On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.
Il y a vingt ans, en septembre 1989, l’historien Maurice Olender publie au même moment son livre, Les Langues du paradis, et les premiers titres de sa collection « La Librairie du XXe siècle » – devenue au passage du siècle « La Librairie du XXIe siècle », au Seuil.
Les ouvrages réunis forment une véritable "Librairie" tant la diversité des titres couvre tous les champs du savoir : la collection mêle récits et essais, sciences humaines, littérature, et livres politiques, croise toutes les disciplines, parce que c'est le plaisir de comprendre le monde qui l'anime, de plein pied dans le présent. Starobinski, Bonnefoy, Vernant, Farge, Detienne, Tabucchi, Agamben, Wachtel, Perec ou Celan s'y côtoient. Maurice Olender dit vouloir avant tout ouvrir un espace de créativité ; chaque publication est un livre de "demande", fruit d'une rencontre, d'une amitié souvent, entre le directeur de la collection et ses auteurs.
Dans cet entretien, Maurice Olender revient sur l'histoire de la collection qu'il a fondée, un projet "fondamentalement démocratique dans sa détermination - à la fois poétique et politique" ; il précise l'identité de ce projet, unique dans le champ éditorial, pour aborder plus généralement le désir de connaître, l'amour de l'écriture, ou l'avenir du livre.
Sommaire :
I- L’anniversaire
Nonfiction.fr- La collection que vous dirigez est née il y a 20 ans, en 1989. Pourriez-vous revenir sur les circonstances de cette naissance : les acteurs, les envies qui ont déterminé le projet, les conditions économiques, l’esprit du temps, les besoins auxquels répondaient la collection...?
Maurice Olender : Si elle est bien née en septembre 1989, cette collection existait depuis 1985 chez Hachette Littérature où je l’avais créée à la demande de Jean-Paul Enthoven, alors PDG de cette maison. De « Textes du XXe siècle » chez Hachette, la collection est devenue en 1989 « La Librairie du XXe siècle » au Seuil - puis en janvier 2001 « La Librairie du XXIe siècle ». Dès les premières années, on y lisait Georges Perec, Jean-Pierre Vernant, J.-B. Pontalis, Nicole Loraux, Arlette Farge, Marcel Bénabou, Marc Augé, etc. Il y avait là, comme aujourd’hui, une même incitation à « penser », à « classer » autrement. Le premier volume posthume de Perec ne s’intitule-t-il pas Penser/Classer ?
Mais on peut se demander pourquoi associer dans un même lieu des écrivains, des romanciers et des poètes , des auteurs qui ont renouvelé les sciences humaines , des cinéastes, des musiciens ?
Pour quoi faire ? Au lycée, à l’université, on nous tient un double discours : à la fois disciplinaire (séparant, avec un soin illusoire, histoire, géographie, littérature, philosophie, biologie, art, sciences dites strictes et sciences humaines etc.) ; en même temps, on nous explique quel seule l’interdisciplinarité permet d’approcher le monde, de l’analyser, de le comprendre, de se l’approprier, de le transformer en un « monde humain ». On nous assure même, à juste titre, que « séparer » l’histoire de la littérature, mais aussi de la psychologie, de la biologie, de la sociologie, écarter l’histoire politique de l’étude de la peinture et de celle de la musique, est la meilleure voie pour ne jamais rien entendre à ce que peut signifier un univers intégré – en chaque temps, en chaque lieu. Dans un registre différent, si on « sépare » la tête du corps, on se trouve dans un monde « disjoint ». Impossible dès lors de saisir l’importance d’une logique du sensible, d’une intelligence des émotions. Comprendre suppose à la fois de distinguer l’objectif du subjectif et de reconnaître le poids de leurs imbrications.
Le discours interdisciplinaire est valorisé en tant que tel. Mais lorsqu’on tente, ne fût-ce que modestement, de l’appliquer, on en arrive à une pratique de l’interdisciplinarité qui, aujourd’hui, n’a d’existence semble-t-il que… rhétorique : tous en disent du bien, peu le pratiquent. Laboratoire d’interdisciplinarité, la revue Le Genre humain (Seuil) est une tentative expérimentale, lisible dans ses sommaires depuis plus d’un quart de siècle. Récemment, un des points privilégiés par l’Appel des « refondateur » aux collègues universitaires est d’accorder enfin tout son importance à « la place des disciplines et de l’interdisciplinarité dans les cursus universitaires » (Le Monde, 10 juillet 2009, p.17).
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alouette