La phrase

Il me semble qu’il y a aujourd’hui une confusion entre espace public et espace privé : les gens parlent des œuvres comme si elles étaient dans leur salon, chacun se croit chez soi face aux espaces de création. Or, le terrain de l’art doit permettre aux artistes de casser les choses, les démonter, les observer et les exposer autrement. L’opposition entre liberté de parole et liberté d’expression se répète un peu trop souvent, et je ne vois pas de limite à ce type d’actions.

Diane Ducruet au sujet son oeuvre censurée au Mois de la photo, Le Monde , 4 novembre 2014  

Les Britanniques méprisent-ils les intellectuels ?
[vendredi 13 mai 2011 - 12:00]

The Guardian lance une opération de réhabilitation de l’intellectuel dans un pays où ce mot a toujours eu une connotation péjorative. En effet, outre-manche, la figure de l’intellectuel est au mieux assimilée à une sorte d’élitisme snob d’une catégorie d’énergumènes enfermés dans leur tour d’ivoire, au pire, considérée avec mépris comme le fossoyeur du peuple quasi exclusivement intéressé par la défense de sa domination culturelle. 

 

Ce déni du réel paraît étrange à John Naughton, dans un pays d’une grande richesse créative, artistique et intellectuelle. Pour l’expliquer, le journaliste emprunte à l’historien des idées Stefan Collini   sa thèse de l’absence ("absence thesis").  Cette thèse a deux dimensions : 

 

- Une dimension temporelle dans laquelle des intellectuels contemporains sont perçus comme des avatars rabougris des grandes figures du passé : Christopher Hitchens ou Martin Amis feraient pâle figure à côté de George Orwell ou Aldous Huxley. Ce qui constitue une antienne propre à toutes les époques. 

 

- Une dimension géographique qui postule qu’il n’y a pas d’intellectuels au nord de Calais. Postulat qui est généralement formulé par ceux qui seraient considérés comme des intellectuels dans n’importe quel autre pays que la Grande-Bretagne. 

 

Pour Collini, cette absence s’expliquerait en fait par la croyance en une exception britannique. L’histoire anormalement paisible du pays aurait empêché l’émergence d’une classe intellectuelle d’opposition. Ce qui supposerait que la Grande-Bretagne serait moins perméable au monde des idées que des pays comme la France. 

 

Ce débat a plus largement trait à la définition de l’intellectuel aujourd’hui. Ce dernier est-il, comme le pense Collini, une personne qui acquière une reconnaissance académique avant de s’appuyer sur les médias pour se prononcer sur les préoccupations plus larges du grand public ? Ou est-il celui qui au nom de son indépendance place au cœur du débat public des questions marginalisées et remet en cause le système de pouvoir en place ? Si l’on se fie au nombre d’apparitions médiatiques de certains intervenants, il est évident que certains éditorialistes ou journalistes ont autant ou plus d’influence que la plupart des chercheurs. L’universitaire américain Richard Posner avait par exemple utilisé trois critères pour répertorier les intellectuels américains les plus éminents entre 1995 et 2000   : le nombre de mentions dans les médias, le nombre de clics dans les moteurs de recherche et le nombre de citations académiques. Ce dernier critère posait évidemment problème pour tous ceux qui interviennent dans le débat public sans publier quoi que ce soit. 

 

Pour établir sa liste des 300 intellectuels les plus influents de Grande-Bretagne, John Naughton a donc creusé deux pistes. Il a compilé une liste de contributeurs de revues et journaux anglophones réputés  , en y ajoutant des noms tirés d’enquêtes précédentes comme celles de Richard Posner ou du magazine Prospect. Le résultat publié par The Guardian, aussi arbitraire soit-il, vise ainsi à susciter le débat sur l’influence réelle d’un individu sur l’opinion publique. John Naughton rappelle par exemple que sa liste n’est composée qu’à 25% de femmes. Cependant, le dernier classement de Prospect et Foreign Affairs, publié en 2008, n’en comportait que 9%. L’autre enseignement intéressant à ses yeux consiste dans le fait qu’il y a plus de journalistes (20%), écrivains (19%), historiens (14%) et critiques littéraires (13%) représentés que de penseurs qu’on s’attendrait à voir tenir une place majeure dans débat public : les philosophes (4%), les scientifiques (4%), les économistes (3%) et les politiques (2%). Conclusion : il est extrêmement difficile de savoir quel type d’intellectuel façonne l’opinion. Peut-être faudrait-il d’abord s’interroger sur l’idée qu’un peuple se fait de l’intellectuel pour comprendre la légitimité qu’il lui accorde.

 
 

* John Naughton, "Why don’t we love our intellectuals ?", The Observer, 8 mai 2011. 

 

Lire : 

 

* Le classement des 300 intellectuels britanniques les plus importants, d’après John Naughton.

 

* L’avis de 10 d’entre eux sur le rapport que la Grande-Bretagne entretient avec ses intellectuels. 

 
Pierre TESTARD
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1 commentaire

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Alexandre

13/05/11 17:09
A propos de cette même liste des 300 intellectuels, la note de Pierre Assouline sur son blog.

http://passouline.blog.lemonde.fr/2011/05/11/malheureux-comme-un-intellectuel-en-grande-bretagne/

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