On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.
Dans le cadre du partenariat de nonfiction.fr avec le site cartessurtable.eu, retrouvez une fois par semaine sur nonfiction.fr un article qui revient sur un sujet au coeur de l'actualité du débat d'idées. Cette semaine, voici une contribution sur la compétivité des entreprises françaises.
La faible compétitivité de nos entreprises est devenue un thème central du débat public. Elle se traduit par un solde commercial négatif : en 2007, les importations de biens et services dépassaient les exportations de 39 milliards d’euros. Entre 1995 et 2005, la France a perdu 17% de ses parts de marché mondiales. Le discours dominant explique que nos entreprises souffrent d’un déficit de compétitivité parce que leurs coûts salariaux sont trop élevés. Ainsi, la restauration de nos exportations impliquerait une réduction des cotisations sociales (et donc, à terme, un démantèlement progressif de la sécurité sociale) et une compression des salaires. Cela serait le seul moyen pour nos entreprises de résister à la concurrence des pays émergents, notamment la Chine : des salaires plus bas, des cotisations réduites, permettraient de pratiquer des prix plus bas et d’exporter plus.
Mais à ce petit jeu, la France ne sortira pas gagnante. Fonder notre compétitivité sur les prix et sur les coûts, cela implique de réduire toujours plus les salaires, ce qui n’est ni souhaitable ni possible. La compétitivité doit se fonder sur deux autres aspects : la qualité et une spécialisation adéquate. La France, et l’Europe en général, ne sortiront pas leur épingle du jeu de la mondialisation en écrasant leurs prix : elles ne feront jamais le poids face à des pays qui disposent d’une armée de réserve de centaines de millions de travailleurs. Elles doivent rendre leurs produits compétitifs et attractifs par leur qualité et par la pertinence de leur spécialisation, dans des secteurs en croissance et innovants. Il faut donc accepter d’urgence l’idée selon laquelle ce qui rend un produit compétitif, ce n’est pas seulement son prix, c’est aussi ce qu’est le produit, à qui on le vend et quelles relations commerciales l’on entretient avec l’acheteur. Pour prendre un exemple caricatural, les produits de la marque Apple se vendent dans le monde entier parce qu’ils sont innovants et répondent à une demande de masse, et non parce qu’ils sont bon marché.
Comme le montre le rapport du Conseil d’analyse économique commis par Lionel Fontagné et Guillaume Gaulier en 2008 sur les Performances à l’exportation de la France et de l’Allemagne, les exportateurs allemands sont parvenus à maintenir leurs parts de marché, et les positions qu’ils ont acquises sont inexpugnables. Entre 1995 et 2005, l’Allemagne n’a perdu que 2% de ses parts de marché mondiales. Les partenariats commerciaux que les Allemands ont noués sont robustes grâce à la grande fiabilité de leurs produits et à la qualité des relations qu’ils ont créées avec les acheteurs ; sans que leurs prix soient nécessairement les plus bas, ils conservent un solde commercial largement excédentaire.
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