Je ne crois à l'éclatement, ni de la droite, ni de la gauche, parce que le système présidentiel l'empêche. [...] Du reste, pour le moment, la droite était au bord de la guerre civile et pourtant, elle n'a pas éclaté. Maintenant, Copé et Fillon sont copains comme cochons. Pourquoi ? Parce que les règles institutionnelles les empêchent de s'entre-tuer, même chose au PS. 
Jacques Julliard, entretien à nonfiction.fr
Comme le rappelait Jean-Luc Nancy dans un récent ouvrage , l' "art de la ville" se situe dans son propre mouvement, dans les croisements, les passages et les rencontres qu'elle favorise mais également au niveau des impressions dont elle imprègne les citadins. Loin des stratégies globales et de l'action démiurge des planificateurs, la ville peut donc également s'appréhender par son expérience perceptive. Conscient de ces rapports sensibles à la ville comme à son évolution, Patrick Baudry vise à dépasser l'approche de la "ville comme société" pour aborder la question de "l'urbain comme rapport au monde" . De manière poétique et philosophique, il s'attache ainsi à appréhender l'être-en-ville, en portant notamment son regard sur l'ordinaire, sur les habitants et les corporéités mises en jeu.
L'ordinaire, loin d'être insignifiant
L'auteur s'appuie notamment sur les récits d'écrivains de l’urbain sans frontières, pour qui la distinction entre centre et périphérie ne fait plus sens et qui n'apprécient pleinement la ville que pour tout ce qu'elle offre au hasard d'un coin de rue, dans le détournement de ses espaces ou dans les sentiments qu'elle laisse au promeneur. Qu'il s'agisse de Jacques Réda ou de François Bon, l'auteur s'entoure en effet de compagnons de route attentifs aux détails qui font l'urbain, et dont les écrits permettent un décentrement du regard sur la ville. S'inspirant de leurs récits, il remet en question les dogmes épistémologiques conduisant à une compréhension de la ville comme un tout intégrateur ou comme une tension entre le vide et le plein, entre le continu et le discontinu, entre centre et marge. Car "c'est l'expérience que l'on pourrait dire physique de la ville- les déplacements particuliers auxquels elle oblige, les jeux d'images, d'odeurs et de sons, les distanciations et les tensions qu'elle produit - qui conduit à la prise en compte d'un urbain d'un autre type qu'une urbanité qui privilégierait le consensus, l'unité ou l'unification" . Plutôt que rechercher une ville fantasmée dans ce qu'il en reste, il faudrait plutôt saisir un type de rapport au monde qui relèverait spécifiquement de l'urbain. L'auteur interroge ainsi les catégories avec lesquelles l'on tend à analyser et à interpréter la ville, en particulier celle de l'harmonie paysagère, "faut-il nécessairement de la beauté ou de l'harmonie au paysage?" . Il s’inspire alors de ces peintres ou de ces photographes (Edward Hopper, Wim Wenders entre autres) qui ont su magnifier les lieux de l'errance et ces interstices souvent négligées pour questionner les modes d'appréhension de l'urbain. Il soulève ainsi l'intérêt d'une rupture avec les référentiels classiques de l'analyse sur la ville et la nécessité de "chasser toute idée préconçue" comme le conseillait Georges Pérec pour la laisser se révéler à nous mêmes. On ne peut "dire grand chose de la ville ou de l'urbain (…) si l'on en a une opinion toute faite. C'est à dire si les tensions, les contradictions, les hypothèses disparaissent sous le système qui veut en interdire l'énigme" . Interroger l'urbain nécessite donc de le vivre et de s'en laisser pénétrer.
Les corps de l'urbain
Patrick Baudry accorde donc une importance particulière aux usages sociaux de l'espace, aux détournements des fonctions institutionnelles par les citadins, qui deviennent eux-mêmes "instances de médiation" de l'urbain. L'appropriation de l'espace, du chez-soi ou de son quartier passe effectivement par la manifestation de pratiques corporelles : "cette possibilité de bâtir n'est elle-même possible que parce que la corporéité antérieure au corps manifeste habite la territorialité comme monde, c'est-à-dire donne le sens du monde à ce qui n'est pas qu'un environnement spatial mais une médiation de l'être" . En soulignant la dimension agissante du corps, l'auteur replace donc au centre de l'appréhension de l'urbain une ontologie corporelle. Contrairement à la ville traditionnelle, la corporéité agirait comme un "acte de l'existence" que l'urbain contemporain activerait davantage qu'auparavant.
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