La phrase

Je ne crois à l'éclatement, ni de la droite, ni de la gauche, parce que le système présidentiel l'empêche. [...] Du reste, pour le moment, la droite était au bord de la guerre civile et pourtant, elle n'a pas éclaté. Maintenant, Copé et Fillon sont copains comme cochons. Pourquoi ? Parce que les règles institutionnelles les empêchent de s'entre-tuer, même chose au PS.

Jacques Julliard, entretien à  nonfiction.fr

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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"La Gauche populaire campe résolument à gauche"
[mercredi 13 juin 2012 - 15:00]
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Le débat entre la "Gauche populaire" et les tenants d'une gauche multiculturelle s'est intensifié ces derniers jours. Après des échanges très vifs sur Twitter, Sylvain Bourmeau, directeur adjoint de la rédaction de Libération, et Laurent Bouvet, politologue   ont débattu lundi sur France Culture de leurs divergences idéologiques profondes sur l'orientation de la gauche française. Dans le souci de comprendre un clivage apparu au moment où la gauche conquérait à nouveau le pouvoir, nonfiction.fr suivra l'actualité et l'évolution de ce débat. Dans cet entretien, Denis Maillard, un des fondateurs et animateurs de la Gauche populaire, explique le point de vue du collectif sur les rapports entre la gauche et le peuple. 

 

Nonfiction.fr- Qu’est-ce que la gauche populaire ?

Denis Maillard- La Gauche populaire est un groupe informel de citoyens intéressés par les questions politiques ; il s’agit aussi d’intellectuels et de chercheurs, de membres du Parti socialiste ou en rupture avec celui-ci, de chevènementistes, de rescapés du Modem, d’électeurs de Jean-Luc Mélenchon et même de quelques Verts... Ils ont en commun de penser que la gauche ne peut arriver au pouvoir et s’y maintenir qu’en renouant avec les catégories populaires, et à travers elles avec la question sociale. Ils estiment que les défaites de 2002 et 2007 n’étaient pas des accidents de l’histoire mais les épisodes supplémentaires dans une dérive de la gauche institutionnelle. Le collectif est né au cours de l’année 2011 dans un séminaire, organisé par Laurent Bouvet à l’Observatoire de la social-démocratie au sein de la Fondation Jean-Jaurès. Le thème en était la montée des populismes. Nous essayions de comprendre pourquoi l’extrême-droite gagnait du terrain en Europe et l’on sentait qu’en France, l’élection présidentielle approchant, les choses allaient être semblables et que Marine Le Pen risquait de faire un score important. Cette tentative de penser collectivement s’inscrivait, pour Laurent et moi-même, dans la continuité de la collection RéGénération que nous avions fondé en 2003 aux éditions Michalon et où l’on essayait de faire surgir dans le débat politique des réflexions et des auteurs neufs.

Nonfiction.fr- La collection s’intéressait déjà à la question sociale et au rapport au peuple ?

Denis Maillard- C’était plus vaste, mais nous tournions déjà autour de cette problématique. Notre ambition était de comprendre ce qu’il s’était passé à gauche dans les années 1980 : alors que Mitterrand avait été porté au pouvoir sur des questions principalement sociales, à partir de 1982-1983, la gauche avait tourné le dos à cette question pour lui substituer une attention toute sociétale qui allait bien plus loin que ce que la 2ème gauche, le PSU ou la CFDT avaient pu proposer jusqu’ici. Pour le dire en quelques formules, la gauche officielle a choisi dans les années 80 l’agrégation des minorités contre le traditionnel "peuple de gauche" à qui elle n’avait plus grand chose à proposer en matière d’émancipation collective et qui commençait à lui faire politiquement défaut. Ce faisant, elle a substitué à la question du commun celle des identités ; elle a préféré le développement de la société à l’affirmation de la République. Elle a troqué le socialisme contre le multiculturalisme et la question sociale contre la diversité ! Mais ce faisant elle a aussi creusé son tombeau électoral. Jusqu’en 2012. Cette interrogation, née avec la collection RéGénération entre 2003 et 2007, est restée celle de la Gauche populaire. Entre les deux il s’est passé cinq ans durant lesquelles nos intuitions sont devenues des questions essentielles à la veille de la présidentielle de 2012 et nos réponses des clivages au sein même de la gauche ainsi qu’une manière nouvelle d’affronter la droite identitaire. Cinq ans pour que ces réponses soient entendues, face à la montée du Front national de Marine Le Pen.

Nonfiction.fr- Comment comptez-vous peser sur le débat politique ?

