Rédacteur

Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

C N L

CNL
Juin 1940 : Continuer la guerre
[vendredi 18 juin 2010 - 00:00]
Histoire
Couverture ouvrage
Et si la France avait continué la guerre
Jacques Sapir, Frank Stora, Loïc Mahé
Éditeur : Tallandier
587 pages / 24,7 € sur
Résumé : Quel aurait été le visage de la Deuxième Guerre mondiale si la France avait choisi de poursuivre les combats à partir d'Alger ? Un exercice réussi d'uchronie, tant sur la forme que le fond.
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L’ampleur et les conséquences de la défaite française de mai-juin 1940 soulèvent encore les passions et suscitent des débats acharnés ; la tentation d’imaginer un autre déroulement des événements y est toujours présente. C’est dans cette perspective – celle de l’uchronie – que l’ouvrage dirigé par l’historien Jacques Sapir se situe. Ce vaste projet scientifique trouve sa source en 2004 dans une discussion lancée au sein du Warship Discussion Forum où deux intervenants se sont posés la question de savoir ce que donnerait la guerre si la France était restée en lice. Peu à peu, cette idée s’est diffusée et des étudiants et des enseignants dans le domaine des questions militaires et stratégiques s’y sont joints pour prendre aujourd’hui la forme d’un site dédié. Les travaux s’organisent autour de trois groupes : une équipe de réflexion et de production des scénarios dont la tâche est d’en vérifier la crédibilité matérielle et politique ; une équipe de jeu qui présente deux fois par semaine ses résultats et les leçons tirées à l’ensemble de parties prenantes ; et enfin une équipe documentaire qui alimente l’ensemble du groupe en sources d'archives. L’idée de publier ces travaux s’est peu à peu imposée : les trois auteurs, dirigés par Jacques Sapir, illustrent l’attention accordée aux outils de simulation puisque l’un d’entre eux est un informaticien spécialiste des jeux de simulation ; un autre journaliste ; quant à Jacques Sapir, sa caution d’historien spécialisé sur les questions d’histoire militaire et de problématiques stratégiques apporte une garantie de scientificité à l’ensemble de l’ouvrage.

L’uchronie, lorsqu’elle est mise au service d’une réflexion historique, se révèle à l’usage un puissant outil pour alimenter la réflexion d’une façon nouvelle et originale à partir d’un fil temporel fictif : elle ne se donne pas pour but d’inventer une réalité ex nihilo, mais d’exploiter des événements réels pour leur faire dire de nouvelles choses et construire un univers crédible mais inattendu, mettant en perspective les choix réels. Le fantastique ou la science-fiction, genres traditionnellement rattachés à l’uchronie, n’ont donc pas leur place dans cette "réalité" : le projet de l’uchronie trouve sa force dans les soubassements scientifiques d’un travail de définition d’une enveloppe technique des possibles, prenant en compte les contraintes matérielles et les contraintes techniques de l’époque  . L’aspect technique n’a cependant pas été le seul obstacle à prendre en compte. Un travail d’analyse parallèle du facteur décisionnel des protagonistes, tout aussi long et minutieux, donne toute sa profondeur à la nouvelle chronologie qui n’est donc plus basée sur l’imagination mais sur des projections fondées sur la connaissance d’un système politique réel.

Tous ces éléments conjugués ont un but : essayer de répondre à la question de savoir quelle aurait été alors la forme de la guerre une fois la métropole tombée ; quelle place la France s’y serait faite et quelles auraient été les conséquences de ce choix dans le monde de l’après-guerre ? Rendre compte d’un travail relevant de l’uchronie est malaisé, mais nous avons choisi de respecter dans notre recension les règles, notamment stylistiques (présent de l’indicatif) du genre.

Une nouvelle histoire

Les six premiers chapitres de l’ouvrage se focalisent sur les combats en France à partir du 6 juin 1940, et sur les discussions politiques qui ont lieu au sein du gouvernement autour de la question de savoir s’il faut continuer la guerre ou non, une fois l’évidence de la défaite initiale acceptée. Dans ce scénario, les Allemands sont obligés de se battre pour la conquête du territoire français dans son intégralité, la chute de Marseille ayant lieu en août. Ce délai, obtenu grâce au sacrifice des forces militaires métropolitaines, a permis d’organiser le "Grand Déménagement", qui voit l’évacuation de l’ensemble des éléments nécessaires à la poursuite de la guerre et à la reconstitution d’une armée par des navettes maritimes au travers de la Méditerranée : écoles d’instruction et leur personnel, machines outils, administrations, institutions politiques.

Titre du livre : Et si la France avait continué la guerre
Auteur : Jacques Sapir, Frank Stora, Loïc Mahé
Éditeur : Tallandier
Date de publication : 20/05/10
N° ISBN : 2847347070
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2 commentaires

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François Delpla

06/07/10 10:27
Plus que dans la trahison (partielle) des élites, le tabou me semble résider dans une difficulté persistante à apprécier l'intelligence du nazisme aussi clairement que sa malfaisance. Bien sûr la France pouvait continuer la guerre depuis l'Afrique du Nord mais si elle ne l'a pas fait c'est que Hitler, par ses dribbles incessants depuis 1933, avait bel et bien mystifié la planète et touchait au but. Sans vouloir excuser Reynaud, qui donc, dans le monde, l'encourageait vraiment à tenir bon ? Il fallait un grain de folie, à ce moment, pour s'opposer à la folie hitlérienne, et peu l'avaient en dehors de Churchill et de Gaulle.
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Pertinax

27/06/10 09:03
Votre conclusion nous ramène vers le livre de Mme Lacroix-Riz et vers certaines assertions de Marc Bloch...
C'est finalement au détour d'une uchronie, sous la forme d'un genre méprisé que réapparaît l'hypothèse de la "trahison des élites", peut-être le tabou qui pèse encore le plus fortement sur l'historiographie récente. La plupart des ouvrages parus sur "l'année 40" sont ainsi très factuels, c'est ce qui peut espliquer par mimétisme la prédilection des auteurs pour les opérations militaires.
Ce qu'il ne faut pas faire pour contourner la censure académique !

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