On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.
N’en demandons pas trop au sport : voilà ce que l’on pouvait retenir en somme du séminaire "Les grands événements sportifs : un outil de reconquête de la reconnaissance internationale ?" organisé par l’Institut français des relations internationales (IFRI) le mardi 9 septembre.
Dans le cadre de son cycle de séminaires organisés par le programme de recherche "Sport et Relations internationales", l’institut avait réuni Patrick Clastres, historien du sport et de l’olympisme, et Jérôme Champagne, directeur des relations internationales de la FIFA , pour confronter leur regard sur la complexité des liens entre sport et politique. Un sujet d’actualité donc, 15 jours après la cérémonie de clôture des Jeux de Pékin et l’extinction des spots occidentaux, tournés un mois durant - mais pas plus - vers la plus grande dictature du monde. Pourtant, peu de temps fut consacré à ces Jeux, les 29e de l’histoire moderne. Il est étrange de voir les participants au débat n’accorder que peu de mots à cet évènement mondial où le sport, relayé au rang de prétexte, fut d’abord victime de la politique.
De Napoléon à Zidane
Car l’objet est bien là : le sport et les sportifs ont souvent été utilisés par le pouvoir, et dans une double optique. Premièrement comme outil d’identification et de construction d’un patriotisme : Zidane et Ribéry sont les nouveaux Napoléon et Clemenceau, et en France, on sait combien de mauvais résultats sportifs d’une équipe peuvent influer sur le moral d’un pays. Secondement, comme un élément de puissance : en effet, il faut bien penser les Jeux olympiques, comme tout autre grand évènement sportif, comme une vitrine à visée internationale. À cet égard, la République populaire de Chine, tant louée pour la qualité de son organisation autant que pour l’efficacité de ses sportifs, a parfaitement réussi son coup.
De ce point de vue là, une partie signifiante du séminaire portait sur un thème pour le moins intéressant mais quelque peu déconnecté du sujet, à savoir l’importance de la compétition, modèle dominant dans le sport mais bientôt dépassé, d’après Patrick Clastre. S’il est acquis que l’évolution lourde des pratiques sportives tend à une démocratisation de plus en plus profonde, faisant même parvenir le sport jusqu’à notre salon grâce aux consoles de jeux vidéos, on aurait aimé se voir expliquer plus en détail comment on pourrait arriver à la disparition de la compétition, même concurrencée par un hédonisme de plus en plus prégnant. Les enjeux financiers semblent trop importants, les traditions de supporting trop ancrées. Nos héros victorieux et nos perdants magnifiques ont encore une longue vie devant eux.
2 commentaires
Victor Joanin
merci d'éclairer nos lecteurs par ces précisions. Il peut être effectivement frustrant de devoir attendre plusieurs semaines avant de poursuivre ces réflexions, surtout qu'en tant que passionné de sport, on est trop souvent habitué aux mi-temps de quelques minutes.
Bien cordialement
Valérie Amant
Je me permets simplement de relèver votre remarque, fort pertinente, sur la brièveté de la conférence et le fait que de nombreux sujets d'actualité ou polémiques n'ont pas été (ou peu) abordés, notamment les JO, le dopage, la corruption, etc.
Je voudrais simplement apporter une explication toute bête à ce constat : ce séminaire était le 3ème d'une série de 4. Le dernier en date (ayant eu lieu le 3 juillet dernier) avait pour thème justement les JO traités à travers la politique du CIO, de la Chine et de la Russie.
Les prochains séminaires aborderont les thèmes des dérives du sport (paris en ligne, dopage, excès, etc...), du développement par le sport, des politiques d'intégration pa le sport, des stratégies sportives des puissances montantes, etc. Le champ d'étude est vaste !
Je comprends donc tout à fait votre frustration sur le fait que le séminaire n'a couvert que très partiellement la thématique "Sport et Politique". Croyez bien qu'il n'est qu'une petite pierre de l'ensemble du programme qui a, lui, pour ambition d'être exhaustif.
Je vous dis donc à bientôt pour développer de futurs sujets. Merci encore de votre intérêt pour nos activités.
Valérie Amant
Responsable du programme "Sport" de l'Ifri