Denis Maillard- Pour répondre à cette question, il faut d’abord comprendre comment nous fonctionnons avant de parler de nos objectifs. La Gauche populaire, c’est à la fois un séminaire qui se tient physiquement à la Fondation Jean-Jaurès et, en même temps, l’agrégation d’individus qui, petit à petit, se sont mis à réfléchir ensemble au moyen des réseaux sociaux, notamment Facebook. Aujourd’hui, c’est un peu plus de soixante-dix personnes qui conversent sur les réseaux sociaux, publient leurs travaux à travers notre blog et se retrouvent pour des réunions in real life. Il s’agit donc d’un "intellectuel collectif" issu des réseaux sociaux et qui fonctionne avec les réseaux sociaux : il n'y a pas d’adhésion, pas de chefs, l’organisation est minimale et il n’y a pas non plus de porte-parole, sauf momentané et issu du groupe comme en ce moment avec cet entretien. En revanche, certains travaux nous ont aidé à structurer nos réflexions. Je pense notamment au livre de Laurent Bouvet Le sens du peuple, aux enquêtes d’Alain Mergier et Philippe Guibert   auprès des catégories populaires, aux essais de Gaël Brustier et Jean-Philippe Huelin sur le peuple et la droite ou encore aux analyses de Sylvain Crépon   comme de Nicolas Lebourg   concernant le nouveau Front national, tous membres ou proches de la Gauche populaire. C’est un collectif informel et pluraliste de gens qui ont décidé de penser ensemble – chercheurs, professeurs, sociologues, citoyens, militants politiques… On est "Gauche populaire" par envie, par cooptation ou même par hasard tant nos réflexions rejoignent celles de nombreuses personnes à gauche.

On ne va pas donc "rentrer dans le jeu politique" mais nous rencontrons tous ceux qui ont envie de parler avec nous pour leur faire comprendre qu’il n’y aura pas de réussite gouvernementale si, une fois arrivée au pouvoir, la gauche "oublie" à nouveau les classes populaires. Notre objectif est d’influencer le débat public. Et l’enjeu est de faire en sorte qu’en 2017, on ne retrouve pas Marine Le Pen à 30% au premier tour. Cela demande un patient travail de fond qui allie analyse politique, connaissance sociologique (qui sont les fameux "périurbains" ? Qu’est-ce que le nouveau Front national ? Qu’est-ce que la crise du travail ? etc.) et production intellectuelle. A la rentrée prochaine, nous allons donc poursuivre un nouveau cycle de séminaires vraisemblablement sur la question de "l’insécurité culturelle" et de l’unicité du territoire de la République, des questions d’autant plus prégnantes que le bon score de Marine Le Pen risque de créer une tension entre "la gauche diversitaire" (comme le dit pertinemment la blogueuse Coralie Delaume) et la droite identitaire. Pour échapper à cette opposition stérile, nous les renvoyons dos à dos pour proposer une alternative : la République, rien que la République mais toute la République.


Nonfiction.fr- Pourquoi le nom "Gauche populaire" ? On vous a beaucoup reproché, notamment, la symétrie avec la Droite populaire…

Denis Maillard- La gauche populaire, c’est une gauche qui n’oublie pas les classes populaires – c’est tout ! Lors d’une réunion, plusieurs noms ont été envisagés et nous avons finalement voté pour retenir celui-là. Nous pensons que les catégories populaires sont le cœur de la promesse de la gauche. Et puis le nom avait commencé à s’imposer à travers le livre Plaidoyer pour une gauche populaire dans lequel plusieurs auteurs de notre groupe ont écrit. Ce qui nous inquiète c’est bien plus que la droite ait pu s’approprier ce terme de "populaire" sans que personne, à gauche, n’en soit gêné. Nous ne faisons que reprendre un drapeau qui nous appartient !

Nonfiction.fr- Est-ce que François Hollande a réussi à trouver "le sens du peuple" ? La gauche a-t-elle durablement renoué avec la victoire ou est-ce juste conjoncturel – une victoire par rejet de Nicolas Sarkozy ?

Denis Maillard- C’est toute la question que nous nous posons. Si l’on regarde les résultats du premier tour, François Hollande arrive légèrement en tête dans le vote ouvrier mais Marine Le Pen réunit quand même un tiers de leurs suffrages. C’est la première fois depuis longtemps qu’un candidat de gauche arrive en tête chez les employés et les ouvriers. On peut donc penser qu’il a retrouvé un certain sens du peuple. En même temps, ce sont chez ces mêmes catégories que l’on trouve la plus forte abstention au second tour. Si François Hollande arrive en tête dans ces catégories le 6 mai, c’est plus par rejet de Nicolas Sarkozy que par véritable adhésion à la gauche. On a cinq ans – il a cinq ans – pour confirmer cette adhésion a minima et c’est là qu’un collectif comme la Gauche populaire peut être intéressant – dans ses analyses, dans sa réflexion. Il n’y a de possibilité de victoire à long terme qu’en restant lié aux classes populaires.

