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Le président de la République a soulevé une montagne, elle retombe sur lui. En lançant l'offensive contre les Roms, le gouvernement français croyait régler à son avantage électoral un problème de simple police de frontières et de réglementation municipale. Enorme erreur. La question des Roms n'est pas de sécurité policière ou sociale, mais d'abord de sécurité mentale. 
André Glucksmann, Le Monde, 31 août 2010.

Les quatre mots claquent sur la couverture, La souffrance comme identité. La concision du titre ne saurait cependant amoindrir ni la richesse ni l’originalité de la thèse principale de l’auteure : trop souvent, l’identité juive est étouffée par le thème de la souffrance. En l’espace de cinq chapitres, la spécialiste de l’histoire du judaïsme assène une démonstration qui devrait en déranger plus d’un, tant le terrain de l’identité juive est devenu miné. Tout y passe, ou presque, et on peut considérer a posteriori son opuscule sorti à l’automne dernier, Etre juif après Gaza, comme un contrepoint au présent ouvrage. Les souffrances vécues par le peuple juif, et ressassées par certains, ont, selon Esther Benbassa, été utilisées par des argumentaires visant à justifier les exactions commises à l’encontre des Palestiniens.
La souffrance dans l’histoire juive
Condamnée, comme elle l’écrit dans sa dédicace à Pierre Vidal-Naquet, à agir en "historienne responsable", Esther Benbassa aborde son sujet de façon chronologique et commence par un exposé très complet sur la place de la souffrance dans les textes scripturaires. Le premier chapitre qui en résulte, "Souffrir, mourir, ritualiser", fait écho au livre de son compagnon, Jean-Christophe Attias, Penser le judaïsme, puisqu’il montre l’importance des mythes fondateurs dans les constructions identitaires. Les souffrances revendiquées sont souvent "(…) d’abord celles de parents, d’ancêtres, d’une lignée parfois lointaine." . La conception de la souffrance comme châtiment du péché n’est pas à proprement parler "juive" car elle se retrouve dans la plupart des religions. L’historienne montre toutefois comment il est possible de retrouver dans le judaïsme une conception spécifique de la souffrance, notamment à travers la place accordée aux martyres. L’analyse qu’elle propose alors des différentes fêtes religieuses est originale en ce qu’elle insiste sur la nécessité, pour certains Juifs religieux, de figer la mémoire des souffrances vécues par le peuple élu. Il faut pourtant savoir oublier : c’est le sens de l’article de Yehuda Elkana, "Eloge de l’oubli", qu’Esther Benbassa commente plus loin dans son livre .
Le chapitre suivant, le plus étoffé de l’ouvrage, reprend l’histoire du peuple juif, considérée comme une suite de moments où fut "fabriqu[ée] de l’histoire souffrante". Esther Benbassa évoque par exemple l’histoire de Massada , ce lieu au bord de la Mer morte, sur une montagne isolée, où des rebelles juifs se réfugièrent au premier siècle de notre ère. Lorsque ces Juifs eurent compris que les Romains allaient venir à bout des fortifications, ils se décidèrent pour un suicide collectif. Aujourd’hui, les nouvelles recrues de l’armée israélienne prêtent serment... à Massada, en déclarant "Massada ne tombera pas à nouveau", et l’on perçoit mieux, à la lecture de ce livre, l’enjeu identitaire de ce lieu plein de souffrance. Même si cela peut paraître un peu rapide, l’auteure parvient dès lors à cette conclusion : "l’identité juive s’écrit avec des larmes ". D’après elle, une souffrance partagée réunirait en effet les Juifs d’Israël comme ceux de la diaspora. A travers les contes et légendes issus des mythes de l’Antiquité, ce seraient d’ailleurs surtout les Ashkénazes qui auraient nourri une "mémoire de la souffrance", à l’aide d’une "diffusion élargie grâce à la traduction en yiddish ".
3 commentaires
Jean
MAO
Sylvain Reboul
Spinoza, au nom de la joie active, a rompu radicalement avec ce judaïsme politico-religieux.
Puissent ceux qui se disent juifs ne pas l'oublier.