La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

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Une tragédie grecque
[lundi 15 mars 2010 - 11:00]
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Dans le cadre du partenariat de nonfiction.fr avec le site cartessurtable.eu , retrouvez une fois par semaine sur nonfiction.fr un article qui revient sur un sujet au coeur de l'actualité du débat d'idées. Cette semaine, voici une contribution de Julia Cagé sur la crise grecque.

 

 

La crise grecque, ou l’art de la tragédie jusque dans le détail respecté.

Les trois unités : unité de lieu, la Grèce (comme il se doit) ; unité de temps, l’année (plutôt que la journée) ; unité d’action, la lutte acharnée d’un gouvernement contre une faillite annoncée.

Les bienséances : la Grèce s’engage à ramener son déficit de 12,7% en 2009 à 8,7% en 2010, et à se rapprocher ainsi des exigences du Pacte de stabilité et de croissance.

La vraisemblance : celle de l’union économique et monétaire européenne en premier lieu, que la Grèce a d’une certaine manière préservée en renonçant à faire appel au fond monétaire international.

Le décor étant planté, la pièce peut commencer. Trois actes, une triple tragédie : le Mensonge initial, trouvant sa source dans l’Andromaque d’Euripide ; la Forme accélérée du temps, ou La Guerre de Troie n’aura pas lieu version XXIe siècle ; Crime et châtiment pour terminer, car le couperet finit par tomber avec le rideau final.
 

Acte I Le Mensonge Initial

George. -- Hélas ! Tu m’as circonvenue par la ruse ; je suis trompé !
Constantin. -- Annonce-le à tous ; je ne le nierai pas.
George. -- Voilà donc ce qui est légitime parmi vous qui êtes conservateurs ?
Constantin. -- Et parmi ceux qui ont perdu le pouvoir et qui se vengent d’avoir été outragés.

Le mensonge de l’ancien premier ministre conservateur grec, Constantin Caramanlis, aura couté cher à son successeur, George Papandreou, et à l’ensemble de la population, aujourd’hui dans la rue. Papandreou le social démocrate, arrivé au pouvoir en Grèce avec un programme de relance des mieux ficelés, mais assommé par l’ampleur d’un déficit qu’avait masqué le gouvernement auquel il succédait.

Recevant en héritage des années de pouvoir conservateur un déficit plus de deux fois supérieur à celui annoncé par des statistiques manipulées, le gouvernement social démocrate de George Papandreou n’a d’autre choix que d’engager un plan d’austérité et de restriction budgétaire. L’étau des contraintes financières, resserré par le comportement opportuniste des agences de notation, est trop fort. La Grèce est à feu, et Papandreou n’a que peu de marges de manœuvre pour éviter que demain elle soit à sang.
Papandreou, qui doit maudire Caramanlis en se remémorant Marc Twain – "il y a trois sortes de mensonges : les mensonges, les sacrés mensonges et les statistiques".
 

Acte II La forme accélérée du temps.


Nicolas. -- La Grèce ne fera pas faillite, Angela !
Angela. -- Je te tiens un pari Nicolas.
Nicolas. -- Cet envoyé des Grecs a raison. On va bien le recevoir. On va soutenir la Grèce. Garantir sa dette publique. Et si nécessaire lui fournir une aide financière.
Angela. – On va le recevoir grossièrement. On ne la soutiendra pas. Et la Grèce fera faillite.

Un taux de chômage de 10,6% en novembre 2009. Un déficit public représentant 12,7% du PIB. Une dette publique de l’ordre de 294 milliards d’euros. La Grèce obligée d’emprunter en 2010 sur les marchés financiers 53 milliards d’euros, l’équivalent de 20% de sa richesse nationale.
Les événements s’accélèrent, l’explosion sociale menace, la catastrophe semble inéluctable… à moins que l’Europe économique ne sache se montrer solidaire et se décide à intervenir. Or la Grèce est menacée de faillite et les Européens attendent sans prendre de mesures concrètes.

Les Etats membres se réunissent pour dire leur soutien, expriment leurs exigences, et s’en tiennent à ces paroles.
France et Allemagne s’accordent, se désaccordent, réduisent leur appui au Premier ministre grec au strict minimum pour tenter d’afficher une façade commune mais déjà lézardée.
Une épée de Damoclès reste suspendue sur la tête de la Grèce. Et trop longtemps suspendue, elle finira un jour par tomber. Et ce jour là il est à craindre qu’à travers la Grèce, ce soit le projet européen lui-même qui soit touché.

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2 commentaires

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Anonyme

19/03/10 19:08
Et si cette "tragédie" était l'occasion de tenter de mettre à bas cette europe ultra libérale qui tue toute idée de solidarité entre les peuples ?
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Brain storming

16/03/10 16:29
Waouh ! Du style et du fond, ça change des analyses économiques classiques et ça fait du bien.

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