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Critique à nonfiction.fr

La phrase

Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 

Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.

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Mandel, un martyr républicain
[vendredi 10 avril 2009 - 15:00]
Histoire
Couverture ouvrage
Georges Mandel. L'homme qu'on attendait
Jean-Noël Jeanneney
Éditeur : Tallandier
187 pages / 9,50 € sur
Histoire
Couverture ouvrage
Qui a tué Georges Mandel ?
François Delpla
Éditeur : L'Archipel
427 pages / 20,90 € sur
Résumé : Le dossier de "Mandel le Grand" rouvert par deux livres aussi différents que possible.
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A la IIIe République s’attache, dans la mémoire collective, l’image d’un régime faible, qui conduisit la France vers le traumatisme d’une défaite sans appel au printemps 1940. Ce désamour n’est pas uniforme. Il affecte peu les acteurs des temps glorieux où la culture républicaine cherchait encore les moyens de conquérir les masses. Les noms de Gambetta et de Ferry –malgré la colonisation- continuent de figurer dans la litanie des héros nationaux que récitent les façades d’établissements scolaires ou les grandes artères des villes de France. Le personnel politique de l’entre-deux-guerres s’enfonce en revanche dans un oubli que ne compensent pas des mémoires « particulières ». Léon Blum reste célébré par la gauche et Aristide Briand par les mystiques de la construction européenne, mais ils n’ont pas rejoint Jean Jaurès et Georges Clemenceau dans le Panthéon imaginaire des Républicains. Que dire, dès lors, de l’indifférence qu’éveillent les noms de Jean Zay, de Max Dormoy ou de Georges Mandel dans le grand public ? L’élite administrative formée à l’Ecole nationale d’Administration ne fait pas preuve de plus de mémoire, qui honore certes un Blum   ou un Briand   mais oublie que la République eut aussi ses martyrs entre 1940 et 1944. On saluera donc comme heureuses la publication d’un livre sur l’assassinat de Georges Mandel et la réédition de l’essai que Jean-Noël Jeanneney consacra en 1991 à cet ancien collaborateur de Georges Clemenceau.

Les deux ouvrages diffèrent sensiblement par leurs ambitions comme par leurs qualités. Celui de François Delpla se présente, ainsi que l’annonce son titre « sensationnel », comme une enquête sur les responsabilités dans la mort de Georges Mandel. Dès l’introduction, la thèse s’en dessine. L’ancien ministre de Paul Reynaud n’aurait pas été « vraiment » assassiné par la Milice. Les responsabilités allemandes pèseraient d’un poids décisif dans le crime du 7 juillet 1944, qui vit des Français abattre un ancien ministre d’une rafale de mitraillette en forêt de Fontainebleau. Pour en apporter la preuve, l’auteur reprend le fil des événements depuis la déclaration de guerre de septembre 1939. L’admiration qu’il ressent pour son sujet le pousse négliger les failles et les contradictions qui font de Georges Mandel un personnage complexe, irréductible aux instrumentalisations de la mémoire officielle. A telle enseigne que Nicolas Sarkozy, qui lui consacra un ouvrage en 1994  , ne s’est guère référé aux mânes de son prédécesseur au ministère de l’Intérieur dans ses discours. Tout à son œuvre de mémoire, François Delpla procède donc par recoupements, glissements et surinterprétations pour défendre sa thèse. La mort de Georges Mandel aurait été, sinon décidée, du moins voulue par Hitler lui-même. Faire de l’auteur de Mein Kampf le véritable assassin de Mandel rehausse symboliquement la victime…

La démonstration de François Delpla pèche toutefois par manque de rigueur. Elle surestime la cohérence de l’appareil d’Etat nazi, alors que les travaux les plus récents insistent sur les tendances centrifuges qui le parcouraient, sans aller jusqu’à parler d’ « anarchie autoritaire »  . La tendance à l’autonomie vis-à-vis du parti et de l’Etat qui s’observait dans de nombreux services administratifs ou forces armées, jusque dans la SS des années de guerre, ne freina pas du reste la mise en œuvre de la Solution finale : elle en fut peut-être une condition  . Pour justifier l’intérêt de son travail, François Delpla n’avance d’autres sources nouvelles que les papiers personnels d’un commissaire de police affecté à la garde de Georges Mandel en 1940-1941 à Vals-les-Bains, dans l’Ardèche. C’est un peu mince. Comment ces documents pourraient-ils informer les circonstances d’un crime commis trois ans plus tard, alors que la France commençait à être libérée ? A moins d’estimer que dès 1941, la liquidation de Mandel était décidée…

