On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.
Dans le cadre du partenariat de nonfiction.fr avec le site cartessurtable.eu, retrouvez une fois par semaine sur nonfiction.fr un article qui revient sur un sujet au coeur de l'actualité du débat d'idées. Cette semaine, voici une contribution sur les relations franco-allemandes.
Pas une célébration franco-allemande, pas un événement européen, qui ne soit l'occasion de rappeler le texte de la déclaration Schuman du 9 mai 1950 : "l'Europe ne se fera pas d'un coup, ni dans une construction d'ensemble : elle se fera par des réalisations concrètes créant d'abord une solidarité de fait. Le rassemblement des nations européennes exige que l'opposition séculaire de la France et de l'Allemagne soit éliminée. L’action entreprise doit toucher au premier chef la France et l’Allemagne".
Voilà même désormais que, dans le cadre de l'agenda franco-allemand 2020 adopté le 4 février 2010, la ministre française de l'économie participe au conseil des ministres allemand - grande première le 31 mars 2010 et politesse rendue le 14 avril, par la présence du ministre allemand des affaires étrangères au conseil des ministres français. Un agenda franco-allemand de 80 propositions qui se veulent "concrètes" pour développer "une même vision de leur avenir à l'horizon 2020". Mais la crise grecque n'est-elle pas venue faire voler en éclat la belle façade européenne des solidarités de fait ? En mettant sous une lumière crue les désaccords franco-allemands en termes économiques et financiers, en révélant au grand jour l'égocentrisme de la politique économique de l'Allemagne – qui a pourtant été le premier pays à bénéficier de la solidarité économique d'une Union européenne qui a accepté de voir pendant près de dix ans sa croissance plombée par les conséquences d'une réunification politiquement indispensable mais aux conséquences économiques désastreuses pour les autres pays de la zone –, elle a révélé non pas la faiblesse de l'Europe politique mais le caractère fantomatique de son existence. Elle a, plus encore qu'il y a vingt-cinq ans les exigences anglaises du "I want my money back" thatchérien, dévoilé les rouages de la conception néolibérale de l'Union européenne : un cadre pour la mise en place de politiques d'orthodoxie monétaire au niveau européen, et budgétaire à celui des Etats, favorables aux grands financiers internationaux, ne nécessitant qu'un effort budgétaire réduit au minimum syndical - 1% du Revenu National Brut (RNB), âprement rediscuté tous les six ans – et devant si possible être strictement compensé, ce qui exclut naturellement toute politique ambitieuse de solidarité à l'échelle des 27 Etats membres.
Or, est-ce cette Union européenne que nous souhaitons défendre ? Est-ce l'Union du Pacte de stabilité rejetant systématiquement tout mécanisme de solidarité ? Est-ce l'Union au ton professoral sanctionnant les mauvais élèves de la classe, leur apposant – et imposant – des bonnets d'âne sans même chercher à les comprendre et à les soutenir, sans même chercher à s'interroger sur ses propres erreurs ? Est-ce l'Union des discours néolibéraux et démagogiques incapables de comprendre la crise grecque en dehors de la métaphore de la fable de la cigale et de la fourmi ("accepteriez-vous qu'on vienne vous demander de l'argent pour aider votre méchant et imprudent voisin qui s'est permis de consommer plus que ce qu'il avait ? ") ? Est-ce l'Union de la rigueur monétariste aujourd'hui encore incapable de financer des politiques sociales ambitieuses en direction de ses 500 millions de citoyens ?
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Guitonbleu
silversamouraï