités avec beaucoup d’exactitude par Jean-Christophe Attias, qui s’est efforcé de montrer l’ambivalence des religions sur ces questions). Ce n’est pas à "Vieux" qu’on trouvera des informations sur les discriminations dont les personnes âgées sont victimes, mais à  "âgisme". Tout ceci sera aisément modifié dans les futures éditions.
 
Enfin, précisons encore que l’ouvrage contient huit pages d’illustrations, une excellente bibliographie thématique, un index des personnes et une liste des entrées (à laquelle on aurait peut-être préféré un index thématique). Au final, le lecteur pourra acquérir un ouvrage de référence de plus de 700 pages (pour un prix tout à fait raisonnable, 28 €). Même si quelques défauts peuvent être relevés ça et là, il ne reste qu’à souhaiter que cet ouvrage soit le plus largement diffusé.
 
 
* À lire également sur nonfiction.fr :
 
- Esther Benbassa, La souffrance comme identité, par Jérôme Segal.
 
- Esther Benbassa, Etre juif après Gaza, par Jérôme Segal.
 
- Collectif, Dictionnaire de la Shoah, par Jérôme Segal.

Page  1  2  3 
Commenter Envoyer à un ami imprimer Charte déontologique / Disclaimer digg delicious Creative Commons Licence Logo

4 commentaires

Avatar

mao

26/05/10 13:48
les critiques formulées sur les differents sujets restent mineures et cela me paraît souhaitable quand il s'agit d'un dictionnaire de vulgarisation de sujets en effet chargés d'interppretations donnant lieu à des prises de parti qui ne sont pas de mise ici!
merci de cette mise en appetit!
Avatar

Yamoussoukro

24/05/10 09:25
Merci pour ces précisions, et d'avoir pris le temps de me répondre.

N'étant pas un grand fan, vous l'imaginez bien, de ce que font E.Benbassa et J.-C.Attias, qui de plus me paraissent occuper une position dominante sur un certain nombre de sujets, je m'attends à ce qu'ils soient davantage "bousculés" lorsqu'ils publient leurs travaux ! Car il y aurait beaucoup à dire sur leurs partis-pris, leurs prises de positions publiques, et leurs recherches. Mais bon...

Y.
Avatar

Jérôme Segal

22/05/10 18:32
- "Béat" : je ne pense pas, mon texte fait clairement ressentir que je ne partage pas son point de vue sur les statistiques ethniques, ni sur le voile (intégral ou pas).
- Les auteurs : ils font leur pub en annonçant des profils très divers mais je trouve que ça ne correspond pas à la réalité. L. Thuram n'a écrit que 2 pages de préface, comme Hamé le rappeur ou C. Taubira. C'est bien essentiellement le produit d'une collaboration entre universitaires, mais leur style est accessible.
- L'entrée "racisme" : il y a 13 pages (567-79) : d'abord des clarifications avec "la longue histoire du mot", "vers une acception large du concept de racisme ?", "racismes modernes", "les racines du phénomènes", puis "racialisation", "racismes et ethnicité en Europe contemporaine" (Europe orientale, Europe occidentale).
J'ai trouvé ça très bien fait mais mon texte ne peut pas s'étendre indéfiniment donc je n'en ai pas parlé.
- Shoah : j'aime bien citer des ouvrages déjà recensés sur nonfiction.fr Là c'est un livre de la même collection avec un terme important.
- Prochaine édition : parce que j'espère qu'ils auront revu leur propos sur le sport (et complété l'entrée sur les JO), et qu'ils auront par exemple réécrit qqs articles comme celui sur le voile, en prenant plus de recul. Je ne voulais pas dire "j'ai hâte que l'ouvrage soit réimprimé tel quel", désolé si je me suis mal fait comprendre.
Avatar

Yamoussoukro

22/05/10 12:45
Jérôme Segal, zélateur béat de tout ce que fait Esther Benbassa, peine à adresser à ce dictionnaire autre chose que des critiques anecdotiques.

Il ne tranche pas sur son statut livresque. Or apparemment, il ne s'agit pas d'un ouvrage "complètement" universitaire, puisqu'on y trouve des notices ou des préfaces de femmes politiques, comme Christiane (et non Christine) Taubira, de sportifs (L.Thuram) ou de journalistes plutôt orientés idéologiquement (comme Jade Lindgaard).

Il ne dit rien de l'adéquation ou des décalages possibles entre auteurs spécialistes et notices, et le seul exemple qu'il donne (E.Benbassa rédigeant la notice "voile") laisse craindre le pire.

Il ne dit rien de l'inscription politique, idéologique ou militante, si elle existe, qui a animé le projet même du Dictionnaire.

Il ne dit rien de la teneur propre des notices les plus marquantes, dans lesquelles certains auteurs auraient pu développer des points de vue originaux.

Il ne dit rien de la question même du "racisme". Comment ce mot est-il traité ? A-t-il une entrée propre ? Fait-il l'objet de définitions contradictoires ? Plutôt que de regretter que le mot Shoah soit définit ici plutôt que dans le dictionnaire dédié, il aurait dû appliquer le même traitement au mot "racisme" ici.

Bref, Jérôme Segal ne dit pas grand-chose du livre, sinon, et c'est d'une ironie extraordinaire, qu'il en attend la prochaine édition !

Y.

Déposez un commentaire

Pour déposer un commentaire : Cliquez ici