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Rédacteur

Critique à nonfiction.fr

La phrase

Le président de la République a soulevé une montagne, elle retombe sur lui. En lançant l'offensive contre les Roms, le gouvernement français croyait régler à son avantage électoral un problème de simple police de frontières et de réglementation municipale. Enorme erreur. La question des Roms n'est pas de sécurité policière ou sociale, mais d'abord de sécurité mentale.

André Glucksmann, Le Monde, 31 août 2010.  

Les idées sur le Web

La fondation Jean Jaurès
Un nouvel espace de la rénovation de la pensée socialiste
Non, les Juifs ne sont pas des victimes éternelles !
[mercredi 24 mars 2010 - 15:00]
Religion, Spiritualités
Couverture ouvrage
La souffrance comme identité
Esther Benbassa
Éditeur : Hachette Littératures
305 pages / 8, 55 € sur
Résumé : Un livre incisif, qui illustre une thèse qu'il est hélas encore nécessaire de défendre.
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Les quatre mots claquent sur la couverture, La souffrance comme identité. La concision du titre  ne saurait cependant amoindrir ni la richesse ni l’originalité de la thèse principale de l’auteure : trop souvent, l’identité juive est étouffée par le thème de la souffrance. En l’espace de cinq chapitres, la spécialiste de l’histoire du judaïsme assène une démonstration qui devrait en déranger plus d’un, tant le terrain de l’identité juive est devenu miné. Tout y passe, ou presque, et on peut considérer a posteriori son  opuscule sorti à l’automne dernier, Etre juif après Gaza, comme un contrepoint au présent ouvrage. Les souffrances vécues par le peuple juif, et ressassées par certains, ont, selon Esther Benbassa, été utilisées par des argumentaires visant à justifier les exactions commises à l’encontre des Palestiniens.


La souffrance dans l’histoire juive


Condamnée, comme elle l’écrit dans sa dédicace à Pierre Vidal-Naquet, à agir en "historienne responsable", Esther Benbassa aborde son sujet de façon chronologique et commence par un exposé très complet sur la place de la souffrance dans les textes scripturaires. Le premier chapitre qui en résulte, "Souffrir, mourir, ritualiser", fait écho au livre de son compagnon, Jean-Christophe Attias, Penser le judaïsme, puisqu’il montre l’importance des mythes fondateurs dans les constructions identitaires. Les souffrances revendiquées sont souvent "(…) d’abord celles de parents, d’ancêtres, d’une lignée parfois lointaine."  . La conception de la souffrance comme châtiment du péché n’est pas à proprement parler "juive" car elle se retrouve dans la plupart des religions. L’historienne montre toutefois comment il est possible de retrouver dans le judaïsme une conception spécifique de la souffrance, notamment à travers la place accordée aux martyres. L’analyse qu’elle propose alors des différentes fêtes religieuses est originale en ce qu’elle insiste sur  la nécessité, pour certains Juifs religieux, de figer la mémoire des souffrances vécues par le peuple élu. Il faut pourtant savoir oublier : c’est le sens de l’article de Yehuda Elkana, "Eloge de l’oubli", qu’Esther Benbassa commente plus loin dans son livre  .
Le chapitre suivant, le plus étoffé de l’ouvrage, reprend l’histoire du peuple juif, considérée comme une suite de moments où fut "fabriqu[ée] de l’histoire souffrante". Esther Benbassa évoque par exemple l’histoire de Massada , ce lieu au bord de la Mer morte, sur une montagne isolée, où des rebelles juifs se réfugièrent au premier siècle de notre ère. Lorsque ces Juifs eurent compris que les Romains allaient venir à bout des fortifications, ils se décidèrent pour un suicide collectif. Aujourd’hui, les nouvelles recrues de l’armée israélienne prêtent serment... à Massada, en déclarant "Massada ne tombera pas à nouveau", et l’on perçoit mieux, à la lecture de ce livre, l’enjeu identitaire de ce lieu plein de souffrance. Même si cela peut paraître un peu rapide, l’auteure parvient dès lors à cette conclusion : "l’identité juive s’écrit avec des larmes ". D’après elle, une souffrance partagée réunirait en effet les Juifs d’Israël comme ceux de la diaspora. A travers les contes et légendes issus des mythes de l’Antiquité, ce seraient d’ailleurs surtout les Ashkénazes qui auraient nourri une "mémoire de la souffrance", à l’aide d’une "diffusion élargie grâce à la traduction en yiddish ".

Titre du livre : La souffrance comme identité
Auteur : Esther Benbassa
Éditeur : Hachette Littératures
Collection : Pluriel
Date de publication : 13/01/10
N° ISBN : 2012794696
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3 commentaires

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Jean

09/08/10 00:06
"Etre juif après Gaza" comme on questionnait "être allemand après Auschwitz". Analogie ignoble que Jérôme Segal relaie sans recul critique.
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MAO

07/04/10 17:36
Fantasmée ou non ce sentiment d'appartenance à tant de souffrance constitue pourtant quand meme une identité même en négatif!
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Sylvain Reboul

01/04/10 17:28
La culte de la souffrance est une passion triste qui ne peut que nous conduire à l'impuissance et/ou au culte de la mort de soi et de l'autre.

Spinoza, au nom de la joie active, a rompu radicalement avec ce judaïsme politico-religieux.

Puissent ceux qui se disent juifs ne pas l'oublier.

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