Titre du livre : Georges Mandel. L'homme qu'on attendait
Auteur : Jean-Noël Jeanneney
Éditeur : Tallandier
Collection : Texto
Date de publication : 22/01/09
N° ISBN : 2847345213
Titre du livre : Qui a tué Georges Mandel ?
Auteur : François Delpla
Éditeur : L'Archipel
Date de publication : 03/09/08
N° ISBN : 2809800758
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36 commentaires

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Daniel Laurent

30/01/11 09:42
En relisant le commentaire d'un certain "Daniel" sur le caractère "bâclé" de mon article
=============
Il s'agit de Daniel Laurent, residant en Thailande et donc muni d'un clavier QWERTY sans accents, historien amateur, accessoirement redacteur-en-chef du magazine en ligne Histomag'44 (http://www.39-45.org).

Il se trouve que j'ai lu le livre de Francois Delpla, avant meme sa publication, et que j'ai ete choque par votre mention de la quasi-absence de sources nouvelles.

Je me suis entre temps un peu renseigne sur qui vous etes, ce que vous faites, etc, et je vous presente mes plus plates excuses pour ma mention "bâclé" mais vous demande de la remplacer par "entache de fonctionnalisme".

Dans les spheres ou vous evoluez, spheres que le modeste historien du dimanche que je suis qualifie de "hautes", je me demande d'ailleurs ce qui est le pire : Lire un peu vite sous la pression des obligations quotidiennes ou continuer a vouloir defendre la these d'un Hitler pas vraiment aux commandes et deborde parfois par ses complices qui se dechirent pour une parcelle de pouvoir ?
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François Delpla

28/01/11 16:13
Une fois encore hélas je n'ai pu répondre plus tôt faute d'être au courant.

Si vous m'avez lu de près, le problème ne fait que se déplacer.
Car mon enquête sur les mobiles du meurtre remonte loin, certes (jusqu'en 1933 en fait), mais ce n'est pas pour autant que je négligerais sa genèse immédiate, à laquelle sont consacrés les trois derniers chapitres. Ils sont pleins à la fois de documents inédits et d'aperçus nouveaux sur ce qu'on croyait connaître.

Si donc vous sous-estimez cet apport, au point d'écrire comme s'il n'existait pas, c'est que vous me lisez avec un préjugé : je serais intentionnaliste donc ringard, figé au premier des trois stades de l'évolution que vous mentionnez. Le parti que je tire des souvenirs et des archives familiales de Robert Courrier, qui a perdu de vue Mandel fin 41, est donc rapporté à ce présumé défaut, par un présupposé qui guide la lecture et surtout oriente le commentaire.


On pourrait d'ailleurs discuter votre vision de la "première phase". On lisait alors beaucoup de documents et de témoignages au premier degré, pour décrire un Hitler tiraillé entre des tendances contradictoires de son entourage. La deuxième phase, dite fonctionnaliste, a souvent consisté en un approfondissement de ce mauvais sillon, par des auteurs qui s'efforçaient de relier ces prétendues "tendances" dirigées ou incarnées par Röhm, Strasser, Ribbentrop, Göring, Bormann etc., à des clivages de la société allemande.

Dans la troisième phase, la critique du fonctionnalisme au profit d'une meilleure prise en compte du rôle du chef, s'est faite a minima chez un grand nombre d'auteurs (Kershaw et Burrin notamment), cependant que quelques autres dont je suis, dans le sillage d'un précurseur nommé John Lukacs, ont trouvé et, sur un nombre croissant d'exemples, démontré que Hitler menait sa barque avec maîtrise, subtilité, sens de la direction d'acteurs -qu'il s'agît de partenaires nazis ou d'ennemis nationaux ou étrangers.

Ce livre est un moment de cette découverte. Il a à présent un successeur, portant sur Mers el-Kébir, qui n'a pas encore je crois été chroniqué ici.

Il n'est jamais trop tard pour bien faire !
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David Valence

12/06/10 13:09
En relisant le commentaire d'un certain "Daniel" sur le caractère "bâclé" de mon article -je vous laisse la responsabilité de ce jugement, quand tout l'article montre que le livre de M. Delpla a été lu par moi avec attention, au contraire- et d'autres, je réalise que le débat que j'initie dès le début du compte-rendu, sur la cohérence de l'appareil d'Etat nazi, n'est jamais évoqué.

