Je ne crois à l'éclatement, ni de la droite, ni de la gauche, parce que le système présidentiel l'empêche. [...] Du reste, pour le moment, la droite était au bord de la guerre civile et pourtant, elle n'a pas éclaté. Maintenant, Copé et Fillon sont copains comme cochons. Pourquoi ? Parce que les règles institutionnelles les empêchent de s'entre-tuer, même chose au PS. 
Jacques Julliard, entretien à nonfiction.fr
Le projet de Jennifer Lesieur était osé et ses chances de réussite étaient faibles. Rédiger une nouvelle biographie sur Mishima sans maîtrise de la langue japonaise condamnait l’auteure à se limiter aux seules sources disponibles en anglais ou en français, soit à peine une quinzaine d’ouvrages, d’inégale qualité. S’il faut en croire sa bibliographie, particulièrement chiche, l’auteure n’a cependant même pas cherché à recenser l’ensemble de ces textes. Ses sources se réduisent principalement à deux biographies, toutes deux parues en 1974 et depuis systématiquement citées par les commentateurs occidentaux de l’écrivain : Mishima. A Biography ouvrage de référence du japonologue et traducteur américain John Nathan (traduction française publiée chez Gallimard sous le titre La Vie de Mishima) et The Life and Death of Mishima Yukio du journaliste britannique Henry Scott-Stokes (traduction française publiée chez Picquier sous le titre Mort et vie de Mishima). Son livre est donc au mieux une bonne synthèse, au pire une compilation maladroite, qui flirte avec le plagiat. Nous penchons pour la seconde hypothèse.
Quelle que soit par ailleurs la qualité des biographies de Scott-Stokes et de Nathan, le Mishima de Jennifer Lesieur souffre de la comparaison. Il est d’abord évident qu’à la différence du premier, et a fortiori du second, l’auteure n’est pas une spécialiste du contexte japonais et qu’elle n’a mené aucune enquête de terrain. Elle n’a pu, comme Nathan, bénéficier d’un accès direct à l’ensemble de l’œuvre dont, rappelons-le, seule une petite partie a été traduite (généralement à partir de la version anglaise). Lesieur se trouvait donc extrêmement dépendante des travaux de ses devanciers auxquels – sans doute par souci de ne pas reprendre in extenso de longs passages de leurs livres – elle retranche finalement beaucoup plus qu’elle n’ajoute. Très évasive (notamment au sujet de ses sources) ses remarques frôlent parfois, par manque de précision et de nuance, le stéréotype. Ses efforts pour éviter le plagiat sont surtout peu concluants.
Prenons un exemple concret. On peut lire, pages 32-33 (précisons, pour la bonne lecture des extraits qui vont suivre, que Kimitake est le vrai prénom de Mishima et que Azusa, Shizue, Chiyuki, Natsu et Yoko sont respectivement les prénoms de son père, sa mère, son frère, sa grand-mère et sa femme) :
“Azusa est surtout cruel envers Shizue, trop sensible à ses yeux, et envers Kimitake, dont les manières efféminées l’exaspèrent. Il décide de lui interdire ce qu’il pense en être la cause, sa passion première, les livres. Alors qu’il est désormais libre de jouer dehors, Kimitake préfère rester dans sa chambre à lire. À douze ans, il dévore les grandes œuvres japonaises, du roman-fleuve médiéval Le Dit du Genji au sulfureux contemporain Tanizaki, mais aussi Rilke, Oscar Wilde, Villiers de l’Isle-Adam. Des goûts peu communs pour un jeune Japonais de cette époque, où ses compatriotes sont encore persuadés d’être une race supérieure à la race occidentale, mais la Gakushūin ne pratique pas de censure intellectuelle.”
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