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Il vaut mieux que ce soit le corps français traditionnel qui se sente responsable de l'accueil de tous nos compatriotes. 
Gérard Longuet, à propos de l'éventuelle nomination de Malek Boutih à la tête de la Halde, 10 mars 2010.
Les impressions sont pour le moins mitigées à la lecture de ce livre. La thèse centrale est bien sûr aussi intéressante que provocante : le XXème siècle aurait été le siècle « juif » dans la mesure où les Juifs représenteraient une modernité définie par une série d'oppositions ; ils seraient urbains, éduqués, créant sans cesse des liens entre richesse et savoir, ou encore mobiles tant sur le plan professionnel que géographique. On retrouve en somme bien des aspects de ce qui peut définir le cosmopolitisme. Aussitôt, le lecteur est en droit de se demander qui est Juif dans le sens où l'entend l'auteur, ou comment il est possible de le devenir, puisque le bandeau de l'éditeur annonce « Pourquoi nous sommes tous devenus juifs ».
Un défaut de structure
Comme nous allons le voir, la réponse de l'auteur est problématique et peut paraître insuffisante, ce qui est sans doute lié au principal défaut de ce livre, sa structure et la faiblesse de son appareil critique. Sur près de 400 pages de texte, il n'y a que trois pages d'introduction et quatre chapitres, de plus en plus longs (40, 60, 100 et 180 pages)... sans la moindre conclusion, sans bibliographie et surtout sans index. Seules quelques notes indigestes, situées avant les remerciements, permettent de tenter de retrouver les références utilisées. Ceci est d'autant plus frustrant que le livre fourmille de données et aborde, tout au long de cette histoire particulière du XXème siècle, des lieux et des époques très variés.
Le premier chapitre, « Les sandales de Mercure : Juifs et autres nomades », nous amène ainsi à étudier différentes transpositions d'une opposition structurale récurrente entre « Apolloniens » et « Mercuriens ». Le lecteur qui ne lirait pas avec toute l'attention nécessaire le début de ce chapitre pourra être surpris par l'emploi de ces substantifs désignant d'un côté les hommes et les femmes attachés à la terre et à la tribu, et, de l'autre, ceux qui descendent du messager Hermès, capables d'échanger leurs différentes formes de capital, pour reprendre une terminologie bourdieusienne. Bien qu'étant avant tout reconnu comme historien de la Russie, l'auteur dresse ainsi un tableau bigarré des rivalités que l'on retrouve en Iran, en Chine, en Thaïlande ou encore en Arménie, entre les nomades vulnérables que sont les mercuriens et les paysans ou guerriers que sont les apolloniens. Ces termes mythologiques sont repris dans tout l'ouvrage, ce qui conduit par exemple Slezkine à décrire la situation actuelle des Juifs en Russie comme celle d'une « minorité mercurienne ultra-performante au sein d'une société foncièrement apollinienne. » (p. 384)
3 commentaires
Luis
MAO
j'ai appris la distinction mercuriens et apolliniens,mais la question du "tatouage reste pour moi entière....
Le livre a l'air sans aucun doute confus,mais le sujet doit pouvoir se conclure par la remarque de Freud sur" l'identité obscure et complexe du judaisme"
JS