Je ne crois à l'éclatement, ni de la droite, ni de la gauche, parce que le système présidentiel l'empêche. [...] Du reste, pour le moment, la droite était au bord de la guerre civile et pourtant, elle n'a pas éclaté. Maintenant, Copé et Fillon sont copains comme cochons. Pourquoi ? Parce que les règles institutionnelles les empêchent de s'entre-tuer, même chose au PS. 
Jacques Julliard, entretien à nonfiction.fr
Un après l’éclatement de ce qu’il est convenu d’appeler "les printemps arabes", nonfiction.fr a voulu s’interroger sur l’idée de Méditerranée. Nom commun devenu nom propre pour se transformer en valeur, la Méditerranée, sorte d’unité contrariée, espace en miroir où le Nord regarde le Sud, est bien plus qu’une expression géographique censée décrire une réalité physique. Plus qu’une catégorie propre à l’analyse sociologique, économique ou politique, c’est un symbole, un mot ouvert, évocateur, parfois incantatoire. Pour Thierry Fabre, c’est d’ailleurs ainsi et uniquement ainsi qu’elle fait sens et qu’elle doit être portée. Dans l’entretien qu’il nous a accordé, le fondateur de la Pensée de midi qui prépare pour l’ouverture du Mucem une exposition intitulée "Le Noir et Bleu, un rêve Méditerranéen." nous l’a rappelé : "La Méditerranée n’est pas un espace, c’est un imaginaire. (…) son identité est narrative".
La Méditerranée serait donc un récit, un mensonge qui dit la vérité. Mais quelle vérité ? Celle, sans doute, qui échappe aux oppositions dichotomiques et aux distinctions figées. Si la Méditerranée est un espace de conflits, un espace de clivages, elle est aussi le lieu du mélange, de l’emprunt et de la circulation des langues, des coutumes et des hommes. Agissant sur les imaginaires, l’évocation de la Méditerranée fait appel aujourd’hui à celle, toujours sensible, des rapports entre l’Europe et la monde musulman, rapports marqués par la méfiance, la projection et la peur. C’est la raison pour laquelle, selon Thierry Fabre, "la question méditerranéenne n’est plus extérieure à l’Europe mais intérieure et qu’elle ne concerne pas que ses villes côtières". Symbolique, la Méditerranée est un outil qui permet de penser l’Un et le Multiple, la relation, le syncrétisme, et ce, où que l’on se trouve. Elle appartient donc aux poètes plus qu’aux chercheurs, faute de pouvoir l’identifier de manière tangible.
Ainsi, pour Dorothée Schmid, chercheuse à l’IFRI, la Méditerranée n’existe tout simplement pas. Son unité proclamée sert un discours sans fondements réels au service d’une domination, discours d’autant moins opératif qu’il n’a d’écho réel qu’en France. Elle nous le rappelle, la pertinence de la notion de Méditerranée n’est pas commune à l’ensemble de l’espace Méditerranée. Dans l’entretien qu’il nous a accordé, Bertrand Badie a évoqué quant à lui la faible densité de la catégorie "Méditerranée" en matière géopolitique. Unique par sa concentration de conflictualités, l’espace méditerranéen est aussi la victime d’un surinvestissement politique qui, lorsqu’il instrumentalise le discours poétique et symbolique de la Méditerranée pour échafauder des constructions institutionnelles, ne peut qu’être voué à l’échec. En atteste le destin du projet d’Union pour la Méditerranée analysé à la lumière des printemps arabes par Khadidja Guemache-Mariass.
Sommaire :
- "La Méditerannée n'existe pas". Entretien avec Dorothée Schmid, par Allan Kaval
- La Méditerranée, cet objet insaisissable. Entretien avec Thierry Fabre, par Allan Kaval
- Bertrand Badie : "La Méditerranée relève de l’imaginaire, voire du fantasme de l’Europe occidentale", par Allan Kaval et Pierre Testard
- Les printemps arabes: une nouvelle occasion manquée pour l'UPM, par Khadidja Guemache-Mariass.
1 commentaire
Anonyme
Nous avons discuté ensemble nous souvenant des multiples histoires racontées de rives en rives, jamais les mêmes, jamais dîtes de la même manière, et depuis Homère, seule la belle Hélène fut l'objet d' âpres et fabuleux combats, Troie à jamais détruite, ses enfants dispersés sur le pourtour du " monde"
C'est ce retour à cet esprit achéen qui pose problème pour la Méditerranée.
Rome avait le temps d'un empire et par Caracalla, reconnu le monde de Méditerranée comme le sien et les hommes égaux de Carthagène à Tipasa, de Rome à Alexandrie...Rome pleura Carthage, son seul crime peut-être dans ces temps incertains.
Byzance et Rome se disputèrent, puis vinrent les villes italiennes et cet Islam qui bloqua pendant un temps les routes de la soie, des épices et de l'or devint le centre d'un monde. Puis advint le Nouveau Monde, le Nouveau Royaume du Mexique, le Brésil et la nouvelle force occidentale celle qui fait dire à tant d'hommes," quelle heure est-il là-bas ?"
Depuis la Méditerranée est restée une mer de rivalités longtemps reconnues jusqu'à Lépante ; depuis la victoire de l'Occident est totale, les colonisations et les protectorats le certifiant suivis aujourd'hui par les différents conflits qui veulent ramener le monde du sud toujours 50 ans en arrière. Ce retour infécond est déjà à l'oeuvre à l'intérieur avec tous les islamismes et toutes les ignorances qui prospèrent sur la lecture d'un livre unique.
Le drame contemporain de ce monde méditerranéen est la guerre de l'eau, du pétrole et des hommes. Malédictions !
Elle me parla paix, mais j'ai compris guerre.
Elle me parla de liberté, je n'y vis que tyrannie.
Elle suggéra la démocratie, je n'entendis que le national building à coups de missiles.
Elle me parla amour, je n'y crus voir que haine.
Elle me dit combien elle était bleue, riche et vivante, je n'y vis que parures pour courtisanes.
Elle me dit, viens sur mon sein, M'abstenant de tout agir, je lui dis, non.
Comme tout pêcheur, je savais ses flots calmes et tempérés versatiles à jamais, emportant tout sur leur passage et leur colère.
J'ai préféré le silence des fonds marins pour peut-être y retrouver le fluide et le sel de la vie.