Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 
Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.
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L’inauguration, le 25 avril, de la base interarmées permanente française d’Abu Dhabi par Nicolas Sarkozy signale, selon de très nombreux commentateurs, le repositionnement stratégique français dans le monde. Le stationnement des 500 militaires annoncés serait "le signe que notre pays sait s’adapter aux nouveaux enjeux et aux nouveaux défis, qu’il est prêt à prendre ses responsabilités et à jouer tout son rôle dans les affaires du monde" .
Une telle vision se retrouvait, deux années auparavant, dans la lettre de mission de Bernard Kouchner, lors de sa nomination comme ministre des Affaires étrangères, alors que Nicolas Sarkozy lui donnait la charge de "redonner à la France sa pleine place dans le monde". Cette formulation, si elle affiche un réel volontarisme, contribue tout d’abord à confirmer ce qui est annoncé depuis longtemps : au long des dernières décennies la France a perdu de son aura et de son influence. La confrontation de trois livres français parus en 2009 (Maurice Vaïsse, La puissance ou l’influence chez Fayard ; Jean-Pierre Jouyet et Sophie Coignard, Une présidence de crise chez Albin Michel ; et Nicolas Tenzer, Quand la France disparaît du monde chez Grasset), bien que profondément différents par leurs ambitions, leurs registres et leurs méthodes, en dressant la liste des échecs et de leurs explications, permet d’approcher sinon de mieux appréhender ce que peut être la "pleine place" de la France dans le monde.
Il convient tout d’abord de préciser que deux livres ont été écrits avant - ou publiés pendant - la présidence française de l’Union européenne. Le livre de Jean-Pierre Jouyet et Sophie Coignard traitant, pour sa part, uniquement de ce moment. Ceci explique en partie les raisons qui permettent d’analyser la perte d’influence de la France dans le monde quand, très récemment, le journal Newsweek publia son classement annuel des hommes les plus puissants au monde en classant Sarkozy troisième, derrière Obama et Hu Jintao.
Ce classement reflète pourtant une importante partie des raisons traitées par les trois livres. État de taille moyenne (1% de la population mondiale, 6e rang mondial pour le PIB), la France détient encore de nombreux atouts, parmi lesquels sa place parmi les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU ou son réseau diplomatique, le deuxième après celui des États-Unis. Cependant, comme le rappelle Maurice Vaïsse, "notre pays consacre plus d’un milliard d’euros chaque année à l’action culturelle, plus que tout autre pays, [mais] l’édition européenne du Time Magazine a titré à l’automne 2007 sur la mort de la culture française" . À la veille de la présidence française de l'Union européenne, la France apparait donc, pour Jean-Pierre Jouyet , comme l’homme malade de l’Europe. Les émeutes urbaines de novembre 2005, tout particulièrement, donnent à l’étranger l’image d’un pays en proie aux désordres et en pleine crise d’identité.
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