Rédacteur

Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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CNL
Sous le règne de la divine économie qui nous gouverne
[mardi 07 octobre 2008 - 05:00]
Philosophie
Couverture ouvrage
Le Règne et la Gloire. Pour une généalogie théologique de l'économie et du gouvernement. Homo Sacer II, 2
Giorgio Agamben
Éditeur : Seuil
443 pages / 24,70 € sur
Résumé : Giorgio Agamben révèle l’archéologie théologique du système économique.
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Réfutations des mystères de l’économie

On est loin d’une sociologie, à la manière d’un Max Weber, qui pourtant voyait déjà dans l’éthique protestante ce qui allait permettre l’essor du capitalisme ; mais plus fondamental encore, Giorgio Agamben prend ses distances avec ceux dont il fut proche et qui marquent toujours sa pensée. Il pointe les apories, les impasses d’Heidegger dont il suivit le séminaire : "(…) On mesure ici l’insuffisance de la tentative heideggérienne de venir à bout du problème de la technique. (…) Heidegger ne peut ici venir à bout du problème de la technique, parce qu’il n’est pas parvenu à le rendre à son locus politique." D’autres passages réitèrent l’aveuglement du philosophe allemand, son "arraisonnement du monde par la techno-science" ne comprend pas l’essence divine et démoniaque du gouvernement de l’économie apostolique marchande. Celle dont Le Règne et la Gloire fait justement l’archéologie. De même pour Foucault, dont Agamben dit qu’il "n’a pu articuler jusqu’au bout de manière convaincante sa généalogie de la gouvernementalité". Sans renier la biopolitique foucaldienne, en la tirant même vers ses extrêmes limites, il s’avère beaucoup plus "continuiste" dans l’histoire des signatures qui impriment leur sens à ces transferts, du théologique au politique. Michel Foucault, en insistant sur les ruptures épistémologiques, aurait perdu la vision terminale de l’invisibilité de la loi du pouvoir, qui change d’illusion pour rester la même. Il existe aussi dans ce livre, une critique implicite du marxisme, comme si celui-ci n’avait pas conduit sa critique de la religion à son terme ultime, et donc s’était tenu en échec dans sa critique de l’économie. Son messianisme de la promesse communiste aurait, au contraire, fait perdurer la téléologie, la croyance dans une fin dernière, tout entière dérivée des prédicats de l’oikonomia.

Marx aurait conservé la Révolution, dans le langage de l’économie politique, celui de Ricardo ou Say, sans s’attaquer directement à cette réversibilité qui tient encore le monde contemporain, et qui va de "l’économie du mystère" au "mystère de l’économie". Le matérialisme historique en serait encore une forme. C’est à la nature même de l’économie, à laquelle Giorgio Agamben lance un défi en vérité, d’où l’importance de ce livre somme qui cherche un dépassement inédit de tout ce qui a déjà été écrit jusque-là. Nous entrons, maintenant, dans nos dernières conclusions. Baudelaire écrivait dans Fusées que : "Dieu est le seul être qui, pour régner, n'ait même pas besoin d'exister." Il en va de même pour l’oikonomia qui produit des effets matériels en dehors de son existence, c’est le jeu de son ministère qui administre et gouverne en conséquence. La gloire spectaculaire cache le principe du monde, qui est la communication, en l’assignant au pouvoir des médias, celui-ci est ordonné par le règne de la démocratie de marché qui dissimule son mystère, le plus inavouable, le plus scandaleux, qu’après avoir refermé Le Règne et la Gloire, on pourrait résumer d’un trait d’athéisme radical – l’économie n’existe pas.
 

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2 commentaires

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Tietie007

01/07/09 14:31
Schmitt revient à la mode chez les anti-impéralistes de gauche ! Je pense le terme droite-gauche ne veut plus dire grand chose, dans une société du consensus, comme Alain de Benoist, les concepts de Centre et Périphérie me paraissent pllus juste. Il y a ceux qui adhèrent au système du consensus, consommateur-citoyen sans complexe, et ceux qui sont férocement contre ce système consensuel, compromis mou, dépolitisé, qui tend à araser les différences et à s'étendre à l'infini, asservissant de nouvelles populations au consumérisme ambiant. Dans cette périphérie nous retrouvons un spectre de radicalité qui va des léninistes du PRCF, aux mouvances d'extrême-droite, en passant par les trotskystes et les souverainistes.
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BYzance

12/10/08 13:12
Sur Schmitt et l'extrême gauche, celui que j'ai vu devant moi le reprendre était un certain Daniel Bensaïd. Et s'il pensait contre Scmitt, c'était tout contre...

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