On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.
Nonfiction.fr- En tant que politiste quel sens donnez-vous à l’idée de Méditerranée ?
Dorothée Schmid- Les discours qui défendent l’idée d’une unité ou d’une identité méditerranéenne sont marqués par une approche culturaliste de la région finalement très française. Je ne pense pas qu’elle va survivre. La Méditerranée est une catégorie littéraire plus qu’une réalité géopolitique, c’est quasiment une œuvre d’art. Et c’est d’ailleurs uniquement comme cela qu’elle fait sens.Le problème c’est qu’en matière politique, ça ne prend pas.
Nonfiction.fr- Selon vous c’est particulièrement le cas dans l’approche française de la question méditerranéenne ?
Dorothée Schmid- Il n’y a qu’à lire les discours prononcés par Nicolas Sarkozy sur la question, discours écrits par Henri Guaino. Ils condensent des références éclatées sans prise avec la réalité du terrain. La vision qui en est donnée est d’ailleurs très ethnocentrée. La Méditerranée dont le récit est développé par Guaino c’est la Mare Nostrum des Romains et son unité perdue, celle que l’on retrouve dans la tradition latine et catholique. On éclipse complètement la Méditerranée ottomane et musulmane. Cette Méditerranée là est la Méditerranée des obsessions françaises. Elle n’a choqué personne chez nous mais a suscité certaines incompréhensions du côté de nos partenaires européens.
Nonfiction.fr- Toute approche visant à mettre en avant certaines similarités, une certaine identité méditerranéenne ne relèverait donc que du seul imaginaire politique ?
Dorothée Schmid- On voit bien qu’en Méditerranée ce sont les partenariats culturels qui marchent le mieux, ces projets qui abondent dans le sens de l’invention d’un monde commun assez utopique. C’est d’ailleurs paradoxal puisque ces programmes sont ceux qui ont reçu le moins d’argent. Je pense qu’il faut se méfier des approximations inspirées par la tradition braudelienne et qui mettent en scène un espace méditerranéen qui dépasserait la mer elle-même. La Méditerranée est certes un lieu d’échange où différents types de culture ont été mis en contact et il est évident que les gens ont emprunté les uns aux autres. Cela ne signifie pas pour autant que la Méditerranée est un espace unifié. La Méditerranée a toujours été un espace de conflit qui ne peut être uni que par une puissance hégémonique.
Nonfiction.fr- Mais ces considérations concernent les états et les puissances plus que les sociétés humaines…
Dorothée Schmid- Il y a des gens qui habitent autour de la Méditerranée mais la Méditerranée n’est pas créatrice d’un solide monde méditerranéen en mesure d’insuffler une envie de vivre ensemble où de fonder une communauté politique. Les considérations culturalistes sur l’unité méditerranéenne ont d’abord servi de justification aux politiques de puissances visant à contrôler cet espace. Dans l’histoire de l’expansion française en Méditerranée depuis l’expédition de Napoléon en Egypte, on peut observer que les savants sont chargés de créer des catégories méditerranéenne visant à fournir une justification rationnelle à l’unité du monde méditerranéen en mettant en rapport des choses qui n’ont rien à voir les unes avec les autres.
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