Nonfiction.fr- Est-ce que François Hollande vous a personnellement reçu et écouté pendant la campagne ?

Denis Maillard- Oui, il a écouté – mais il a écouté beaucoup de monde. Il a reçu plusieurs membres de la Gauche populaire. D’ailleurs, nous avons retrouvé, dans le discours du Bourget, le grand discours fondateur de sa campagne, certains éléments que nous avions apportés. Nous avons été une source d’inspiration parmi d’autres…

Nonfiction.fr- C’est quoi le peuple ? C’est qui le peuple ?

Denis Maillard- Dans son livre (Le sens du peuple, Gallimard), Laurent Bouvet a bien montré l’existence et l’articulation de trois peuples matérialisés dans trois documents que nous portons tous sur nous : le peuple national – celui de la carte d’identité ; le peuple politique – celui de la carte d’électeur ; et le peuple social – celui de la carte Vitale avec notre numéro de sécurité sociale. Ce qui nous intéresse, c’est l’articulation entre ces trois peuples. Mais celui qui nous intéresse prioritairement, c’est ce peuple social dont la gauche dit en permanence qu’il est "le peuple de gauche" alors que, depuis la fin des années 1980, il n’adhère plus majoritairement à la gauche. La gauche a encore l’illusion que ce peuple social est son socle électoral alors que, de fait, elle lui a substitué un autre peuple – ce que Terra Nova a essayé de théoriser au printemps dernier : l’alliance de toutes les minorités qui arriveraient, petit à petit, à former une majorité. Sauf que cette coalition ne nous semble pas gagnante et met en danger la République.

Aujourd’hui, la question sociale se repose massivement (chômage, crise européenne, problèmes de mondialisation et de désindustrialisation en France) mais en des termes particuliers : économiques (est-ce que je vais être au chômage, quel est mon pouvoir d’achat ?), sociaux (quel est mon travail, comment s’est-il transformé, comment puis-je en vivre ?) mais aussi culturels, avec cette question d’insécurité culturelle.

Jules FOURNIER
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13 commentaires

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cording

08/08/12 11:19
Il faudrait aussi que le PS sous alibi européen cesse de faire une politique libérale : privatisations, dogme de l'équilibre des finances publiques, réduction de la fonction publique et tous les dogmes néolibéraux imbéciles et meurtriers en termes d'emplois, salaires donc de protection sociale, celui de la monnaie forte à tout prix, bref un retournement complet par rapport au virage de 1983!
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Serge V

24/06/12 18:32
@Alex Antoine
L'édito de contreligne.eu que vous citez est intéressant. Pour une fois que l'on peut sortir du débat "Gauche populaire / Gauche sociétale" !
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Alex Antoine

24/06/12 18:28
La "gauche populaire", mlagré des intuitions justes, manque quand même beaucoup de sens de la nuance, notamment sur la question de l'insécurité culturelle, et puis laisser penser que le protectionnisme est une solution en France, c'ets franchement tomber au niveau d'un gauchiste de 18 ans qui aurait ouvert un manuel d'économie de section ES de lycée.
Je recommande l'édito "La gauche populaire au risque de l'ouvriérisme" dans la revue www.contreligne.eu

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Antoine

22/06/12 17:18
Ce qui est pénible avec les républicains ou crypto-chevènementistes, c'est qu'à côté de bonnes analyses, il y a toujours une part de fantasme galopant (ainsi « cette coalition ne nous semble pas gagnante et met en danger la République »).

De plus il faudra leur expliquer que, non, la République ne protège pas contre le chômage de masse. Combattre le chômage et vénérer des symboles, ce sont deux choses différentes.
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Anonyme

15/06/12 14:20
Si on comprend bien la gauche populaire, l'insécurité culturelle c'est quand la maternité, le tribunal, l’hôpital ferment.

Quand mon Intermarché, mon garagiste, mon boulanger ferment aussi ?

Quand je suis au chômage ?

Quand on ne traverse pas dans les clous ?

Quand on est coincé dans un ascensur en panne ?

Quand on a fait cramer son repas ?
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