Les cent ans de La NRF. L’hommage maison de Gallimard
[jeudi 11 juin 2009 - 22:00]
Littérature
En toutes lettres ... Cent ans de littérature à la Nouvelle Revue française
Collectif
Éditeur : Gallimard
Tout ceci, bien sûr, est connu, mais Alban Cerisier nous fait littéralement entrer jusque dans l’officine de la revue. Il exhume des documents
, rend compte de considérations pratiques sur le coût de la revue, le choix du papier, la correction des articles, les chiffres des abonnements
. À ce propos, il faut souligner la qualité du travail d’archiviste de l’auteur, particulièrement visible dans le beau catalogue d’exposition mentionné plus haut, et qui apparaît comme le complément indispensable de cet essai. Y sont reproduits nombre de documents qui éclairent la vie de la revue. Ce n’est pas sans émotion que le lecteur parcourt ces pages, tombant au hasard sur des photographies, des lettres, des cartes postales, des reproductions de couvertures… Nous est ainsi dévoilé tout ce qui a fait le quotidien de
La NRF. Un aspect saute aux yeux : l’histoire d’une revue est tout autant affaire de choix éditoriaux que d’affinités ou de mésententes entre individus. Quand l’un et l’autre ne sont pas étroitement mêlés… Il en va ainsi de la querelle entre Jacques Rivière et Henri Ghéon à la sortie de la Première Guerre mondiale sur la volonté de faire une revue dégagée ou clairement politique, du conflit avec Louis Aragon sur l’accueil accordé aux surréalistes, des échanges entre un Paulhan qui aura toujours le souci de s’ouvrir à l’extérieur (et souhaitera investir son talent dans d’autres revues) et un Gaston Gallimard courroucé de ce qu’il juge comme une « expropriation », de la querelle entre André Gide et François Mauriac qualifiant d’un trait d’esprit célèbre
La NRF de « vieille dame tondue »
. Les exemples ne manquent pas. Ils sont révélateurs de points de clivage qui ont traversé l’histoire de la revue : la question de l’engagement, la place laissée à l’avant-garde littéraire, le poids symbolique et parfois encombrant de Gide, l’indépendance des choix… Autant de thèmes autour desquels se polarisent les passions et les soubresauts d’une histoire riche en rebondissements.
Comment retracer un siècle de
NRF en moins de 700 pages ? En faisant de cette histoire un roman d’aventure peut-être. Le sujet s’y prête et le lecteur éprouvera un certain plaisir à suivre au plus près cette
success story des lettres. Le temps d’une célébration, et pour peu qu’il en connaisse déjà les protagonistes et les enjeux…
* À lire également sur nonfiction.fr :
- Collectif, L'œil de La NRF. Cent livres pour un siècle (Gallimard), par Camille Koskas.
- Yaël Dagan, La NRF entre guerre et paix. 1914-1925 (Tallandier), par François Quinton.
- Dominique Fernandez, Ramon (Grasset), par Vincent Giroud.
- Jean Paulhan et André Lhote, Correspondance 1919-1961 (Gallimard), par Vincent Giroud.
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