On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.
Il faut croire que le plagiat est de saison. Après les affaires PPDA et Macé-Scaron, nonfiction.fr publie une critique accablante pour Jennifer Lesieur, auteure de la dernière biographie de l’illustre écrivain japonais Yukio Mishima, dans la collection Folio Biographies de Gallimard. D’après nos informations, c’est la quatrième biographie écrite par cette journaliste des pages culturelles du quotidien gratuit Metro, après Jack London (Tallandier, 2008, récompensé par le Goncourt de la biographie), Patti Smith (Castor Astral, 2009) et Amelia Earhart (Grasset, 2010).
Grâce au travail de comparaison effectué par notre critique Thomas Garcin, dont la thèse porte sur l’œuvre de Mishima, nous avons repéré des passages longs et substantiels empruntés pour l’essentiel aux deux dernières biographies de l’écrivain publiées en langue occidentale, Mishima. A Biography (1974) de John Nathan (traduction française parue chez Gallimard en 1980 sous le titre La vie de Mishima) et The Life and Death of Yukio Mishima (1975) de Henry Scott-Stokes (traduit en 1998 par Picquier sous le titre Mort et vie de Mishima).
Outre les passages cités dans l’article de Thomas Garcin, nous disposons d’extraits de Mishima dont la ressemblance avec certains chapitres des biographies anglophones est frappante.
Comment expliquer que personne ne se soit aperçu de ce travail bâclé et à l’honnêteté douteuse depuis la sortie du livre, le 13 mai dernier ? Comment expliquer que Gallimard, éditeur de la biographie de John Nathan, un livre de référence celui-là, ait pu au mieux faire preuve d’une négligence condamnable, au pire d’une complicité honteuse, en publiant le livre de Jennifer Lesieur ? Son éditeur, Gérard de Cortanze, n’a pas encore répondu à nos sollicitations.
Faut-il que l’édition soit à ce point soumise à des intérêts commerciaux pour que la prestigieuse maison de l’ex-rue Sébastien Bottin s’abaisse à de telles pratiques ? Ce serait moins le signe que l’édition d’essais et de documents traverse une mauvaise passe saisonnière que le symptôme d’un appauvrissement général de l’exigence intellectuelle et morale dans le milieu éditorial![]()
A lire :
- Un Mishima emprunté, par Thomas Garcin.
- Les extraits "empruntés" à John Nathan du premier chapitre de Mishima.
A lire aussi :
- PPDA, le plagiat jusqu'à l'excès, par Charlotte Arce.
* N.B. : nonfiction.fr organisera au mois d’octobre en partenariat avec le Centre national du Livre un débat sur la biographie et son succès contemporain. Ce sera l’occasion d’aborder la professionnalisation du métier de biographe.
3 commentaires
Playa
C'est à mon sens précisément l'inverse. Un travail documentaire ("d'analyse scientifique") sur un sujet reprend forcément des éléments similaires à un autre travail sur le même sujet. La "réécriture" est tentante, et atténuée par la référence bibliographique : on devrait moins parler dans ce cas de plagiat que de fainéantise et de manque d'honnêteté dans la citation.
Quant au roman, l'argument que vous évoquez (celui de Joseph Macé-Scarron), il est ridicule et c'est même surprenant qu'il ait quelque crédit ! Il s'agit purement de vol si la référence n'est pas largement connue.
Laurette
http://vanessa-schlouma.blogspot.com/2011/07/lepreuve-de-lamitie-est-douce-joseph.html
http://vanessa-schlouma.blogspot.com/2011/06/esprit-dentreprise-chez-des-employes.html
http://vanessa-schlouma.blogspot.com/2011/08/joseph-mace-scaron-et-jerome-garcin.html
http://vanessa-schlouma.blogspot.com/2011/07/masse-litteraire-ou-magazine-critique.html
mariececilenaves