Or, et en l'occurrence François Delpla pourrait le reconnaître, les historiens sont largement revenus sur l'idée d'un Hitler "seul aux commandes", ou plutôt d'une politique nazie dont l'ensemble des déterminants, sur le terrain, s'expliqueraient par les humeurs, rognes et haines du Führer.

On peut même distinguer 3 moments de l'historiographie : un moment très concentré sur le rôle d'Hitler lui-même dans la prise de précision, correspondant à l'histoire à l'ancienne, usant parfois avec maladresse de la psychologie et de l'anecdote "signifiante" ; un moment de "critique", où il fut insisté sur l' "anarchie totalitaire" de l'appareil d'Etat nazi, en Allemagne et plus encore dans les territoires occupés après 1939 ; un moment de retour à l'individu (heureux à mon sens), sans brûler pour autant les acquis de la seconde "phase".

Le principal point de désaccord que j'ai avec M. Delpla tient surtout à cela, qu'il représente sans cesse Mandel comme un insecte pris dans la toile hitlérienne, et que le Führer pouvait dès lors choisir d'exécuter "selon son bon plaisir". Cette vision me semble simpliste et néglige, encore une fois, toute la "machinerie totalitaire" et ses éventuels "ratés" : une décision exécutée à la base n'y a pas toujours été décidée au faîte du pouvoir. C'est un travers bien connu que de surestimer la cohérence de l'appareil d'Etat des régimes totalitaires et François Delpla, auquel ne m'oppose aucune animosité personnelle puisque nous ne nous connaissons pas, n'y prend pas assez garde à mon sens.

Cette écriture de l'histoire est, à mon sens, datée, d'autant que François Delpla, contrairement à ce qu'il affirme, n'apporte pas beaucoup de renseignements neufs sur l'exécution de Mandel lui-même. L'essentiel des nouvelles sources qu'il produit datent de 1941 ou 1942. Or, il n'est pas de bonne méthode en histoire d'utiliser toujours l'amont pour informer l'aval, comme s'il existait une "détermination" systématique de l'événement. Produire les mémoires d'un geôlier de Mandel ne montre en rien que l'exécution de celui-ci a été décidée par Hitler.
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David Valence

09/10/09 09:07
Je n'ai pas vraiment d'avis sur le "dédain" de la fédération des déportés pour votre livre. Pour une raison : l'histoire est écrite par les historiens, pas par les associations mémorielles.

Nous en serons d'accord, je crois!
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François Delpla

14/08/09 20:54
Tiens vous revoilà !
Je vous réponds tard car vous ne m'aviez pas prévenu (il me semble vous avoir communiqué mon e-mail -à moins que le vôtre, trouvé sur un site universitaire, soit périmé).

Sur ce détail concernant S-P aussi vous mettez du temps à réagir.

J'avais écrit dans un de mes premiers commentaires, le 27 avril :
"Si, chez Valence, je pense avoir affaire à une routine fonctionnaliste marquée au coin de Sciences Po, ..."

Vous m'aviez répondu le 5 mai :
"Vous me faites un procès d'intention en mettant en avant la marque, à vos yeux diffamante, de Sciences-Po Paris" : vous inventiez là et la ville, et l'imputation de voir dans son école de sciences politiques une "marque diffamante".

Je vous donne donc acte aujourd'hui bien volontiers que vous ne vous en réclamez pas, de même que vous avouerez gentiment qu'on pouvait s'y tromper, et basta.

Reste le rejet sauvage, instinctif, et néanmoins bardé de considérations idéologiques, d'une recherche consciencieuse apportant beaucoup de nouveautés.

A commencer par cette remarque toute simple qu'aucun début de document n'étaye la phrase universellement crue avant, y compris de moi : "Mandel a été assassiné par la Milice pour venger Philippe Henriot".

Au fait, que pensez-vous de cette véritable guerre à l'histoire que déclare, en dédaignant ce livre, la principale fédération française de déportés ? Me rejoignez-vous dans mon indignation, ou pratiquez-vous l'union sacrée des opposants de tous bords ?

cf. http://www.delpla.org/article.php3?id_article=399
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