Rédacteur

critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

C N L

CNL
George Orwell, le "fugitif du camp des vainqueurs"
[jeudi 16 octobre 2008 - 19:00]
Littérature
Couverture ouvrage
Orwell, anarchiste tory
Jean-Claude Michéa
Éditeur : Climats
176 pages / 15,20 € sur
Littérature
Couverture ouvrage
A ma guise. Chroniques 1943 - 1947
George Orwell
Éditeur : Agone
525 pages / 24,70 € sur
Résumé : Tour d'horizon des écrits et des engagements d'Orwell, écrivain politique a part entière, aux perspectives singulières sur la politique et le rôle de l'intellectuel.
Page  1  2  3 

Il y a plus de vingt ans, en 1984, Simon Leys notait le contraste entre le grand inconnu que restait George Orwell en France et la bibliographie qui s’étoffait de jour en jour dans le monde anglo-saxon. Sarcastique, il pointait du doigt "l’incurable provincialisme culturel français" . Simon Leys serait sans doute heureux de voir aujourd’hui les lecteurs français se déniaiser au contact de traductions, d’œuvres inédites de ou sur George Orwell : une biographie traduite et rééditée, un livre traduit de l’anglais sur "la politique selon Orwell", une réflexion philosophique sur un concept mystérieux et pourtant central, celui de "common decency", enfin, la publication des chroniques tenues par Orwell pendant la guerre et après dans le journal socialiste Tribune. Il faut d’autant plus saluer cette gerbe de publications qu’elle n’est dictée par aucun anniversaire, aucune commémoration, aucune exposition : une pure nécessité.

On remarquera tout de même qu’à part Bruce Bégout, en la compagnie solitaire de l’indomptable Simon Leys et de Jean-Claude Michéa, rares sont les Français, ou disons Franco-belges, qui s’intéressent à George Orwell dans toute la plénitude de son œuvre et de son expérience politique. Le plus souvent dédaignées, elles furent portées par une pensée anti-totalitaire qui a longtemps réduit l’œuvre d’Orwell à ses deux derniers livres, La Ferme des animaux et surtout 1984, le castrant ainsi de l’engagement socialiste, à la vie à la mort, qui avait vertébré son existence à partir de 1936. Ces lectures nous rappellent donc qu’en dépit de toutes les instrumentalisations, Orwell a toujours agi au nom du socialisme et de la gauche, quel que soit le sens que l’on accorde à ces mots.

En effet, à lire La Politique selon Orwell mais aussi l’ouvrage réédité de Jean-Claude Michéa Orwell, anarchiste tory , on s’aperçoit à quel point son socialisme est exotique pour un esprit français : Orwell appartient à une gauche humaniste, très soucieuse d’égalitarisme – il apprécie pendant la guerre la situation de pénurie vestimentaire qui efface en partie l’inflexible structure de classe de la société britannique – mais mâtinée de morale chrétienne (tout en étant athée) et d’un sentimentalisme qui le pousse instinctivement du côté des opprimés. Il est révolutionnaire mais non-marxiste, plutôt inspiré par les socialismes utopiques comme le chartisme, et surtout anti-stalinien ; en empathie avec l’anarchisme mais trop responsable pour adopter cette attitude qu’il juge durement pendant la guerre. Enfin, internationaliste, engagé en Espagne aux côtés du POUM, il devient patriote quand il y a lieu d’être fier de son pays – ce qui est le cas en 1940. Cette gauche de la gauche du travaillisme nous est étrangère. Comme le relève Jean-Claude Michéa, elle ressort plutôt d’une archéologie du socialisme, proche en cela du socialisme ouvrier, spontanément hostile au nouvel ordre industriel que met en scène le grand historien britannique Edward P. Thompson dans The making of English Working-class, un livre qu’Orwell n’a pas lu et qu’il aurait sans doute aimé.
 

Titre du livre : Orwell, anarchiste tory
Auteur : Jean-Claude Michéa
Éditeur : Climats
Date de publication : 08/09/08
N° ISBN : 2081217384
Titre du livre : A ma guise. Chroniques 1943 - 1947
Auteur : George Orwell
Éditeur : Agone
Collection : Banc d'essais
Date de publication : 18/09/08
N° ISBN : 2748900839
Page  1  2  3 
Commenter Envoyer à un ami imprimer Charte déontologique / Disclaimer digg delicious Creative Commons Licence Logo

3 commentaires

Avatar

orwell fan

29/04/09 16:39
Tout comme vous j’ai adoré le livre 1984 de George Orwell et récemment j’ai découvert sur internet qu’il y avait une adaptation au théâtre de ce magnifique livre. La bande annonce est sur dailymotion et elle est prometteuse. Je pense donc que j’irai la voir et je conseille tous ceux qui ont aimé 1984 de faire de même. Et n’oubliez pas Big Brother is watching you !!!
Avatar

ouchki

27/03/09 10:28
Un essai présentant la critique d'Orwell autrement que comme une auto-flatterie des journalistes, droits-de-l'hommistes, propangadistes du "monde libre" et autres anarchistes-poseurs :

AU COEUR DE 1984 : L'HEROISME ANTI-UTOPIQUE

http://verbigedition.wordpress.com/critiques-de-la-metaphysique-fictionnelle/au-coeur-de-1984-de-george-orwell/
Avatar

Miichel

05/01/09 23:19
Orwell jugerait durement l'anarchisme, mais le témoignage élogieux de la société anarchiste établie à Barcelone en 36, c'est lui qui l'écrit dans Catalogne libre.
Qant à être humaniste et égalitariste, et même moraliste, c'est la définition de l'anarchisme.(la morale anarchiste Kropotkine.).
Exotique pour un esprit français: et Proud'hon, les Canuts, Louise Michel, la Commune?
Pas un mot sur son appartenance au P.O.U.M., genre de N.P.A..
Il serait de gauche, mais savez-vous que la Répubique espagnole avait condamné à mort quelques dizaines d'anarchistes en 39?
L'anarchisme fait tellement peur en voulant diluer tous les pouvoirs entre tous, que vous le décrivez tout en le niant à propos du titre l'anarchiste Tory.

Déposez un commentaire

Pour déposer un commentaire : Cliquez ici