On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.
Suite à nos révélations sur Mishima (Gallimard/ Folio Biographies), biographie de Jennifer Lesieur, notre critique Thomas Garcin a relevé l’ensemble des passages extraits de son premier chapitre, "L’arbre aux branches tordues", manifestement "empruntés" au livre de Jonathan Nathan, La vie de Mishima (Gallimard). Nous publions alternativement des citations originales de ce dernier et les passages correspondants de l’ouvrage de Jennifer Lesieur.
1/ Version originale de John Nathan, pp.19-20
"En dépit de la légende crée par lui, Yukio Mishima n’était pas "né samouraï". En fait, ses ancêtres du côté paternel étaient des paysans de si humble extraction qu’ils n’avaient pas même de nom de famille avant le début du XIXesiècle. C’est vers les années 1820, dans le registre du temple paroissial de Shikata, près de Kobé, au centre du Japon, qu’apparaît pour la première fois le nom de Tazaemon Hiraoka et des siens. On mentionne seulement que Tazaemon a été "dépossédé" de son logis précédent, au village voisin, son jeune fils ayant tué d’une flèche un faisan qui appartenait au seigneur de l’endroit. C’est de cette façon, en disgrâce, que le fondateur de la maison Hiraoka (Mishima est un pseudonyme littéraire) arriva au berceau de la famille.
Avec le fils de Tazaemon, Takichi, la fortune familiale devait grandement s’améliorer. Takichi était un excellent cultivateur et, de plus, fort entreprenant. Vers les années 1850, la famille possédait un entrepôt des mieux garnis et prêtait même de l’argent. Pourtant, le meilleur service rendu par Takichi à la famille Hiraoka fut de pousser ses deux fils aux études. L’aîné, Manjiro, licencié en droit de l’Université Impériale, devint avocat, et en 1898, membre de la Chambre des Représentants nouvellement créée. Le cadet, Jotaro, grand-père de Mishima, fit son droit comme son frère à l’Université Impériale, et en 1892, âgé de vingt-neuf ans, entra au ministère de l’Intérieur. JotaroHiraoka était doué d’intelligence, d’ambition et de beaucoup de charme ; il franchit rapidement les échelons administratifs, occupant des postes de plus en plus élevés jusqu’à sa nomination, en 1908, comme gouverneur de la colonie japonaise de l’île de Sakhaline, poste d’autant plus éminent qu’il était le premier civil à l’occuper."
Version "modifiée" de Jennifer Lesieur, p.14
"Même s’il s’est souvent vanté de descendre d’une longue lignée de samouraïs, Kimitake Hiraoka —le nom de naissance de Mishima— compte, du côté paternel, des paysans qui n’ont pas même eu de nom de famille jusqu’au début du XIXesiècle. Les idéogrammes hiraoka apparaissent une première fois vers 1820 dans le registre du temple du village de Shikata, près de Kobe. Il est inscrit que Tazaemon Hiraoka a été dépossédé de sa maison après que son jeune fils eut tué de son arc un faisan appartenant au seigneur local. La disgrâce gâte la racine de son arbre généalogique.
Takichi, un autre fils de Tazaemon, relève l’honneur. Dans les années 1850, il acquiert un entrepôt et gagne assez d’argent pour offrir des études à ses deux fils. L’aîné Manjiro, suit des études de droit à l’Université impériale en vue d’être avocat, et devient en 1898 membre de la Maison des représentants créé depuis peu. Le cadet, Jotaro, est le grand-père de Mishima. Il suit les mêmes études que son frère et intègre le ministère de l’Intérieur à l’âge de 29 ans, en 1892. Jotaro est brillant, ambitieux, dur à la tâche. Il gravit rapidement les échelons jusqu’à obtenir en 1908 le poste de gouverneur de l’île de Sakhaline, colonie japonaise ; il est le premier civil à y parvenir."
4 commentaires
bouledesuie
vincent
Descartes
D.
Mme de Verteuil
Merci à NONFICTIONS de mettre en lumière ce genre d'imposture littéraire.